Résolution humanitaire: la Syrie place sa souveraineté avant le droit international

Un corps d'enfant est extrait des décombres d'un immeuble après une frappe aérienne, à Alep le 4 février 2014 (Zein Al-Rifai/AFP)
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Un corps d'enfant est extrait des décombres d'un immeuble après une frappe aérienne, à Alep le 4 février 2014 (Zein Al-Rifai/AFP)
Un corps d’enfant est extrait des décombres d’un immeuble après une frappe aérienne, à Alep le 4 février 2014 (Zein Al-Rifai/AFP)

Après l’adoption à l’unanimité samedi par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution non contraignante qui réclame la levée du siège de plusieurs villes de Syrie et des facilités de passage pour les convois humanitaires, Damas s’est dit prêt ce dimanche 23 février à coopérer si sa souveraineté est respectée.

«Le ministère des Affaires étrangères et des Expatriés a réitéré la poursuite de sa coopération avec les Nations Unies pour assurer l’accès des assistances humanitaires aux sinistrés dans tous les gouvernorats sans exception», rapporte aujourd’hui l,agence officielle syrienne SANA.

«Le ministère a affirmé sa disposition à coopérer avec le coordinateur résident de l’ONU et avec les organisations internationales opération dans l’affaire humanitaire en Syrie en vue de s’accorder sur les mécanismes d’exécuter la résolution N° 2139 adoptée par le Conseil de Sécurité, sur la base du respect des principes de la Charte de l’ONU et des règles de la loi internationale», poursuit l’agence officielle, citant un communiqué du ministère.

Damas ne manque pas non plus de souligner la condamnation du «terrorisme» incluse dans la résolution dans le but d’obtenir l,accord des Russes, alliés indéfectible du régime syrien et déclare encore une fois dans son communiqué ««que le traitement de la crise humanitaire en Syrie implique le traitement de ses racines et de ses facteurs qui aboutissent à son aggravation, dont en tête l’affrontement du terrorisme soutenu par l’étranger».

Le régime Assad en profite également pour demander encore une fois la levée «des sanctions unilatérales imposées à la Syrie par les États-Unis et l’Union européenne».

La résolution adoptée samedi appelle toutes les parties (au conflit) à lever immédiatement les sièges des zones peuplées, dont Homs, le camp palestinien de Yarmouk près de Damas et la Ghouta (périphérie rurale de Damas). Affamer les civils est une tactique de guerre prohibée par les lois humanitaires internationales, a souligné le Conseil lors de l,adoption de la résolution.

Il demande à toutes les parties de cesser immédiatement toute attaque contre les civils (…), y compris les bombardements aériens, notamment l’utilisation de barils d’explosifs, une référence claire à la tactique employée par l’armée syrienne à Alep (nord).

Il exige que toutes les parties, et en particulier les autorités syriennes, autorisent sans délai un accès humanitaire rapide, sûr et sans entrave pour les agences des Nations unies et leurs partenaires, y compris à travers les lignes de front et à travers les frontières.

Certains diplomates doutent toutefois de l’efficacité de la résolution en l’absence de sanctions automatiques pour forcer Damas à laisser passer les convois d’aide.

Si la coopération de Damas en matière d’aide humanitaire suit la même trajectoire que sa coopération au démantèlement et à la destruction des armes chimiques, il y a sans doute lieu de s’inquiéter.

Après avoir collaborer de façon exemplaire au début de l’opération, le régime de Damas a signifié la semaine dernière à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) qu’elle se donnait 100 jours et qu’elle achèverait l’évacuation de 1.200 tonnes d’agents chimiques dits de catégorie 1 et 2 d’ici à la fin mai.

Ces dates représenteraient un retard de plusieurs mois sur le programme approuvé par l’ONU à la suite d’un accord russo-américain ayant permis d’éviter des frappes militaires américaines contre la Syrie, et qui prévoyait une destruction totale au 30 juin.

Il semble donc qu’en l’absence de menace, le régime revient inexorablement à la même rhétorique, tout en poursuivant la guerre de la même façon.

Au moment même où, à New-York, était adopté la résolution pour favoriser l’accès humanitaire, à Alep, la grande métropole du nord de la Syrie, des hélicoptères de l’armée ont lancé des barils d’explosifs sur des quartiers tenus par les rebelles, malgré les condamnations de la communauté internationale et de l’ONU qui jugent l’usage de ces barils contraire au droit international.

Selon le dernier bilan de l’OSDH, plus de 140.000 personnes ont été tuées en Syrie en presque trois ans d’un conflit complexe et dévastateur qui a en outre poussé des millions de Syriens à fuir leur foyer.