Forces nucléaires américaines: 92 officiers suspendus pour tricherie

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N'appuie pas n'importe qui sur le bouton de lancement des missiles nucléaires (Archives/Steven G. de Polo)
N’appuie pas n’importe qui sur le bouton de lancement des missiles nucléaires (Archives/Steven G. de Polo)

Une affaire de triche à un examen de routine au sein de l’armée de l’Air américaine a pris de l’ampleur jeudi après l’annonce par les autorités de la suspension de 92 officiers.

«Avec l’avancée de l’enquête, nous pouvons décompter aujourd’hui un total de 92 membres de l’armée identifiés comme ayant une part d’implication» dans cette affaire, a déclaré la secrétaire à l’Air Force Deborah Lee James.

«Soit ils ont participé à la triche, soit ils étaient au courant, ne s’y sont pas opposés et n’ont rien dénoncé», a-t-elle précisé lors d’une conférence de presse.

Ces derniers mois, les incidents se sont multipliés sur les trois bases de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) et ont jeté un malaise sur l’armée de l’Air américaine.

Il y a deux semaines, l’US Air Force avait suspendu 34 officiers de la même base, accusés de s’être échangé des réponses à un examen mensuel de compétence. Les enquêteurs avaient réussi à remonter jusqu’à un soldat, qui avait envoyé les réponses via son téléphone portable.

Les hommes étaient stationnés à Malmstrom (Montana, nord-ouest), base sur laquelle travaillent 190 officiers, tous chargés de lancer les missiles nucléaires intercontinentaux (ICBM) en cas de guerre. C’est donc plus de la moitié des officiers de cette base qui ont été suspendus.

La secrétaire à l’Air Force a confié qu’elle venait d’inspecter les trois bases des forces nucléaires et qu’elle avait constaté «des problèmes généraux» d’ordre moral entre le personnel soumis à «un climat de stress et de peur».

Elle a cependant rappelé, comme l’avait fait le Pentagone, que les armes de destruction massive étaient entre des mains professionnelles.

«Je reste persuadée, et ce d’autant plus depuis que j’ai visité nos bases la semaine dernière, de la sécurité, du sérieux et de l’efficacité de la mission nucléaire», a-t-elle déclaré.

L’affaire avait été découverte à l’occasion d’une autre enquête ouverte contre plusieurs officiers, soupçonnés d’avoir de la drogue en leur possession. Dans cette affaire, deux nouveaux soldats ont été démasqués, portant à 13 le nombre d’hommes compromis, a précisé Deborah Lee James.

Au vu de ces scandales, toutes les promotions d’officiers de la force nucléaire ont été suspendues, a précisé à l’AFP un responsable de la défense.

«Ils sont en train de réexaminer toutes les promotions», a-t-il affirmé sous couvert de l’anonymat.

Depuis la fin de la Guerre froide, qui a réduit la pertinence directe de la force nucléaire, le Pentagone s’inquiète de l’état d’esprit et du professionnalisme de ces officiers.

Plus de 500 officiers sont chargés de la maintenance et de la surveillance de 450 missiles nucléaires balistiques répartis sur trois bases situées dans le nord-ouest (Montana, Dakota et Wyoming). Ils travaillent à 30 mètres sous terre dans des abris d’acier et répètent régulièrement des exercices de routine.

Ils sont soumis à de fréquents examens desquels dépendent leur promotion.

«J’ai souvent entendu de la part de collègues que le besoin de perfection avait crée un climat de stress et de peur excessif», a détaillé Mme Lee James. «La peur du futur. La peur de la promotion. La peur de savoir ce que leur réserve leur carrière».

Selon elle, de nombreux personnels de cette force avaient des doutes sur leur avenir et sur la valeur de la mission auprès du Pentagone.

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