Ukraine: l’armée demande «des mesures d’urgence» au président

Des manifestants portant casques, cagoules, masques à gaz, masques de ski et boucliers, le 25 janvier 2014 place de l'Indépendance, à Kiev (Genya Savilov/AFP)
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Des manifestants portant casques, cagoules, masques à gaz, masques de ski et boucliers, le 25 janvier 2014 place de l'Indépendance, à Kiev (Genya Savilov/AFP)
Des manifestants portant casques, cagoules, masques à gaz, masques de ski et boucliers, le 25 janvier 2014 place de l’Indépendance, à Kiev (Genya Savilov/AFP)

En plein mouvement de protestation depuis deux mois, l’armée ukrainienne a appelé, ce vendredi, le président Viktor Ianoukovitch à prendre «des mesures d’urgence» pour «stabiliser» la situation dans le pays.

L’armée, elle aussi, s’impatiente. Face à la pression de la rue, les militaires ont martelé, ce vendredi, qu’une intervention du président ukrainien était indispensable pour éviter la propagation de la crise qui secoue le pays depuis de longues semaines.

«Les militaires et les (autres) employés du ministère de la Défense ont appelé le chef suprême des armées (le chef de l’État, ndlr) à prendre des mesures d’urgence dans le cadre de la législation actuelle pour stabiliser la situation dans le pays», peut-on lire dans un communiqué publié vendredi matin sur le site internet du ministère de la Défense.

«Les militaires et les (autres) employés du ministère de la Défense ont jugé inacceptables la prise d’assaut de bâtiments publics et les tentatives d’empêcher le pouvoir de remplir ses fonctions, notant qu’une escalade de la contestation menace l’intégrité territoriale» de l’Ukraine, ajoute le communiqué.

Pour l’heure, l’armée n’a cessé de marteler qu’elle n’interviendrait pas dans ce conflit. L’état d’urgence n’a toujours pas été décrété par le président Ianoukovitch.

Ce dernier fait face à une forte contestation depuis plusieurs semaines. En novembre, le chef d’État ukrainien avait renoncé à signer un accord de libre-échange avec l’Union européenne. Au cours des heurts ayant éclaté dans le pays et notamment au cœur de la capitale, Kiev, quatre personnes ont trouvé la mort et plus de 500 autres ont été blessées.

Le président ukrainien indisponible pour une «maladie respiratoire aiguë»

En plein cœur de cette fronde populaire, le président ukrainien a été déclaré indisponible, ce jeudi, par son service de presse en raison d’une «maladie respiratoire aiguë».

Quelques heures plus tard, dans un communiqué, le président a néanmoins accusé l’opposition d’«envenimer la situation». Il a également appelé la population à continuer de manifester «en raison des ambitions politiques de quelques-uns de ses dirigeants».

À l’inverse, les trois principaux chefs de l’opposition, Vitali Klitschko, Arseni Iatseniouk et le nationaliste Oleg Tiagnybok, ont affirmé dans une déclaration commune que Viktor Ianoukovitch avait violé la Constitution.

Un bras de fer politique qui se poursuit également dans la rue. Après la démission du gouvernement ukrainien, mardi, des lois répressives et contestées ont été abrogées. Et mercredi, une amnistie a été votée pour les manifestants interpellés.

Mais l’opposition n’accepte pas les conditions fixées par les autorités. Il est notamment imposé aux contestataires qu’ils évacuent d’abord dans les 15 jours les rues, places et bâtiments administratifs occupés à Kiev et dans plusieurs régions.


Kiev : Les manifestants ne croient pas aux promesses du président – 30 janvier 2014 (Vidéo: Euronews)

John Kerry s’invite à la table de la médiation

La situation en Ukraine fait également réagir au-delà de ses frontières. Pour le président français, François Hollande, la situation en Ukraine «est grave et elle appelle (à) la plus grande vigilance».

À l’issue d’un entretien avec le Premier ministre polonais, Donald Tusk, le chef d’État tricolore a ajouté que «ce qui peut se produire dans les prochaines heures, dans les prochains jours, c’est une confrontation et des violences et nous devons tout faire pour rétablir le dialogue et favoriser l’apaisement».

Pour Donald Tusk, «la tâche principale aujourd’hui, et nous en avons parlé (avec François Hollande), c’est d’éviter le scénario noir, le scénario dramatique, et nous voyons toujours une chance d’éviter ce scénario».

Du côté des États-Unis, le secrétaire d’État John Kerry doit rencontrer samedi les dirigeants de l’opposition en marge de la Conférence sur la sécurité de Munich. Une annonce qui ne fait pas le bonheur de Moscou, des responsables russes ayant déjà réagi, comme le vice-Premier ministre Dmitri Rogozine qui a qualifié cette rencontre de «cirque».