Crimes sexuels de militaires américains au Japon: jugements «aléatoires» et «incohérents»

Drapeaux américain et nippon (montage/Voix de la Russie)
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Drapeaux américain et nippon (montage/Voix de la Russie)
Drapeaux américain et nippon (Archives/Voix de la Russie)

Selon des documents internes du Pentagone, la grande majorité des militaires américains qui sont basés au Japon et qui ont été jugés et reconnus coupables de divers crimes sexuels au cours des dernières années n’ont pas été condamnés à des peines de prison.

C’est en vertu de la loi américaine sur l’accès à l’information que l’Associated Press a obtenu un millier de documents qui décrivent ainsi plusieurs centaines de cas avec beaucoup de détails sur comment une accusation et un jugement se fait par les hauts gradés de l’armée envers leurs membres reconnus coupables de crimes sexuels.

En parcourant ces documents, on apprend donc que les coupables ont plutôt dû payer des amendes, ont été rétrogradés, confinés à leur base militaire ou bien encore renvoyés de l’armée. Dans une trentaine de cas, les mesures punitives se sont limitées à une lettre de réprimande.

Or, il s’avère que même lorsque les autorités militaires concluent qu’un crime sexuel a bel et bien été commis, le suspect ne sera pas, dans bien des cas, condamné à une peine de prison. Sur les 244 cas détaillés dans ces rapports, un tiers seulement de ces militaires ont été emprisonnés.

Les rapports, remplis de 2005 à 2013, démontrent que l’armée américaine à tendance à imposer des jugements plutôt aléatoires et incohérents.

Ainsi, lors d’une fête dans la ville d’Hiroshima, une femme et un US Marine se sont retrouvés à partager la même chambre. Dès que la porte fut fermée, le militaire aurait déchiré ses vêtements, forcé à pratiquer une fellation, avant de la violer. Selon le militaire, elle était «consentante», mais a pu «percevoir» cette relation sexuelle comme un viol. Lors d’une cour-martiale sommaire, il a été condamné a payer 978 $ et a être rétrogradé au plus bas grade qu’il existe.

De tous les corps de l’armée, les Marines sont ceux qui ont le plus tendance à incarcérer leurs membres coupables de crimes sexuels, avec 53 militaires condamnés à une peine d’emprisonnement sur les 270 cas recensés.

De 2006 à 2009, ils ont favorisé les cours martiales, mais de 2010 à 2012, ils étaient trois fois plus susceptibles de choisir une peine non judiciaire. En 2012, un seul Marine accusé d’abus sexuels est allé en cour martiale, tandis que 13 ont reçus une punition non judiciaire.

À l’opposé, l’US Air Force a été la moins sévère, envoyant des lettres de réprimande à 21 coupables sur un total de 124 cas.

De façon générale, le nombre de cas d’agressions sexuelles jugés par des cours martiales a augmenté, passant de 42% en 2009 à 68% 2012, selon des données du département de la Défense. En 2012, 74% des 238 militaires reconnus coupables ont purgé des peines de prison.

Mais la tendance n’est pas représentative de la situation au Japon, où 24% seulement des allégations d’agressions sexuelles par des membres des deux corps de la marine (Navy et Marines) – soit 116 cas sur 473 – ont été traités par une cour martiale.

De plus sur 620 allégations graves de crime sexuel, au moins 323 des victimes présumées étaient aussi dans l’armée. Les civils étaient les accusateurs dans 94 cas, mais dans près de 200 cas le statut de la victime présumée n’était pas clairement indiqué. 

Parmi les rapports d’agressions sexuelles de militaires américains à travers le monde en 2011-12, 2.949 des 3.604 victimes étaient membres des forces armées américaines, selon le rapport annuel du ministère au Congrès sur les agressions sexuelles dans l’armée.