Aide aux soldats blessés: Pierre Daigle sonne l’alarme une dernière fois avant de partir

Le syndrome de stress post-traumatique figure parmi les préoccupations des Canadiens (Photo: Cplc Marc-André Gaudreault, Caméra de combat des Forces canadiennes, © 2012 DND-MDN Canada)
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Le syndrome de stress post-traumatique figure parmi les préoccupations des Canadiens (Photo: Cplc Marc-André Gaudreault, Caméra de combat des Forces canadiennes, © 2012 DND-MDN Canada)
Le syndrome de stress post-traumatique figure parmi les préoccupations des Canadiens (Archives/ Cplc Marc-André Gaudreault, Caméra de combat des Forces canadiennes, © 2012 DND-MDN Canada)

L’ombudsman de la Défense, Pierre Daigle, a sonné une dernière fois l’alarme alors que le ministère des Anciens Combattants, lorsque censé prendre le relais du ministère de la Défense, fait tout pour ne pas avoir à verser d’argent et parvient encore à rejeter 90 % des demandes de prestations des soldats blessés qui ont dû quitter les Forces armées.

Lors de ce qui était probablement son dernier passage devant un comité sénatorial, mercredi, Pierre Daigle, qui terminera son mandat d’ombudsman de la Défense d’ici quelques semaines, a expliqué que plusieurs ex-soldats, qui doivent se battre contre une administration tatillonne au ministère des Anciens Combattants pour prouver que leurs blessures résultent bien de leur service militaire, repartent encore les mains vides pour la plupart.

À défaut d’avoir fait la preuve à la satisfaction des fonctionnaires du ministère des Anciens Combattants que les circonstances qui ont mené à leur inaptitude au service militaire étaient bien le résultat direct de leur service militaire, ces soldats démis pour raisons médicales se voient donc refuser des prestations par le ministère des Anciens Combattants qui a ses propres critères, dénonce l’ombudsman du ministère de la Défense.

Voici comment ça fonctionne: une fois leur congé obtenu des Forces armées canadiennes, le ministère des Anciens Combattants exige que les anciens militaires blessés et malades se soumettent à une évaluation distincte, sans égard à l’examen qui aura pu être fait au sein du ministère de la Défense.

C’est alors que les ex-soldats blessés s’engagent dans un labyrinthe bureaucratique qui débouche le plus souvent sur le rejet de leur demande de prestations.

Un ancien soldat a confié à l’ombudsman que le processus lui avait «donné l’impression d’être poussé au bord d’un précipice», rapportait l’ombudsman lors de son témoignage cette semaine à ce sujet devant le Comité de la Défense du Sénat.

Selon Pierre Daigle, 90 % des soldats qui sont ainsi référés aux unités de soutien de la défense — à qui ils doivent s’adresser pour obtenir de l’aide —, repartent ainsi les mains vides.

Plusieurs d’entre eux peinent non seulement à toucher des prestations, mais sont aussi éjectés avant même de pouvoir se qualifier pour une pension pleinement indexée, a-t-il déploré.

Selon Pierre Daigle, il s’agit «d’injustices» qui doivent être réglées le plus rapidement possible, mais le ministère des Anciens Combattants continue pour sa part à défendre sa politique la politique…en énumérant la liste des prestations que pourraient toucher les ex-soldats, alors qu’il rejette pourtant 90% des demandes.

Un porte-parole du ministre des Anciens Combattants Julian Fantino, Nicholas Bergamini, a aussi souligné que le gouvernement fédéral avait déposé un projet de loi pour permettre aux vétérans d’accéder à des emplois au sein de la fonction publique.

Pour Julian Fantino, la «discrimination positive» à l’embauche est la réponse aux problèmes des nombreux soldats blessés, alors que l’opposition et les associations de vétérans accusent le gouvernement conservateur de les pousser vers la sortie, que leur transition vers la vie civile pose de réels problèmes et que, une fois que l’ex soldat ne relève plus de la Défense, le ministère des Anciens Combattants qui devrait prendre le relais fait tout pour ne pas avoir à leur verser plus d’argent.

Dans son témoignage devant le Comité sénatoriale, l’ombudsman a aussi relevé la procédure bureaucratique et tatillonne qui a longtemps entravé le recrutement de psychiatres et d’autres professionnels de la santé mentale dont on avait besoin pour, non seulement soigner, mais aussi déceler les problèmes de santé mentale.

De plus, Pierre Daigle blâme sévèrement le gouvernement pour avoir refusé de bouger sur le «sacro-saint» principe de l’universalité du service qui explique en grande partie pourquopi les soldats en détresse refusent de demander de l’aide., contrairement à ce qu’affirmait récemment une députée conservatrice qui s’était attirée quolibets et injures par ses déclarations,

Les soldats blessés mentalement ne demandent pas d’aide parce qu’ils savent que cela sera probablement le début de la fin de leur carrière militaire, selon Pierre Daigle.

Des 4,000-4,500 soldats qui quittent les forces armées chaque année dit-il, 1700 le font parce qu’ils y sont contraints.

L’ombudsman de la Défense, avant de tirer sa révérence, aura pour donc sonné l’alarme encore une fois. Le gouvernement conservateur, qui a un «déficit» dans l’oreille, l’entendra-t-il?