Le Canada suspend sa participation au G8 de Sotchi et rappelle son ambassadeur à Moscou

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Le Premier ministre Stephen Harper affirme que le Canada n'a pas de plan pour se joindre à d'éventuelles frappes militaires en Syrie (Photo: 45eNord.ca)
Le Premier ministre Stephen Harper a annoncé qu’il rappelle son ambassadeur de Russie (Archives/45eNord.ca)

Dans la crise ukrainienne, le Canada profère ce samedi 1er mars les mêmes menaces formulées hier par les États-Unis, mais qui n’avaient pourtant pas ému les Russes, suspendant son engagement à participer au G8 de Sotchi prévu pour juin prochain, rappelant son ambassadeur et demandant à son tour le déploiement immédiat d’observateurs internationaux.

À issue de la réunion d’urgence de son gouvernement qu’il a tenu samedi 1er mars, à Ottawa, sur la situation en Ukraine, et après avoir parlé au président américain Barack Obama, le Premier ministre canadien a condamné l’intervention russe et appelé Vladimir Poutine à retirer ses forces.

«Nous joignons notre voix à celle de nos alliés pour condamner avec la plus grande fermeté l’intervention militaire du Président Poutine en Ukraine, indique ainsi le Premier ministre dans une déclaration écrite. Ces actions constituent une violation claire de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Elles contreviennent également aux obligations de la Russie en vertu du droit international».

Stephen Harper a déclaré reconnaître la légitimité du gouvernement ukrainien et que la souveraineté territoriale de l’Ukraine «doit être respectée, et le peuple ukrainien doit être libre de déterminer leur propre avenir».

«Nous demandons au Président Poutine de rappeler immédiatement ses forces militaires à leurs bases et de s’abstenir de commettre tout autre acte provocateur et dangereux», a affirmé le Premier ministre canadien.

«Le Canada a suspendu son engagement en préparation du Sommet du G8 qui, selon ce qui est actuellement prévu, doit se tenir à Sotchi, et l’ambassadeur du Canada à Moscou a été rappelé aux fins de consultations. Le Canada appuie le déploiement immédiat d’observateurs internationaux de l’ONU et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) en Ukraine.»

«Nous continuerons à collaborer étroitement avec nos partenaires du G-7 et nos autres alliés. Si le Président Poutine persistait dans la voie qu’il a empruntée, la relation bilatérale entre nos deux pays en subirait des conséquences négatives à long terme», a conclu le Premier ministre Harper.

«Nous participons également à des discussions visant à élaborer une aide financière destinée à l’Ukraine», a aussi noté le premier ministre Harper dans son communiqué.

Cette semaine d’ailleurs,le ministre des Affaires étrangères canadien, John Baird, était en visite en Ukraine où il a déclaré que le Canada offrirait un soutien économique, politique et technique, collaborera avec le Fonds monétaire international (FMI) et fournira des observateurs pour l’élection de ce printemps.

Les «menaces» de l’Occident

Déjà, hier, le Président Obama, dans une brève déclaration qu’il a livré aux journalistes, s’était pour sa part dit «profondément préoccupé par les mouvements militaires de la Russie en Crimée» et avait déclaré, sans plus de précisions, que pareille intervention des Russes, en violation de la souveraineté de l’Ukraine, «ne sera pas sans coût», Washington laissant entendre que les États-Unis pourraient remettre en question leur participation au G8 de Sotchi. Menace qui, semble-t-il n’a pas effrayé les Russes et ne les a pas empêché de poursuivre et d’intensifier leur intervention militaire.

Auparavant, à la première réunion d’urgence du Conseil de sécurité, les États-Unis avaient demandé l’envoi d’urgence d’une mission internationale de médiation en Crimée et appelé la Russie à retirer ses forces militaires de la région pour se faire aussitôt envoyé «paître» par l’ambassadeur russe Vitali Tchourkine qui a répliqué que Moscou avait pour principe de ne pas accepter les médiations imposées.

À l’instar des États-Unis, plusieurs pays occidentaux, dont la France, la Pologne ou la Grande-Bretagne, ont menacé, comme le Canada vient de le faire, de boycotter le G-8 de Sotchi, et l’Alliance atlantique a décidé pour sa part de convoquer dimanche une réunion d’urgence des 28 ambassadeurs des pays membres de l’OTAN, avant une Commission OTAN-Ukraine prévue dans l’après-midi, a indiqué son secrétaire-général Anders Fogh Rasmussen.

La détermination des Russes

Mais la Russie se donne le droit de protéger ses intérêts et les populations russophones dans l’Est de l’Ukraine et en Crimée, comme l’a déclaré Poutine à Obama au cours d’une conversation téléphonique samedi.

Avec l’effondrement et la dislocation de l’URSS, il était déjà difficile d’accepter que la Crimée, «russifiée» depuis la lointaine époque de la grande Catherine au XVIII siècle et donnée en 1954 à l’Ukraine soviétique, devienne une partie intégrante de l’Ukraine indépendante, mais aujourd’hui, avec cette nouvelle Ukraine européenne et atlantiste, cela devient carrément inacceptable aux yeux des Russes et les menaces de l’Occident risquent de se briser sur la détermination des Russes.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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