Égypte: condamnation de policiers pour l’assassinat de Khaled Saïd, l’une des icônes de la révolution

Les deux policiers Mahmoud Saleh et Awad Ismaïl lors de leur procès, le 3 mars 2014 à Alexandrie, en Egypte. (Khaled Desouki/AFP)
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Les deux policiers Mahmoud Saleh et Awad Ismaïl lors de leur procès, le 3 mars 2014 à Alexandrie, en Egypte. (Khaled Desouki/AFP)
Les deux policiers Mahmoud Saleh et Awad Ismaïl lors de leur procès, le 3 mars 2014 à Alexandrie, en Egypte. (Khaled Desouki/AFP)

La justice a condamné ce lundi 3 mars les deux policiers impliqués dans la mort de Khaled Saïd, une figure emblématique de la révolte de 2011, qui a délogé Hosni Moubarak du pouvoir.

La sentence est tombée. À Alexandrie, le juge Ismaël Attiya a rendu son verdict sur les deux policiers accusés et détenus depuis trois ans pour l’assassinat en juin 2010, de Khaled Saïd, un blogueur de 28 ans

En 2010, l’assassinat du jeune homme a entraîné de nombreuses manifestations dans tout le pays contre la brutalité policière. Dès lors, le jeune homme est hissé comme le martyr de celle-ci, mais également comme le symbole de l’injustice de l’ère Moubarak.

Un verdict plus sévère que prévu

Condamnés cette fois à dix ans de prison, selon le site égyptien d’information Al-Ahram, les deux policiers, Awad Saleh et Mahmoud Ghazala, écopent d’une peine plus sévère que lors du premier procès. Celle-ci était de sept ans.

Ils ont été reconnus «coupables d’avoir torturé à mort Saïd», écrit Al-Ahram.

Du côté de la famille de la victime et de ses avocats, qui réclamaient 15 ans de prison, ils s’estiment quelque peu lésés par la sentence qui aurait pu être plus importante. «Nous nous attendions à des peines plus lourdes, nous nous en remettons à Dieu», considère la sœur de Khaled Saïd, Zahra Saïd, sur les réseaux sociaux.

Toutefois, l’un des avocats, Mahmoud Abderrahmane, se félicite du verdict qui «rend», dit-il, «justice à tous» et constitue un signal de «dissuasion, à un appareil assez puissant, celui de la police», rapporte l’AFP.

Du côté de la défense, l’avocat des accusés, Ehad Abdelaziz entend faire appel de la décision. Il a déclaré ne pas être «satisfait du verdict» rendu, rapporte l’AFP.

Des échauffourées ont également «éclaté dans la salle d’audience entre les gardes de sécurité et les proches des accusés», selon le site d’information égyptien. 

Un jugement attendu

Les deux policiers sont accusés d’avoir torturé à mort le jeune blogueur, après l’après l’avoir arrêté sans motif dans un cybercafé d’Alexandrie.

Le décès de Khaled Saïd avait provoqué la colère de nombreux militants pro-démocratie, notamment sur les réseaux sociaux, à l’instar de Facebook avec une page nommée «Nous sommes tous Khaled Saïd». En 2011, c’est sur cette même page qu’avait été lancé l’un des premiers appels à la révolte contre le régime de Moubarak.

Les clichés de son visage déformé par la brutalité des policiers a fait le tour du Web égyptien. C’est à ce moment précis, que le jeune homme est devenu une icône de la révolution.

Face au courroux des manifestants, la police soutenait que le Khaled Saïd avait trouvé la mort suite à une prise de stupéfiants lors de son interpellation.

Plaidant une mort survenue à la suite d’une asphyxie, les experts médicaux sont venus démonter la thèse de la police.

Par ailleurs, les militants avaient jugé la première peine trop clémente à l’égard des policiers, ce qui a débouché sur plusieurs altercations avec les forces de l’ordre.

Le déroulement de ce procès s’inscrit dans un climat de remise en question de la police égyptienne. Bien que démenties par le ministère de l’Intérieur, de nombreuses accusations de mauvais traitements sont portées contre la police. Les deux dernières semaines ont été marquées par l’implication de six policiers accusés du décès de 83 manifestants lors de révolte de 2011.