Afrique et Asie-Pacifique au menu du jour 1 de la conférence sur la défense et la sécurité 2014 (PHOTOS/VIDÉO)

De gauche à droite: Marius Grinius, Robert Fowler et Mathew Kohler. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
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Plusieurs centaines de militaires et civils sont réunis à Ottawa pour une nouvelle édition de la Conférence sur la défense et la sécurité, organisée conjointement par l’Institut de la CAD et la CAD. La première journée a été marqué par un focus particulier sur l’Asie-Pacifique et sur «l’arc d’instabilité» en Afrique.

Asie-Pacifique

«Nous sommes dans un monde moins sûr et moins stable», lance d’entrée de jeu Ferry de Kerckhove, vice-présent exécutif de l’institut de la conférence des associations de la défense, poursuivant que «les processus de paix semblent en revanche être moins importants […]».

Pour Jean Charest, ancien Premier ministre du Québec et ancien vice-premier ministre du Canada, les intérêts canadiens sont avant tout de poursuivre l’ouverture du commerce et d’être actif sur la scène internationale.

En interview pour 45eNord.ca, M. Charest s’est dit «étonné» du peu de commentaires qui est fait sur la montée en puissance militaire des pays de l’Asie alors que les pays occidentaux diminuent leurs budgets.

Avec une recrudescence des nationalismes en Russie, en Chine et au Japon notamment, l’ancien vice-premier ministre canadien s’inquiète du «potentiel de conflit qui est plus important et il faut s’interroger sur les conséquences, pas que aujourd’hui, mais dans 10, 15, 20 ans […] et le Canada doit se poser la question de comment défendre ses intérêts» dans ce contexte.

Selon toute vraisemblance, la Chine «achèvera sa parité militaire avec les États-Unis» en 2049, juste à temps pour le 100e anniversaire de la proclamation de la fondation de la République populaire de Chine, selon l’ancien Premier ministre d’Australie Kevin Rudd.

L’arc de l’instabilité

Pour Marius Grinius, ancien ambassadeur du Canada à la Conférence des Nations Unies sur le désarmement et ancien ambassadeur du Canada en Corée du Nord et en Corée du Sud, tout a vraiment commencé en 2003 avec l’invasion américaine de l’Irak. Le pays «continue d’en payer le prix de nos jours et est de plus en plus instable».

En 2004, en Libye, Mouammar Kadhafi se décide à signer la convention sur les armes chimiques, la Syrie non «et on a vu ce que cela a donné».

En 2013, des «crimes de guerre» sont commis, des armes chimiques ont été utilisé en Syrie, mais «Assad a réussi à s’en sortir et à sauver son régime, pour le moment, grâce à la Russie».

Ancien sous-ministre de la Défense nationale et diplomate, Robert Fowler a été enlevé durant 130 jours par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Ayant pu voir de l’intérieur la machine des djihadistes, le diplomate indique que la plupart des groupes rebelles en Afrique ont le même objectif, partagent des centres de formations et des informations.

Lors de son enlèvement par AQMI, Robert Fowler a ainsi vu un de ses geôliers qui était «de manière quasi-certaine» un agent de liaison de Boko Haram. De plus, il a pu constater que tous vivent «dans un monde à part. Si la plupart des soldats américains parlent de foot, de femmes, de voitures, eux ne pensent qu’à mourir pour leur cause et aller dans cet au-delà fait de rivières de lait et de miel».

Selon l’ancien diplomate, le Canada devrait faire plus qu’il ne fait en ce moment en Afrique, vu nos nombreux intérêts. Il y en effet de nombreuses compagnies canadiennes présentes sur place qui réalisent des dizaines de milliards $ et notamment dans le secteur minier.

Quand on l’interroge sur la forme que pourrait prendre cette implication, Robert Fowler estime qu’une intervention militaire ne serait pas la plus appropriée, mais qu’il faudrait plutôt regarder du côté de l’aide à un niveau plus ciblé.

Il loue cependant la France pour ses interventions militaires au Mali et en Centrafrique, sans quoi, le premier aurait été totalement envahi et conquis, tandis que le second l’État ne fonctionne de toute façon pas.

Pays en faillites, ceux-ci compte parmi les plus pauvres de la planète et ne peuvent pas faire tourner l’appareil de l’État, ce qui entraîne donc des «espaces ouverts sans contrôle de l’État», comme l’indique le contre-amiral Matthew Kohler, directeur du renseignement du US Africa Command.

«Avec le printemps arabe, cet arc d’instabilité s’est agrandi. Des États sont en faillite. J’ai visité la moitié des 54 pays africains et c’est un environnement fort complexe», reconnaît le militaire.

«Ma priorité est de renforcer les différentes capacités de nos partenaire [africains]. Cela passe entre autre par des exercices et des formations».

«Il y a une croissance constante de dictatures qui transitionnent vers des démocraties ou au moins un semblant de démocratie, alors les choses s’améliorent doucement».