Attaque contre un restaurant: Kaboul accuse des services étrangers

Le président afghan Hamid Karzaï, le 14 décembre 2013 à New Delhi (Archives/Findlay Kember/AFP)
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Le président afghan Hamid Karzaï, le 14 décembre 2013 à New Delhi (Archives/Findlay Kember/AFP)
Le président afghan Hamid Karzaï, le 14 décembre 2013 à New Delhi (Archives/Findlay Kember/AFP)

Le Conseil de sécurité nationale afghan, présidé par le président Hamid Karzaï, semblant faire allusion au Pakistan voisin, a accusé dimanche des services secrets étrangers d’être « derrière » l’attaque suicide qui a fait 21 morts vendredi soir à Kaboul, dont deux Canadiens.

« De telles attaques aussi complexes et sophistiquées ne peuvent être seulement l’œuvre des talibans », a déclaré la présidence afghane dans un communiqué diffusé à l’issue d’une réunion du Conseil de sécurité nationale afghan (NSC).

Le NSC a estimé qu’il ne faisait « aucun doute que des services de renseignement étrangers (…) sont derrière de telles attaques », ajoute le communiqué, semblant faire référence aux services secrets pakistanais (ISI).

Kaboul accuse régulièrement le Pakistan, qui fut le premier soutien des talibans lorsqu’ils étaient au pouvoir (1996-2001) et où nombre d’entre eux ont trouvé refuge après la chute de leur régime, de soutenir depuis leur rébellion pour défendre ses intérêts stratégiques dans la région, ce qu’Islamabad pour sa part a toujours nié.

Vendredi soir, peu après 19h00(heure de Kaboul), un kamikaze s’est fait exploser devant un restaurant libanais du centre-ville de Kaboul très fréquenté par les diplomates, travailleurs humanitaires et des Afghans riches en train de dîner, tandis que deux hommes armés sont entrés par la porte arrière et ont ouvert le feu.

Le restaurant, « La Taverne du Liban » que des clients avaient qualifié en 2011 d’«oasis de normalité dans le chaos» de la ville, est à quelques pas des ambassades de Suisse, du Turkménistan, de Norvège, du Danemark, de Suède, et accolé à celle de Belgique.

Avant d’être abattus par des commandos des forces de sécurité afghanes arrivés rapidement sur les lieux, les deux tireurs ont eu le temps de semer la mort, ouvrant le feu sur les clients et en abattant plusieurs à bout portant.

Bilan: 21 morts (13 étrangers et 8 Afghans)

Parmi les victimes figurent Canadiens, Peter McSheffrey, originaire d’Ottawa, et de Martin Glazer, originaire de Gatineau, des comptables de la firme québécoise Samson et Associés, dont le siège social est à Gatineau et qui étaient à Kaboul pour s,assurer que l’argent de l,aide humanitaire canadienne était bien géré.

On compte aussi parmi les victimes trois Américains, deux Britanniques et deux Libanais: un représentant du Fonds monétaire international (FMI) et le patron du restaurant, abattu par les assaillants alors qu’il tentait de se défendre.

Une Danoise, membre de la force de police de l’UE (EUPOL) et un responsable russe de l’ONU ont également été tués.

L’attaque, revendiquée par les talibans, a été condamnée unanimement par la communauté internationale, qui a dénoncé un acte de violence « épouvantable » et « injustifiable ».

Le ministre des Affaires étrangères du Canada, John Baird a condamné le jour même « avec la plus grande fermeté le lâche attentat terroriste ciblé qui a été commis […] dans un restaurant de Kaboul.

« Cet attentat ne fait que raffermir notre détermination à lutter contre le terrorisme sous toutes ses formes », a toutefois déclaré le ministre Bair », ajoutant que « Le Canada demeure inébranlable dans son engagement envers le peuple de l’Afghanistan et ceux qui croient que l’Afghanistan pourra un jour connaître la paix, la sécurité et la prospérité ».

Le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a promis lui aussi samedi que l’ONU resterait en Afghanistan malgré l’attentat sanglant qui a tué quatre employés des Nations Unies dans un restaurant à Kaboul.

Dimanche, une centaine de personnes ont défilé dans les rues de Kaboul en scandant « Non au terrorisme! ».

« Nous voulons rendre hommage aux victimes, et montrer que les Afghans resteront unis face à ces attaques », a déclaré à la presse une des participantes, Lailee Rahimi, une travailleuse humanitaire.

Présent dans le défilé, le porte-parole du ministère de l’Intérieur afghan, Sediq Sediqqi, a indiqué qu’une enquête était menée pour tenter de comprendre comment le commando taliban a réussi à déjouer la vigilance des nombreux check-points quadrillant la capitale afghane.

Trois responsables de la police chargés de la sécurité du quartier où se trouve la Taverne du Liban, Wazir Akbar Khan, ont été suspendus dans les heures qui ont suivi l’attaque et sont présentement interrogés.

L’attaque contre La Taverne du Liban est la plus meurtrière commise en Afghanistan contre des civils étrangers depuis la chute du régime taliban en 2001.

Elle intervient dans un contexte de violences persistantes inquiétant alors que l’Otan doit retirer ses troupes du pays d’ici à la fin de l’année et qu’une élection présidentielle est prévue le 5 avril.

*Avec AFP