Lancement de l’expédition de soldats blessés vers le Pôle de «True Patriot Love»

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La fondation «True Patriot Love» («La patrie gravée sur le coeur») lançait ce vendredi 10 janvier sa deuxième expédition vers le Pôle Nord visant à sensibiliser la population aux besoins des soldats blessés (Jacques N. Godbout/45eNord.ca)
La fondation «True Patriot Love» («La patrie gravée sur le coeur») lançait ce vendredi 10 janvier sa deuxième expédition vers le Pôle Nord visant à sensibiliser la population aux besoins des soldats blessés (Jacques N. Godbout/45eNord.ca)

Alors que la fondation «True Patriot Love» («La patrie gravée sur le coeur») lançait ce vendredi sa deuxième expédition visant à sensibiliser la population aux besoins des soldats blessés, on apprenait la veille le suicide dans des circonstances particulièrement tragiques d’une caporale à la retraite souffrant de SSPT.

Ce matin, l’esprit aurait pu être à la fête. La fondation, qui s’est donnée pour mission d’intervenir quand le gouvernement n’est pas en mesure de financer certains programmes de santé et de soutien, lançait à Montréal la deuxième plus importante expédition à ski de l’histoire vers le Pôle magnétique.

La première expédition de l’organisme s’était déroulée dans l’Himalaya, où une équipe de soldats blessés et de chefs d’entreprises avaient atteint le «Island Peak», à 6.188 m d’altitude.

Cette année, lors de cette expédition de deux semaines à ski de fond, qui partira de Resolute Bay le 21 avril, les soldats blessés seront jumelés à des chefs d’entreprises et parcourront ensemble deux fois 125 km ( aller et retour), dans un environnement hostile par des températures de moins 40 degrés Celsius.

L’expédition sera aussi filmée en vue d’une diffusion à l’échelle nationale.

Mais la question du suicide s’est invitée à la conférence de presse

Tim Hodgson, ancien conseiller spécial du gouverneur de la Banque du Canada, au lancement de l’expédition au Pôle de «True Patriot Love» (jacques N. Godbout/45eNord.ca)

Un des dirigeants civils de l’expédition, Tim Hodgson, ancien conseiller spécial du gouverneur de la Banque du Canada et associé aujourd’hui dans une de gestion de placements, n’a pu s’empêcher d’aborder la question du suicide chez les soldats.

Interrogé avant qu’il ne prenne la parole, il avait, sans porter d’accusation, confié à 45eNord.ca qu’à son avis «avec ces 5 ou six suicides, le -système- ne fonctionnait certainement pas comme il le devrait».

Il est revenu sur cette question lors de son allocution, brandissant un quotidien albertain de ce matin où on annonçait que le mari d’une membre à la retraite des Forces armées canadiennes révélait que la collision frontale dans laquelle sa femme avait perdu la vie le jour de Noël était plutôt un suicide.

On estime qu’environ 30% des hommes et des femmes qui ont été déployés souffrent de trouble de stress opérationnel (TSO), comme le syndrome de stress post-traumatique.

Une étude parue en décembre dans le Journal de l’Association médicale canadienne soulignait que les événements vécus lors d’un déploiement sont souvent causes du syndrome de stress post-traumatique qui, lorsque lié à d’autres troubles, peut mener à l’irréparable.

Un autre responsable de l’équipe civile de l’expédition vers le Pôle, Paul Desmarais III, de la Great West Lifeco, déclarait pour sa part que «Les manchettes récentes et troublantes à propos du suicide [de soldats canadiens]donnent tout son sens à l’expédition».

Les récents événements, de l’avis de ces deux organisateurs, nous rappellent bien la nécessité de sensibiliser le public canadien au sort des soldats blessés.

Par ailleurs, une personne bien au fait de cette problématique, rencontrée lors du lancement de l’expédition et qui a accepté de s’exprimer sous couvert de l’anonymat, expliquait à quel point l’idée de devoir quitter les Forces armées était difficile à envisager pour les soldats blessés.

Selon cette personne, beaucoup de militaires cachent leurs blessures «psychiques», s’ils le peuvent, pour éviter d’être un jour déclarés «non-déployables» et devoir quitter les rangs de l’armée.

C’est ainsi que certains ne vont pas chercher l’aide dont ils ont besoin.

Des héros qui aiment la vie militaire, mais doivent la quitter

L’équipe militaire, qui sera dirigée par le lieutenant-colonel David Quick, se rencontrera une première fois le 7 février lors d’un camp d’entraînement arctique dans la région Gatineau.

Dans l’équipe, on retrouve, notamment, Bruno Guévremont, 39 ans, de Hull, et Mathieu Lévesque, 27 ans, de Saint-Colomban.

Bruno Guévremont a pris sa retraite en tant que matelot de première classe en 2014 . Il a rejoint l’armée en 1999 et a d’abord servi comme technicien d’armes au 3e Bataillon du Royal Canadian Regiment .

À son retour de sa première tournée en Afghanistan, il a choisi de transférer à la Marine , où à partir de 2007 il a travaillé comme plongeur-démineur poste de plongée de la Flotte du Pacifique.

Comme un plongeur-démineur, l’expertise de Guévremont s’est avérée précieuse à l’effort de guerre du Canada en Afghanistan.

Il rejoint donc une équipe de démineurs en Afghanistan pour désamorcer des engins explosifs improvisés et des pièges.Du printemps jusqu’à la fin de l’année 2009, l’équipe de Guévremont a désamorcé plus de 100 engins explosifs.

Lui et ses coéquipiers ont aussi été appelés à nettoyer les sites où des kamikazes s’étaient fait exploser.

Le stress cumulé de ces expériences l’a laissé le SSPT.

Cependant, il se réjouit de retrouver de l’esprit de camaraderie qui lui manque lors de l’expédition Arctique: «Je suis blessé, mais non détruit», a déclaré Bruno Guévremont «Comme vétéran, je joindrai une équipe formée de frères et sœurs, sous le soutien et les conseils de chefs d’Industrie du milieu civil, prêts à affronter les défis qu’apportera le pôle Nord, à la recherche de mon rétablissement et bien-être».

Mathieu Lévesque, lui, prend sa retraite de l’armée en tant que caporal.

Il s’est enrôlé dans les Forces canadiennes alors qu’il était âgé de 18 ans.

Il a été déployé deux fois en Afghanistan avec le Royal 22e Régiment et a servi comme fantassin le district afghan de Panjwayi.

Son premier déploiement s’est fait avec 3e Bataillon du Van Doos en 2007 le deuxième avec le 1er bataillon en 2010.

Au cours du deuxième déploiement, lui et ses camarades ont essayé d’entrer dans un village hostile qui avait repoussé toutes les tentatives précédentes.

Le commandant de Mathieu Lévesque a tué un soldat taliban. Plusieurs soldats ont tenté de récupérer le corps du soldat ennemi.

Lévesque a engagé un tir de couverture, mais a lui-même reçu une balle dans la cuisse.

La balle ennemie, tirée par un fusil AK-47, a brisé le fémur de Lévesque, nécessitant une multitude de chirurgies dans plusieurs hôpitaux de campagne en Afghanistan et une autre chirurgie ultérieure en Allemagne pour insérer des tiges de métal pour réparer l’os brisé.

Mathieu Lévesque considère l’expédition Arctique comme une dernière occasion d’aventure et d’adrénaline avec ses camarades des Forces canadiennes.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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