Soudan du Sud: la MINUSS recevra ses renforts dans les prochaines 48 heures

11
La Représentante spéciale du Secrétaire général pour le Soudan du Sud, Hilde Johnson (à l'écran), donne une conférence de presse depuis Juba (Paulo Filgueiras/ONU)
Temps de lecture estimé : 3 minutes
La Représentante spéciale du Secrétaire général pour le Soudan du Sud, Hilde Johnson (à l'écran), donne une conférence de presse depuis Juba (Paulo Filgueiras/ONU)
La Représentante spéciale du Secrétaire général pour le Soudan du Sud, Hilde Johnson (à l’écran), donne une conférence de presse depuis Juba (Paulo Filgueiras/ONU)

L’Organisation des Nations Unies espère recevoir des renforts de maintien de la paix au Soudan du Sud dans les prochaines 48 heures, notamment des troupes et des actifs comme des hélicoptères, afin de protéger les civils piégés par un conflit qui aurait déjà fait 1.000 morts, a déclaré ce jeudi la Représentante spéciale du Secrétaire général pour le Soudan du Sud, Hilde Johnson.

Les Nations Unies tentent de mettre «fin à ce cauchemar et de donner une chance à la paix», a dit ce matin Hilde Johnson lors d’une conférence de presse depuis Juba, la capitale du Soudan du Sud, rapporte le service d’information de l’ONU.

La Représentante spéciale a aussi confirmé à cette occasion que plus de 50.000 civils avaient déjà trouvé refuge dans les différentes bases de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS).

Le bilan des combats qui ont éclaté à la mi-décembre atteindrait plusieurs milliers de morts, selon l’ONU, qui a aussi annoncé hier la découverte de charniers.

Renforts

Mardi, à l’unanimité, le Conseil de sécurité des Nations unies a autorisé l’envoi de 5.500 Casques bleus supplémentaires et 400 policiers pour renforcer la MINUSS et lui permettre de mieux protéger les civils.

La résolution 2132 prévoit ainsi le relèvement du plafond autorisé des effectifs militaires de la MINUSS de 7.000 à 12.500. Il y aura également 1.323 policiers déployés contre 900 en ce moment.

Les renforts comprendront aussi des hélicoptères de combat et de transport ainsi que des experts en droits de l’homme. Ils seront cependant «empruntés» aux autres missions de l’ONU en Afrique (RDC, Côte d’Ivoire, Darfour, Liberia).

L’ONU a aussi chiffré mercredi à 166 millions $ ses besoins financiers pour assurer les secours d’urgence à la population du Soudan du Sud jusqu’en mars.

Purge, coup d’état…

Les tensions au Soudan du Sud, la plus jeune nation du monde, ont dégénéré en un conflit ouvert le 15 décembre dernier après les accusations lancées par le gouvernement du Président Salva Kiir, contre son rival, l’ancien Vice-Président Riek Machar, limogé en juillet, d’avoir fomenté un coup d’État, ce que ce dernier dément, accusant à son tour Salva Kiir de procéder à une purge.

Kiir appartient à l’ethnie Dinka, Machar à celle des Lou Nuer et, dans leur lutte pour le pouvoir, les deux dirigeants instrumentalisent les antagonismes entre leurs ethnies réciproques.

Pendant ce temps, sur le terrain, les combats touchent la moitié des 10 États du pays: ceux de Jonglei, d’Unité, d’Equateur central (Juba), mais aussi du Haut-Nil ou encore d’Equateur oriental.

Mardi, les forces gouvernementales avait repris aux rebelles la ville de Bor, capitale de l’Etat de Jonglei, à 200 km au nord de Juba.

Aujourd’hui, jeudi, les combats entre l’armée et la rébellion pour le contrôle de Malakal, capitale de l’État pétrolier du Haut-Nil, dans le nord du pays, commencés mercredi, se sont poursuivis en même temps qu’avait lieu une nouvelle médiation des dirigeants kényan et éthiopien.

Un porte-parole des forces loyales a aussi réaffirmé qu’une offensive était en préparation sur Bentiu, la capitale de l’Etat d’Unité, la principale région pétrolière du pays.

Sur le front diplomatique, le président kényan Uhuru Kenyatta et le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn, accompagnés de leurs ministres des Affaires étrangères, ont fait un aller-retour jeudi à Juba pour tenter une nouvelle médiation auprès de Salva Kiir.

Le ministre éthiopien des Affaires étrangère a fait état de «bon progrès» à l’occasion de cette visite, qui sera suivie, vendredi à Nairobi, d’un sommet de l’Autorité intergouvernementale sur le développement (Igad), rapporte pour sa part aujourd’hui l’AFP.

Organisation sous-régionale, l’Igad avait déjà œuvré à la conclusion de l’accord de paix entre la rébellion sudiste et Khartoum qui avait mis fin en 2005 à la guerre civile Nord-Sud et ouvert la voie à l’indépendance de Juba en juillet 2011.

La nouvelle médiation des dirigeants kényans et éthiopiens intervient après celles menées la semaine dernière par les pays d’Afrique de l’Est voisins du Soudan du Sud.

L’ONU et les États-Unis, parrains de l’indépendance et principal soutien international du pays, ont aussi fait pression sur les belligérants pour faire cesser les combats et la Chine, qui possède déjà des intérêts et a de grands projets dans le secteur pétrolier sud-soudanais, a aussi annoncé l’envoi prochain d’un émissaire pour aider aux négociations.

Salva Kiir et Riek Machar ont formellement accepté d’entamer des pourparlers, mais sans toutefois fixer de date.