Affaires étrangères: revue de l’année 2013 par Marc Garneau

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L’année 2013 a été tumultueuse au chapitre des affaires internationales, et il n’est pas aisé de la définir. Depuis ma nomination au titre de porte-parole en matière d’affaires étrangères, en septembre dernier, nous avons été saisis de nombreux dossiers, notamment :

  • Les violences inouïes en Syrie, où le régime d’Assad est pris dans un combat à mort contre une multitude de groupes d’opposition fractionnés. Conséquence de cette crise, des masses de réfugiés ont déferlé dans les États voisins, déjà fragilisés, comme le Liban, l’Iraq et la Jordanie. Le recours à des armes chimiques contre les civils a failli mener à l’intervention armée des États-Unis. Toutefois, une intervention diplomatique surprise a conduit à une entente qui a permis d’inspecter et de démanteler le stock d’armes du gouvernement d’Assad. Pour le moment, les violences se limitent principalement à la Syrie. Il reste à voir si les discussions de Genève II se dérouleront comme prévu en janvier.
  • L’Égypte a été le théâtre de grands bouleversements. Ce pays demeure une puissance régionale extrêmement importante, et on ne peut le laisser plonger dans le chaos. Même si l’attention de la communauté internationale s’est tournée vers d’autres enjeux, l’instabilité qui perdure en Libye, État voisin de l’Égypte, demeure préoccupante et a contribué au conflit armé au Mali.
  • Le P5+1 et l’Iran ont conclu un accord provisoire de six mois en vue de supprimer la menace d’une arme nucléaire iranienne. Cet accord provisoire ne pourra réussir que si l’Iran respecte ses obligations (par exemple des inspections régulières) et si un accord beaucoup plus restrictif est conclu à la fin de l’accord provisoire. Le monde entier suit le cours des événements pour voir si l’Iran respectera ses engagements. Dans le cas contraire, les sanctions économiques, qui avaient été en partie levées, seront certainement réappliquées.
  • Le Canada a décidé de boycotter la rencontre des chefs d’État du Commonwealth qui s’est tenue en novembre au Sri Lanka. Ce boycottage se voulait une critique claire à l’endroit du gouvernement sri-lankais, qui viole en permanence les droits de la personne de sa minorité tamoule. L’Inde a suivi l’exemple.
  • À la fin de l’année, des manifestations colossales se sont déroulées à Kiev, où les citoyens ont protesté contre la décision du gouvernement de se détourner de l’Europe pour se rallier à la Russie de Poutine. Le monde entier surveille de près la situation. Comme l’a fait remarquer ma nouvelle collègue Chrystia Freeland, le nerf de la guerre en Ukraine peut être perçu comme faisant partie d’une bataille, plus vaste, entre le « capitalisme démocratique » et les régimes plus autocrates en place dans des pays comme la Russie et la Chine.
  • Le secrétaire d’État américain John Kerry a déployé de nouveaux efforts pour aider Israël et la Palestine à conclure un accord de paix, exerçant des pressions sur l’une et l’autre partie pour qu’elles parviennent à s’entendre.
  • Enfin, à la fin de l’année, le monde entier s’est réuni pour rendre un dernier hommage au grand Nelson Mandela, personnage emblématique qui rappelle combien le chemin vers la paix et le pardon peut surmonter la haine, même la plus amère.

Pour 2014, j’espère que le Canada assurera une présence accrue sur la scène internationale, et qu’il y contribuera d’une façon plus positive. Laissons de côté notre discours moralisateur sur les échecs des Nations Unies ou sur la supériorité inhérente des valeurs canadiennes, et prenons des mesures concrètes pour faire de ce monde un lieu où règnent la sécurité et la paix. Voici quelques suggestions qui nous permettront d’y parvenir:

  • Nous devons ratifier le Traité sur le commerce des armes des Nations Unies. Ce traité est un effort tout à fait raisonnable de mettre un peu d’ordre dans le commerce international des armes. Toutefois, le gouvernement Harper tarde à donner son aval, car il se préoccupe trop à l’heure actuelle de plaire à ses électeurs.
  • Nous devons recommencer à aider les pays en développement à renforcer leurs capacités démocratiques et de primauté du droit. Nous devons collaborer plus étroitement avec nos alliés aux vues similaires afin de donner au Canada un plus grand rôle en temps de crise et dans les interventions de résolution de conflits. Il ne faut pas se limiter aux discours et aux communiqués de presse (par exemple, nous pourrions participer aux inspections sur l’arsenal d’armes chimiques ou nucléaires en Syrie et en Iran).
  • Nous devons modifier le projet de loi C-6 du gouvernement en vue de ratifier la Convention sur les armes à sous-munitions afin de supprimer les échappatoires qui permettraient aux soldats canadiens de continuer à appuyer l’emploi d’armes à sous-munitions s’ils prennent part à des opérations conjointes avec des États non signataires de la Convention, comme les États-Unis.
  • Nous devons agir davantage pour aider les réfugiés. Traditionnellement, les gouvernements canadiens ont reconnu avoir un devoir moral envers les plus démunis du monde. À l’époque du gouvernement libéral, le Canada a accepté 5 500 réfugiés du Kosovo. En 1992, le gouvernement progressiste-conservateur a instauré des mesures similaires pour accueillir 5 000 réfugiés bosniaques. Il ne s’agit pas d’une question de politique libérale ou conservatrice, mais d’une question humanitaire. Le gouvernement actuel a accepté d’accueillir 1 200 réfugiés issus de la crise qui sévit en Syrie, et il parraine seulement 200 d’entre eux. Ce nombre est clairement insuffisant si l’on pense que la Syrie est le théâtre de l’une des crises humanitaires les plus graves des 15 dernières années. Il pourrait s’écouler jusqu’à 17 mois pour simplement traiter ce petit nombre de demandes et accueillir ces réfugiés. Notre pays est l’un des mieux nantis du monde. Il est de notre devoir de déployer davantage d’efforts.

Surtout, le Canada doit changer son attitude au chapitre de sa politique étrangère. Les Canadiens se préoccupent de la façon dont nous contribuons au reste du monde, et ils se soucient de la perception du reste du monde à notre égard. Le gouvernement actuel ne le comprend pas ou choisit de ne pas en tenir compte. Pour reprendre les propos de l’ex-premier ministre Joe Clark : on ne mène pas la politique étrangère comme s’il s’agissait de politique intérieure. Nous devons réfléchir non seulement à ce que nous pouvons obtenir du reste du monde, mais aussi à ce que nous pouvons lui offrir.

Pour conclure, je tiens à souhaiter à tous les lecteurs de la Tribune de 45eNord.ca un joyeux temps des Fêtes et une bonne année 2014. Ensemble, travaillons à bâtir un monde meilleur.

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