Soudan du Sud et Centrafrique au rendez-vous de l’Union Africaine

Des soldats de l'armée populaire de libération du Soudan du Sud (SPLA) lors d'une patrouille à Malakal le 21 janvier 2014 (Archives/Harrison Ngethi/AFP)
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Des soldats de l'armée populaire de libération du Soudan du Sud (SPLA) lors d'une patrouille à Malakal le 21 janvier 2014 (Archives/Harrison Ngethi/AFP)
Des soldats de l’armée populaire de libération du Soudan du Sud (SPLA) lors d’une patrouille à Malakal le 21 janvier 2014 (Archives/Harrison Ngethi/AFP)

Jeudi, s’est ouvert le 22ème sommet de l’Union Africaine (UA) à Addis Abeba. Réunis pour deux jours de discussions, les 54 nations africaines représentées doivent statuer sur la situation au Soudan du Sud et en Centrafrique. L’occasion pour l’organisation panafricaine de légitimer son rôle au cœur d’une situation complexe.

Il devait avoir pour thème «l’agriculture et la sécurité alimentaire». Finalement, le sommet de l’Union Africaine portera sur le Soudan du Sud et la Centrafrique. Contrainte de s’adapter aux récents événements survenus dans les deux pays, l’organisation a débuté deux jours de débat, ce jeudi, en Ethiopie.

À l’ouverture du sommet, le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz a, comme convenu, pris pour un an la présidence tournante de l’Union africaine en lieu et place du Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn.

«Le fait que ces deux tragédies humanitaires s’étendent dans les deux pays, au moment où nous parlons de la « Renaissance de l’Afrique » (le thème du cinquantenaire de l’UA en 2013, ndlr), doit être douloureux pour chacun d’entre nous», a déclaré lundi le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Tedros Adhanom.

«À moins que nous ne trouvions d’urgence une solution, la situation dans ces deux pays aura de graves conséquences sur la paix et la sécurité dans la région, voire pour l’ensemble du continent», a-t-il ajouté.

Des milliers de morts et 800.000 déplacés au Soudan du Sud

Depuis le 15 décembre, le Soudan du Sud est touché par de violents combats au cours desquels plusieurs milliers de personnes ont trouvé la mort et quelques 800.000 ont été déplacées. À l’origine, ils opposaient des soldats loyaux au président Kiir à des militaires mutins fidèles à Riek Machar, derrière lequel s’est désormais ralliée une coalition rebelle plus ou moins stable regroupant aussi diverses milices ethniques.

Après trois semaines de laborieux pourparlers à Addis Abeba sous la médiation de l’organisation régionale Igad, regroupant des pays d’Afrique de l’est, les deux camps ont finalement signé le 23 janvier dernier un cessez-le-feu qui devait entrer en vigueur sous 24 heures, soit vendredi 24 vers 17H30 GMT.

Mercredi, le gouvernement sud-soudanais a remis au Kenya sept partisans de Riek Machar mais compte juger l’ancien vice-président et six de ses proches pour tentative de coup d’État, risquant ainsi de fragiliser la trêve entre Juba et la rébellion.

Nouvelle présidente et nouvelle force européenne en Centrafrique

En Centrafrique, la capitale, Bangui, connaît depuis plusieurs jours un regain de violence entre chrétiens et musulmans. Certains rebelles de l’ex-Séléka ont pourtant commencé à quitter la capitale. La coalition a été chassée du pouvoir le 10 janvier dernier avec la démission du président Michel Djotodia.

Une présidente de transition, Catherine Samba Panza, a été nommée, jeudi dernier, à la tête du pays. Elle a prêté serment sur la Charte de transition et s’est donné pour objectif de pacifier un pays déchiré par des tueries interreligieuses et où se déroule une véritable catastrophe humanitaire. Un nouveau gouvernement de transition a été mis en place.

Pour pallier à cette situation, une force européenne de 500 soldats a également été mandatée ce mardi par le Conseil de sécurité des Nations Unies. Elle vient s’ajouter aux 4.000 militaires africains de la MISCA (force de l’Union africaine, censée passer à 6.000 hommes) et aux 1.600 soldats français de l’Opération SANGARIS.

À terme, l’ONU considère qu’il faudrait déployer plus de 10.000 Casques bleus pour sécuriser la Centrafrique «car la situation est très, très grave et le pays immense», a expliqué l’ambassadeur français aux Nations unies Gérard Araud.


Le nouveau gouvernement centrafricain face au défi de la paix – 28 janvier 2014 (Vidéo: Euronews)

Quelques mois après son cinquantenaire, l’Union Africaine se doit de prendre ces deux situations au corps pour légitimer son rôle d’organisation panafricaine. Au cours du sommet, les dirigeants africains devront également se pencher sur l’«Agenda 2063», une feuille de route sur 50 ans destinée à donner un coup de fouet au continent. Une perspective symbolique dans un contexte si délicat depuis de longs mois.