Centrafrique: la présidente refuse toute partition du pays et déclare la guerre aux «anti-balaka»

Des armes de milices anti-balaka confisquées par les soldats français à Bangui le 7 février 2014 ( Archives/Issouf Sanogo/AFP)
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Des armes de milices anti-balaka confisquées par les soldats français à Bangui le 7 février 2014 ( Archives/Issouf Sanogo/AFP)
Des armes de milices anti-balaka confisquées par les soldats français à Bangui le 7 février 2014 ( Archives/Issouf Sanogo/AFP)

La présidente centrafricaine Catherine Samba Panza, refusant de parler de «nettoyage ethnique» et des dangers de partition de la Centrafrique, a plutôt choisi ce mercredi 12 février  de déclarer «la guerre» aux miliciens anti-balaka, qui multiplient les exactions contre les civils musulmans.

«Les anti-balaka [milices d’autodéfense à dominante chrétienne], on va aller en guerre contre eux. [Ils] pensent que parce que je suis une femme, je suis faible. Mais maintenant les anti-balaka qui voudront tuer seront traqués», a déclaré Mme Samba Panza en sango, la langue nationale, devant les habitants de Mbaïki (80 km au sud-ouest de Bangui), lors d’une visite en compagnie du ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian.

Ces propos offensifs font écho aux déclarations menaçantes tenues ces derniers jours par M. Le Drian et les commandants des contingents français et africain en Centrafrique, qui visaient, non seulement les miliciens anti-balaka et les pillards mais aussi les membres et ex-membres des Forces armées centrafricaines, les FACA.

«Je demande à tous les hors-la-loi de déposer les armes, y compris à tous les ex-FACA (forces armées centrafricaines, armée régulière) de rester cantonnés. Sinon, ils seront considérés comme des hors-la-loi, des bandits et trouveront en face d’eux les forces de la Misca pour mettre un terme à leurs agissements», avait averti  le général camerounais Martin Tumenta Chomu, chef de la  force africaine en Centrafrique (Misca),  lors d’un point de presse samedi 8 février.

«Les anti-balaka ont perdu le sens de leur mission. Ce sont eux qui tuent, qui pillent, qui volent. Est-ce que c’est normal?», a lancé à son tour la nouvelle présidente, tout en allant pas jusqu’à reconnaître assister à «nettoyage ethnique» comme l’affirme Amnesty International pour définir la crise.

Le nettoyage ethnique conduit à la partition

La Centrafrique a sombré dans le chaos depuis le coup d’État en mars 2013 de Michel Djotodia, chef de la coalition rebelle Séléka à dominante musulmane.

Contraint à la démission le 10 janvier par la communauté internationale le 10 janvier pour son incapacité à empêcher les tueries entre ex-Séléka et milices anti-balaka, son départ a été suivi d’un exode des civils musulmans, essentiellement vers le Tchad et le Cameroun voisins.

Malgré les 5.400 hommes la force de l’Union africaine (Misca), soutenus par les 1.600 soldats français de la force Sangaris,les militaires étrangers ne sont pas parvenus jusqu’à maintenant à mettre fin aux violences meurtrières et aux pillages et, selon Amnesty International, on assiste carrément à du «nettoyage ethnique».

«Les soldats de la force internationale de maintien de la paix ne parviennent pas à empêcher le nettoyage ethnique des civils musulmans dans l’ouest de la République centrafricaine», affirme Amnesty, appelant la communauté internationale à «faire barrage au contrôle des milices anti-balaka et à déployer des troupes en nombre suffisant dans les villes où les musulmans sont menacés».

Pour Peter Bouckaert, directeur de Human Rights Watch, sur le terian en Centrafrique, il s’agit aussi véritablement d’un nettoyage ethnique.

 

D’anciens responsables de la Séléka dans le nord-est du pays, majoritairement peuplés de musulman, et qui échappe depuis des années au contrôle de Bangui, avaient déjà manifesté publiquement leur volonté sécessioniste.

Aujourd’hui, les violences interreligieuses et «La brutalité sectaire est en train de changer la démographie du pays, la partition de facto de la RCA (République centrafricaine) est un risque avéré», a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, ban Ki-moon, mardi.

«Personne n’acceptera quelque partition que ce soit. Il faut absolument l’empêcher», a répliqué pour sa part le ministre français de la Défense à Mbaiki. «Pour la France, il n’y a et il n’y aura qu’une seule Centrafrique, qu’une seule chef de l’État. Toute tentative de penser autrement rencontrera l’opposition de la France et celle de la communauté internationale», a affirmé Jean-Yves Le Drian.

De son côté, Mme Samba Panza a fait état de sa «ferme volonté de ne pas céder un seul pouce du territoire centrafricain», ajoutant qu’il a [«toujours été uni et laïc», alors que, pourtant, c’est le traitement réservé aux musulmans de Centrafrique qui a été à l’origine de l’alliance Séléka et des problèmes que nous connaissons aujourd’hui.