Crimée: Moscou achève la conquête des bases, Kiev retire les troupes

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Des navires militaires russes à Sébastopol, le 23 mars 2014 (Viktor Drachev/AFP)
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Des navires militaires russes à Sébastopol, le 23 mars 2014 (Viktor Drachev/AFP)
Des navires militaires russes à Sébastopol, le 23 mars 2014 (Viktor Drachev/AFP)

L’Ukraine a décidé lundi de retirer ses troupes de Crimée où l’essentiel de ses bases sont tombées en trois semaines d’occupation sous le contrôle de la Russie à laquelle est maintenant rattachée la péninsule.

En Crimée, le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou inspectait lundi les installations militaires.

Dans la nuit de dimanche à lundi, entre 60 et 80 fusiliers marins ukrainiens ont été capturés et leurs commandants emportés en hélicoptère à l’issue d’un assaut musclé contre une base d’infanterie marine à Feodossia, a indiqué le ministère ukrainien de la Défense.

L’opération a été menée avec des blindés légers et des hélicoptères, et des tirs de mitrailleuses ont été entendus. Toujours selon les Ukrainiens, plusieurs camions transportant les soldats ukrainiens ligotés ont quitté la base deux heures après le début de l’assaut.

Les soldats ont ensuite été autorisés à retourner dans leurs quartiers.

La veille, ils ont mis leurs armes dans un dépôt pour les évacuer lundi comme c’était convenu avec les Russes et ne s’attendaient pas à une attaque, souligne la Défense ukrainienne qui affirme dans un communiqué que «Le commandant du bataillon, Dmytro Deliatnitski et son adjoint Rostislav Lomtev, ont été jetés à terre et ont reçu des coups de pied au visage. Ensuite ils ont été emportés à bord d’un hélicoptère dans une direction inconnue», a indiqué le ministère ukrainien dans un communiqué.

Selon un porte-parole du ministère ukrainien de la Défense, les soldats ont refusé de quitter les lieux tant que leurs chefs ne seraient pas remis en liberté.

Qaunt aux Russes, toujours selon les Ukrainiens, ils ont posé comme condition de la libération des militaires retenus «le départ forcé des officiers ukrainiens de Crimée vers l’Ukraine continentale».

Deux bases ont été saisies samedi par les forces russes, à Novofedorivka et à Belbek et, ces derniers jours, les commandants sur le terrain et les bases sont tombées pratiquement sans combat aux mains des Russes qui ont également saisi plusieurs bateaux de la flotte ukrainienne malgré les protestations de Kiev et de l’Occident.

Finalement, à Kiev, le président par intérim Olexandre Tourtchinov a indiqué lundi que les troupes ukrainienne en Crimée seraient redéployées en Ukraine continentale.

Cette annonce marque un changement de position des autorités ukrainiennes qui avaient auparavant autorisé les militaires à tirer pour défendre leurs bases en Crimée.

Le vice-premier ministre de la Crimée Roustam Temirgaliev a affirmé pour sas part aujourd’hui qu’il n’y avait plus de troupes ukrainiennes fidèles à Kiev en Crimée «Tous les militaires ukrainiens en Crimée sont passés du côté de la Russie ou bien sont en train de quitter le territoire de la république», a-t-il déclaré.

Sur le front politique

Pendant ce temps, l’Est ukrainien pro-russe s’agite. Quelque 4.000 personnes ont manifesté samedi à Donetsk, brandissant des drapeaux russes et demandant le retour du président déchu Viktor Ianoukovitch, l’enfant du pays.

Après ce qu’elles appellent «l’annexion de la Crimée» à la Russie, les autorités ukrainiennes craignent maintenant une invasion imminente dans l’est russophone de l’Ukraine malgré les démentis de Moscou.

Le rattachement de la Crimée à la Russie constitue la «plus grave» menace pour la stabilité de l’Europe depuis la Guerre froide, avait lui aussi affirmé la semaine dernière le secrétaire général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen, qui redoute une intervention de Moscou dans l’est de l’Ukraine.

D’autres pays de l’ancien bloc communiste s’inquiètent eux aussi pour leur intégrité territoriale.

Le commandant suprême des forces alliées en Europe (Saceur), le général Philip Breedlove, s’est également inquiété dimanche de la présence massive de troupes russes à la frontière de l’Ukraine, qui pourrait déboucher sur une intervention de Moscou en Transnistrie, région séparatiste de Moldavie en majorité russophone.

Sur le front politique, le président Barack Obama a promis lundi une action unie de l’Occident contre Moscou en représailles au rattachement de la Crimée, avant un sommet qui pourrait bien exclure la Russie du club fermé des nations les plus riches.

«L’Europe et les États-Unis sont unis pour soutenir le gouvernement ukrainien et les Ukrainiens, nous sommes unis pour faire payer un coût à la Russie pour les actions qu’elle a entreprises jusqu’ici», a affirmé M. Obama.

Le président américain participe aujourd’hui et demain à un sommet sur la sécurité nucléaire qui risque d’être complètement éclipsé par les discussions sur l’Ukraine qui avait renoncé en 1994 à son arsenal nucléaire contre des garanties de son intégrité territoriale de la part des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la Russie.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le secrétaire d’État américain John Kerry se réunissent quant à eux aujourd’hui en marge du Sommet sur la sécurité nucléaire à La Haye.

La discussion devrait se concentrer sur la sécurité nucléaire, la Syrie et l’Ukraine.

Il s’agira de leur première rencontre depuis que Washington a imposé des restrictions financières contre des personnalités proches de Vladimir Poutine en représailles à l’absorption de la Crimée.

Une source dans la délégation russe a déclaré aux journalistes plus tôt dans la journée que M. Lavrov a également prévu de rencontrer le ministre par intérim des Affaires étrangères ukrainien Andriy Deshchitsa à sa demande, rapporte de son côté l’agence russe Itar-Tass.

Par ailleurs, la Russie a riposté lundi aux sanctions canadiennes dans le dossier de l’Ukraine, en interdisant de séjour 13 parlementaires et représentants canadiens, dont le président de la Chambre des communes, Andrew Scheer, et le leader parlementaire du gouvernement, Peter Van Loan.