La Tunisie fête les trois ans de sa révolution sans Constitution

Des jeunes font le "v" de la victoire à Tunis à l'occasion du deuxième anniversaire de la révolution tunisienne, le 14 janvier 2013 (Archives/ Fethi Belaid/AFP)
Temps de lecture estimé : 3 minutes
Des jeunes font le "v" de la victoire à Tunis à l'occasion du deuxième anniversaire de la révolution tunisienne, le 14 janvier 2013 (Archives/ Fethi Belaid/AFP)
Des jeunes font le « v » de la victoire à Tunis à l’occasion du deuxième anniversaire de la révolution tunisienne, le 14 janvier 2013 (Archives/ Fethi Belaid/AFP)

Ce mardi, la Tunisie fête les trois ans de sa révolution, ayant conduit, en 2011, à la chute du président Ben Ali et au déclenchement du Printemps arabe. Si plusieurs manifestations ont lieu, notamment dans la capitale, Tunis, pour célébrer cette journée, les dirigeants tunisiens n’ont toujours pas trouvé d’accord pour l’adoption d’une nouvelle Constitution.

Le 14 janvier 2011, le président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali quitte le pays. Face à la révolte populaire, le chef d’Etat choisit la fuite. Le peuple tunisien croit alors en un renouveau. Mais trois ans plus tard, force est de constater que les progrès escomptés restent encore insuffisants.

Et pour cause, après de longs mois de troubles politiques, économiques et sociales, la Tunisie n’a toujours pas de nouvelle Constitution. Les travaux de la Constituante, chargés de l’adoption du nouveau texte, ont été ralentis à maintes reprises par des querelles intestines. A tel point qu’un tiers des quelque 150 articles doivent encore être examinés après 12 jours de débats.

Parmi ces articles, plusieurs dispositions clés ont été rejetées ces derniers jours dans un climat houleux à la Constituante. Il s’agit notamment des conditions d’éligibilité du chef de l’Etat, du rôle du chef du gouvernement, mais aussi et surtout du rôle de l’exécutif dans la nomination des juges.

Comme un symbole, beaucoup souhaitaient que cette Constitution soit adoptée, au plus tard, ce 14 janvier. Mais les chances de voir un accord éclore d’ici la fin de la journée semblent minimes.

Néanmoins, le projet avance. La Constituante tunisienne est parvenue à lancer le processus d’adoption de la nouvelle Constitution en élisant les membres de la commission électorale, la semaine dernière. Une élection qui a débouché sur la démission prévue du Premier ministre, Ali Larayedh.

Mehdi Jomaâ a été nommé à sa place afin que le gouvernement dirigé par les islamistes passe la main à des indépendants. Le nouveau cabinet qui doit être formé dans les prochains jours sera chargé de conduire le pays jusqu’aux prochaines élections prévues au cours de l’année.


La tâche du nouveau chef du gouvernement tunisien s’annonce très difficile – 11 janvier 2014 (Vidéo: Euronews)

La Tunisie est «sur la bonne voie» selon le président Marzouki

Pour le président tunisien, Moncef Marzouki, les dirigeants du pays n’ont pas répondu aux espoirs suscités par ce soulèvement populaire sans précédent. «Nous sommes très loin d’avoir réalisé les objectifs de la révolution», a-t-il déclaré, lundi soir, lors d’un discours télévisé.

Il a néanmoins assuré que le pays était «sur la bonne voie, (même si) le chemin est encore dangereux et difficile». Avant d’évoquer le «miracle tunisien (…) car nous avons préservé la liberté, un modèle moderniste et la sécurité».

2013 aura pourtant été marquée par de multiples attaques perpétrés dans le pays, et notamment, en juillet dernier, avec l’assassinat, attribué à la mouvance jihadiste, de l’opposant Mohamed Brahmi. Un acte qui a déclenché une profonde crise politique au sein du pays.

Les Tunisiens (re)descendent dans la rue

En marge de ces tractations, plusieurs partis ont appelé à manifester, ce mardi, pour célébrer le troisième anniversaire de la Révolution. Ce matin, plusieurs centaines de personnes sont descendus dans les rues de Tunis. Un important dispositif policier a été mis en place pour pallier à tout débordement.

 

Les forces de l’ordre ont, par ailleurs, interdit la circulation dans plusieurs rues de la capitale. La semaine dernière, plusieurs violences ont été constatées lors de différentes manifestations, laissant craindre des débordements pour cette journée symbolique.

Du côté des journaux, la presse reste, elle aussi, partagée quant à l’évolution de la société tunisienne. «Trois ans après… Au bout du compte, la Constitution tant rêvée est toujours inscrite aux calendes grecques. Les familles des martyrs (les victimes de la révolution, ndlr) attendent encore de connaître les (noms des) assassins de leurs fils et les islamistes ont été obligés de reconnaître leur échec», martèle La Presse en Une de ce mardi.

Pour Le Temps, la révolution «a été confisquée par les politiques, les tribuns récupérateurs». Mais la Tunisie «réussira tout de même à éviter le pire ». « Sous peu, nous aurons un gouvernement apolitique qui nous mènera à bon port, à des élections. Nous aurons une Constitution qui s’annonce moderniste». Une vague d’espoirs dans un pays qui ne cesse d’avancer masqué.