Syrie: «Tous contre tous!», insurgés, islamistes et djihadistes s’affrontent

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Vue de Deir Ezzor, dans le nord-est de la Syrie, le 4 janvier 2014 (Archives/Ahmad Aboud/AFP)
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Vue de Deir Ezzor, dans le nord-est de la Syrie, le 4 janvier 2014 (Archives/Ahmad Aboud/AFP)
Vue de Deir Ezzor, dans le nord-est de la Syrie, le 4 janvier 2014 (Archives/Ahmad Aboud/AFP)

En Syrie aujourd’hui, au lieu de «Tous pour un!» comme dans «Les Trois mousquetaires», c’est maintenant «Tous contre tous!»: les insurgés contre le régime Assad, les islamistes contre les rebelles modérés, les djihadistes de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) contre les autres islamistes et les rebelles modérés.

Environ 60 rebelles ont été tués ces dernières 24 heures en Syrie dans des attaques menées par des djihadistes, principalement dans le nord du pays, où rebelles islamistes et djihadistes, autrefois alliés, s’affrontent désormais, a rapporté dimanche l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), un organisme indépendant basée en Grande-Bretagne mais qui s’appuie sur un vaste réseau de travailleurs et de militants sur le terrain, en Syrie.

Cinquante-neuf combattants, 9 de l’EIIL, un groupe djihadiste affilié à Al-Qaïda, les autres des combattants islamistes et de groupes rebelles non-islamistes, ont été tués par des affrontements entre eux, dans des attaques à la voiture piégée et des attaques sur des véhicules dans les provinces d’Alep, Idlib, Hama et Raqqah, rapporte l’OSDH.

Toujours selon la même source, les morts comprennent sept rebelles en captivité qui ont été exécutés par l’EIIL lorsque leur base a été assiégé dans la région de Harem, dans la province d’Idlib.

La veille, cinq rebelles ont été tués dans un attentat à la voiture piégée mené par l’EIIL.

La brigade rebelle Liwa al-Tawhid, une des principales composantes de la coalition du Front islamique, a écrit sur sa page Facebook que cette attaque avait visé ses membres et, dans un communiqué publié ce dimanche 5 janvier, le Front islamique explique qu’il est «reconnaissant aux étrangers» venus aider leur combat, mais qu’il «n’acceptera aucun groupe se prétendant État», se référant manifestement à l’EIIL.

Le Front islamique est l’une des trois coalitions combattant l’EIIL, aux côtés de l’«Armée des Moujahidines» (islamistes) et du Front des révolutionnaires de Syrie.

Les combats font rage depuis vendredi entre rebelles et combattants de l’EIIL, qui était jusqu’à récemment leur allié dans la guerre contre le régime de Bachar al-Assad.

Les affrontements ont éclaté lorsque des brigades rebelles dans les provinces d’Alep (nord) et d’Idleb (nord-ouest) ont attaqué des barrages de l’EIIL, accusé de multiples abus et de vouloir prendre le contrôle total des zones rebelles.

Samedi, l’EIIL a prévenu dans un enregistrement audio diffusé sur internet que si les rebelles maintenaient leur pression, il allait se retirer du front dans la ville et la province d’Alep et laisser le champ libre au régime.

Dans un autre communiqué, le groupe djihadiste a aussi estimé avoir été «poignardé dans le dos» et dénoncé une campagne médiatique visant à le «diaboliser».

À voir les images horribles publiées par ce groupe sur son compte Twitter, une campagne médiatique ne semble toutefois pas nécessaire pour le diaboliser puisqu’il parvient lui-même sans l’aide de personne à inspirer la terreur, ce qui fait que, de «Tous contre tous!», on pourrait bien passer à «Un contre tous!».

La population syrienne aussi en en marre des islamistes radicaux de l’EIIL.

Dans certaines zones rebelles, des manifestations ont eu lieu la semaine dernière, les protestataires scandant des slogans hostiles à l’État islamique en Irak et au Levant.

Dans la province d’Idlib, les forces de l’EIIL avaient même ouvert le feu sur ​​une manifestation vendredi 3 janvier dans la ville de Kafartkharim.


L’EIIL fait feu sur la population à Kafartkharim, dans la province d’Idlib (Vidéo: OSDH)