Exit Djotodia et Tiangaye, le président centrafricain et son premier ministre démissionnent

Le président centrafricain Michel Djotodia à Bangui le 21 décembre 2013 (Miguel Medina/AFP)
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Le président centrafricain Michel Djotodia à Bangui le 21 décembre 2013 (Miguel Medina/AFP)
Le président centrafricain Michel Djotodia à Bangui le 21 décembre 2013 (Miguel Medina/AFP)

Michel Djotodia et Nicolas Tiangaye ne sont plus à la tête de la Centrafrique. Incapable de ramener l’ordre en Centrafrique, le «couple non fonctionnel» a été contraint à la démission, vendredi, dans un pays plongé dans le chaos et les violences inter-religieuses.

La démission du président de la République centrafricaine , Michel Djotodia et de son Premier ministre, Nicolas Tiangaye vient d’être annoncée, ce vendredi, lors du Sommet de la CEEAC, la Communauté des États d’Afrique centrale, à Ndjamena.

Une décision qui a mis fin à cette réunion extraordinaire où étaient conviés les chefs d’État de la région, mais aussi la plupart des membres du Conseil national de transition (CNT), le Parlement provisoire centrafricain, venus en catastrophe de Bangui à N’Jamena.

Les dirigeants de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC) «ont pris acte de la démission du président» et du Premier ministre centrafricains, selon le communiqué final du sommet lu en séance plénière.

Michel Djotodia a signé sa lettre de démission et elle a été annoncée officiellement, avant d’être formellement remise au président du CNT, Alexandre Ferdinand Nguendet. Celui-ci doit désormais faire constater la vacance du pouvoir par le président de la Cour constitutionnelle de transition, resté à Bangui, mais cela peut se faire par courrier électronique.

Ensuite, s’ouvrira à Ndjamena une session extraordinaire du CNT centrafricain, pour choisir un successeur au président démissionnaire.

 

Scènes de liesse à Bangui

Alors que Djotodia et Tuangaye sont toujours à N’Jamena, des milliers de Banguissois en liesse sont descendus dans les rues pour laisser éclater leur joie. Sur les avenues de France, des Martyrs, de l’Indépendance ou encore au carrefour des Nations unies, ils chantaient ou hurlaient en courant «c’est fini, c’est fini!», rapportait l’Agence France-Presse. en fin d’après-midi, heure de Bangui.

Quelques tirs sporadiques d’origine inconnue ont également été entendus et des blindés français de l’opération Sangaris ont pris position près du palais présidentiel à Bangui, rapporte l’agence de presse.

Le camp De Roux, où est cantonnée la garde de Michel Djotodia depuis le début de l’opération Sangaris le 5 décembre, se trouve non loin du palais présidentiel et de nombreuses armes lourdes y sont entreposées.

Les forces françaises et les détachements de la force africaine (MISCA) étaient également très présentes dans la capotale centrafricaine dans l’après-midi.

Le vote du CNT était indispensable

Ce sommet de la CEEAC était une initiative lancée par le président tchadien Idriss Déby, voisin et puissance tutélaire de la Centrafrique, pour trouver une issue à la crise.

Dès l’ouverture du sommet, le président tchadien s’était lancé dans un réquisitoire contre la direction centrafricaine: «un seul constat doit être fait et il est amer: la RCA (République centrafricaine) subit au plus profond d’elle-même les agissements de ses propres fils, plongeant leur pays dans une guerre qui compromet dangereusement son avenir».

«La transition n’a pas fonctionné comme on le veut. Les autorités qui ont la charge de mener cette transition n’ont pas pu répondre aux attentes des Centrafricains et de la communauté internationale, dont les plus importantes sont l’ordre et la sécurité», avait-t-il accusé.

Les discussions, qui avaient débuté jeudi, se sont poursuivies jusqu’à 4 heures, ce vendredi (22h, heure de Montréal) pour reprendre ce matin à 9h heure locale.

Le Sommet a demandé au Parlement provisoire centrafricain, réuni à N’Djamena, de préparer avant 8h00 un accord sur l’éventuel départ du président Michel Djotodia.

«Personne ne peut parler d’un changement à la place des Centrafricains. La solution ne peut venir que des Centrafricains eux-mêmes. […] Il y a un régime, ses institutions et une charte, des responsables : il appartient à ses responsables de décider du sort de leur pays», avait expliqué à la presse le secrétaire général de la CEEAC, Ahmat Allami, à la suspension des travaux.

Le résultat est maintenant connu: démission à la tête de l’exécutif centrafricain qui, paralysé par les querelles intestines, était de toutes façons incapable d’accomplir sa mission.

La Constitution provisoire centrafricaine stipule que le président du CNT assure un intérim, de 15 jours maximum, le temps d’organiser l’élection d’un nouveau président par le Conseil.

La France, pour sa part, a aussitôt demandé un remplacement «dans les plus brefs délais» de Michel Djotodia.

«Il appartient maintenant au Conseil national de transition centrafricain de décider rapidement d’une nouvelle équipe dirigeante.», a déclaré Laurent Fabius dans un communiqué ce matin du Quai d’Orsay. ajoutant «Je confirme que la France se tient aux côtés des Centrafricains pour les aider à résoudre durablement la crise que connaît ce pays ami».

Le départ de Djotodia, accusé par la communauté internationale de passivité face aux violences interreligieuses qui se sont muées en tueries de masse, était devenu de plus en plus inévitable, malgré les risques d’une vacance du pouvoir.