Exercices conjoints «Key Resolve»: Pyongyang se remet à gesticuler et à vitupérer

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un prononce son discours du Nouvel An (KCNA)
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Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un prononce son discours du Nouvel An (KCNA)
Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un alors qu’il  prononçait  son discours du Nouvel An (Archives/KCNA)

À l’approche des exercices militaires conjoints annuels américano-sud-coréens, l’exercice de commandement Key Resolve et l’exercice d’entraînement Foal Eagle, qui se tiendront respectivement du 24 février au 6 mars et du 24 février au 18 avril, Pyongyang se remet à gesticuler et à vitupérer.

Les Nord-Coréens ont une nouvelle fois demandé aux États-Unis ce dimanche d’abandonner les exercices militaires en Corée du Sud en maniant l’hyperbole, accusant Washington de vouloir lancer une attaque nucléaire contre elle, rien de moins.

Tant qu’on les enferme pas dans une cage…

Le quotidien nord-coréen Rodong Sinmun écrit «Si les États-Unis sont réellement intéressés par la paix et le désarmement nucléaire, ils ne devraient pas tenter d’effectuer une attaque nucléaire préemptive contre la Corée du Nord […] Les États-Unis devraient suspendre immédiatement leurs exercices de guerre nucléaire qu’ils veulent organiser en Corée du Sud.»

Le quotidien a aussi accusé Washington de tenter de faire de la Corée du Sud et du Japon des postes avancés pour leurs armes nucléaires et pour provoquer une guerre atomique sur la péninsule coréenne.

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe avait en effet révélé le mois dernier qu’un accord permettant aux États-Unis de stocker et de transporter leurs armes nucléaires sur le territoire japonais avait été conclu.

Des navires de guerre américains provenant de la base navale de Yokosuka, au japon, croisent en formation avec des navires sud-coréens provenant de la péninsule pendant l’exercice Foal Eagle 2013 (Archives/Declan Barnes/U.S. Navy)

Comme presque chaque année [avec les exercices Team Spirit depuis 1976, Foal Eagle depuis 1997, devenu ROSI-Foal-Eagle en 2001 («ROSI» pour Reception, Staging, Onward Movement and Integration of Forces) puis devenu, enfin, Key Resolve-FoalEagle en 2008], les États-Unis et la Corée du Sud prendront part, dès le mois prochain, à différents exercices militaires conjoints destinés à se préparer à l’éventualité d’une guerre dans la péninsule coréenne, éventualité, hélas, bien réelle.

Comme presque chaque année…sauf entre 1994 et 1996, où les exercices conjoints avaient été suspendus, année après année pendant quatre ans, pour encourager la Corée du Nord à accepter de se «dénucléariser», mais sans résultat.

Environ 12.700 soldats américains (5.200 pour Key Resolve et 7.500 pour Foal Eagle)  participeront cette année aux exercices, avec près de la moitié provenant de troupes stationnées hors de la péninsule coréenne et environ 200.000 soldats sud-coréens participeront aux exercices conjoints, pour la plupart dans le cas des sud-coréens à l’exercice d’entraînement Foal Eagle.

Bien sûr, ce sont des exercices militaires, Kim!

L’amiral Samuel Locklear, chef du Commandement du Pacifique des États-Unis, avait déclaré le mois dernier que les exercices iraient de l’avant en dépit de toutes les critiques du Nord.

«Il n’y rien d’alarmant. Ce n’est pas un changement. Nous faisons [ces exercices] chaque année et nous allons continuer à le faire aussi longtemps que les risques sur la péninsule coréenne persistent», a dit l’amiral.

«Les scénarios sont réalistes, ce qui nous permet de nous entraîner pour nos tâches essentielles et de répondre à toute crise qui pourrait surgir», a déclaré pour sa part dans un communiqué publié par l’armée américaine le Commandant des Forces américaines en Corée, le général Curtis Scaparrotti, en parlant de l’exercice de commandement Key Resolve.

L’an dernier, pendant l’exercice Key Resolve-Foal Eagle 2013, la Corée du Nord avait menacé d’annuler l’accord d’armistice entre les deux Corées Corée, arguant que les exercices menaçaient la Corée du Nord avec des armes nucléaires et que les États-Unis n’était pas disposé à négocier un traité de paix pour remplacer l’armistice.

La semaine dernière encore, alors qu’on croyait que les exercices militaires conjoints américano-coréens ne feraient pas, cette fois, dérailler l’accord entre les deux Corées pour organiser avant la fin du mois une réunion de familles séparées par la guerre, le régime nord-coréen a encore menacé de tout annuler, à peine 24 heures après en avoir adopté le principe et fixé la date en sachant bien que les exercices annels conjoints américano-coréens auraient lieu comme chaque année.

Il semble donc, plus de 60 ans ans après la signature de l’armistice entre les deux Corées, que Pyongyang en soit encore à ce genre de gesticulation.

Gesticulation d’un pantin un peu désarticulé mais armé, car la Corée du Nord a quasiment achevé l’agrandissement de son site de Sohae (ouest) d’où pourront partir des missiles stratégiques capables de frapper les États-Unis, si on en croit ce que rapportait l’Institut américano-coréen de l’Université Johns-Hopkins sur son site internet 38 North la semaine dernière.

Et d’ailleurs, techniquement, les deux Corées sont encore en guerre, l’armistice de 1953 n’ayant jamais été suivi d’un traité de paix.