Soudan du Sud: la tension s’apaise dans la capitale mais la province s’embrase

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Des civils sud-soudanais fuient les violences et cherchent refuge dans une base de la MINUSS (Rolla Hinedi/MINUSS)
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Des civils sud-soudanais fuient les violences et cherchent refuge dans une base de la MINUSS (Rolla Hinedi/MINUSS)
Des civils sud-soudanais fuient les violences et cherchent refuge dans une base de la MINUSS (Rolla Hinedi/MINUSS)

Au Soudan du Sud, après des combats qui ont fait quelque 500 morts et 800 blessés selon l’ONU, la situation semblait revenir lentement à la normale mercredi dans la capitale, Juba, mais des affrontements étaient désormais signalés en province.

La MINUSS a fait part aujourd’hui d’une «amélioration sensible» des conditions de sécurité dans une grande partie de la capitale, Juba, rapporte le service d’information de l’ONU. La mission a levé les restrictions à la circulation de ses personnels et repris des patrouilles sur une base limitée dans la ville elle-même tout en rétablissant les dessertes aériennes vers Entebbe, en Ouganda.

«La vie dans le centre-ville a repris un cours à peu près normal. La sécurité des civils dans la capitale demeure toutefois une préoccupation, en particulier à la périphérie de la ville», dit la Minuss dans un communiqué de presse.

Par contre, les affrontements se poursuivent de plus belle en province.

Mercredi, l’ONU, citant la Croix rouge, a annoncé que 19 civils avaient été tués dans l’État de Jonglei (est).

Les conditions de sécurité à Bor, la capitale de l’État de Jonglei, se sont considérablement détériorées en cours de journée, avec de violents combats dans la matinée, provoquant l’exode de civils, des milliers d’entre eux ayant cherché refuge dans l’enceinte de la MINUSS, située à la périphérie de la ville.

À Bor, «on nous a signalé des combats […] depuis 03h00 (00h00 GMT mercredi). Des centaines de civils ont afflué dans notre base des faubourgs de la ville, on me dit qu’ils sont plus de 1.000 et que Bor est très tendue», a déclaré Joe Contreras, porte-parole de la Mission de l’ONU (Minuss).

Des affrontements ont aussi eu lieu à Torit, capitale de l’État d’Equatoria-Oriental (sud-est).

Il y a également, selon le porte-parole des Nations unies, Martin Nesirky, de vives tensions dans les États du Nil supérieur et de Unité (nord-est).

Alors que se poursuivent les combats au Soudan du Sud, le Secrétaire général Ban Ki-moon a tendu la main aux principaux dirigeants de la région en quête d’une issue politique à la crise, rapporte de son côté le service d’information de l’ONU.

Ban Ki-moon a appelé le gouvernement à coopérer pleinement avec la MINUSS – qui accueille près de 20.000 civils dans ses deux complexes de Juba – dans l’exercice de son mandat de protection des civils, y compris en offrant des secours et en menant des enquêtes sur les violations présumés des droits humains de ces derniers jours.

Le Secrétaire général a aussi rappelé, rapporte le service d’information de l’ONU, qu’il s’était entretenu hier avec le Président sud-soudanais Salva Kiir, pour lui demander de faire tout son possible pour mettre fin à la violence et garantir le respect des droits de l’homme et la primauté du droit . « Je lui ai également souligné la nécessité de reprendre le dialogue avec l’opposition politique », se félicitant des informations selon lesquelles le Président est ouvert à des négociations.

Le président sud-soudanais Salva Kiir a annoncé mercredi, à l’issue de ces 48 heures de violents combats à Juba entre factions de l’armée, vouloir «parler» avec son rival politique le vice-président sud-soudanais Riek Machar, qu’il accuse pourtant d’avoir fomenté un coup d’État, ce que dément Machar, estimant que ce prétendu coup d’État n’est qu’in prétexte utilisé par Salva LKiir pour déclencher des combats contre ses opposants.

Officiellement, Riek machar est d’ailleurs toujours recherché avec quatre autre figures politiques importantes du pays, le secrétaire général Pagan Amum, l’ancien gouverneur Taban Deng unité, ainsi que les anciens ministres Alfred Lado Gore et Adwok Nyaba.

Le président Kiir a toutefois annoncé officiellement mercredi vouloir discuter avec M. Machar: «Je vais m’asseoir avec lui et parler […] mais je ne sais pas quels seront les résultats des discussions», a-t-il déclaré tout en ajoutant par contre que «les gens qui ont tué seront traduits en justice et jugés».

le vice-résident machar, quant à lui, a déclaré au journal Sudan Tribune qu’a ses yeux «Salva Kiir «continuait ainsi de violer la constitution et n’était plus un -président légal-».

De son côté, le Secréataire général des Nations unies a également parlé de la situation au Soudan du Sud avec le président ougandais Yoweri Museveni, «en raison de son rôle de leader régional».

«Il s’agit d’une crise politique, qui doit être résolue de toute urgence par un dialogue politique. Il existe un risque de voir cette violence se propager à d’autres pays et certains signes vont en ce sens», a déclaré le Secrétaire général.

De son côté, la Représentante spéciale du Secrétaire général et chef de la MINUSS, Hilde Johnson, est en contact permanent avec le gouvernement et les parties qui ont une influence sur ces questions.

«Nous appelons le gouvernement du Sud-Soudan à faire tout son possible pour mettre fin à toute violence et à veiller à ce que tous les civils se sentent en sécurité en ville, indépendamment de leur communauté d’origine», a déclaré Mme Johnson, ajoutant que « Cela va également permettre aux civils réfugiés à la MINUSS de rentrer chez eux.»