Réchauffement climatique, territoires en mutation… et la non-pertinence des revendications dans l’Arctique

Une trentaine de personnes se sont retrouvés à la dérive sur des morceaux de la banquise qui se sont détachés de la terre ferme (Photo: Archives/Wikimedia Commons)
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La National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) aux États-Unis vient de rendre public son rapport annuel (état des lieux) sur le climat dans la zone arctique.  Les données scientifiques de ces experts indiquent que l’Arctique continue à se réchauffer, que la banquise rétrécit et que la végétation sur le sol est plus abondante.

Or au même moment où le Canada retardait sa soumission finale pour l’Arctique à la Commission des limites du plateau continental (à ce sujet, excellent commentaire de Heather Exner-Pirot), jugeant ainsi que de nouvelles données devaient être générées afin de démontrer que le pôle Nord est «canadien» et que le Canada devait tout faire pour «bénéfici[er] des formidables ressources qui existent dans le nord de notre pays» (selon le ministre des Affaires étrangères John Baird), un rapport très éclairant sur la ‘valeur’ de cette zone publié en mai dernier par le chercheur Ernest Wong de la Mason School of Public Policy circulait dans les fils de Twitter.

Intitulé Geopolitics of Arctic Oil and Gas: The Dwindling Relevance of Territorial Claims, les conclusions de Wong rappellent encore une fois que les plateaux continentaux étendus sont non seulement difficilement accessibles pour les multinationales mais qu’ils ne contiennent vraisemblablement pas autant d’hydrocarbures que le laissent entendre certains politiciens ou médias. Wong tire quatre conclusions:

  1. les revendications des plateaux continentaux n’alimenteront pas d’énormes tensions entre États côtiers;
  2. les réserves en hydrocarbures dans l’Arctique sont concentrées principalement dans les zones (non contestées) des États-Unis et de la Russie; 
  3. les États-Unis ont peu d’intérêt à ratifier la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS) pour renforcer leur sécurité énergétique;
  4. un nouvel acteur majeur émerge dans la zone arctique: le Groenland.

Encore une fois, et comme l’avait très bien démontré Frédéric Lasserre dans Passages et mers arctiques: Géopolitique d’une région en mutation, il faut rester prudent (et factuel) lorsqu’on fait référence aux richesses (à découvrir) dans la fameuse Dorsale de Lomonossov et les fonds et sous sols marins de l’Arctique. Le professeur Lasserre l’a encore répété récemment: «Donc dans des plateaux continentaux étendus au-delà des 200 miles marins, il y a peut-être des ressources, mais s’il y en a, elles ne le sont pas en grande quantité d’après ce que l’on connaît à l’heure actuelle, bien sûr. Ce n’est donc pas cela qui motive fondamentalement les États, même s’ils espèrent trouver quelque chose, peut-être d’ici 20 ou 30 ans.»

Pendant ce temps dans le Grand Nord canadien, parlons des vrais affaires: «Le Prix Inspiration Arctique 2013 a été décerné à trois équipes canadiennes dont les projets transformeront les connaissances en applications concrètes pour le bien de l’Arctique canadien et de ses habitants.»