La commémoration des 110 ans de la fin de la Guerre des Boers a été «adoucie»

(Photo: Bibliothèque et Archives Canada)
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Guerre des Boers, 1899-1902. (Bibliothèque et Archives Canada)

Le gouvernement conservateur a été averti à l’avance, par des fonctionnaires, du caractère délicat de la commémoration du 110e anniversaire de la Guerre des Boers.

La Guerre des Boers, également connue sous le nom de Guerre d’Afrique du Sud ne fait pas recette. C’est en tout cas ce qui ressort de documents obtenus par La Presse Canadienne qui révèlent ainsi que l’ancien ministre des Anciens combattants, Steven Blaney, n’avait alors parlé que vaguement de cette guerre afin de ne pas trop insisté sur son caractère controversé.

1899-1902

Le 11 octobre 1899, la guerre éclata en Afrique du Sud entre les Britanniques et les Boers (descendants de fermiers protestants hollandais), qui étaient déjà en conflit depuis plus de cinquante ans. Les Britanniques, établis dans la colonie du Cap et dans le Natal, souhaitaient unifier l’Afrique du Sud sous leur autorité. Les Boers, qui occupaient deux républiques situées plus au nord — l’État libre d’Orange et le Transvaal — voulaient conserver leur indépendance.

Bien que les Canadiens anglais étaient nombreux à soutenir la cause de Londres en Afrique du Sud, la majorité des Canadiens français, de même qu’un grand nombre de nouveaux immigrants en provenance de pays autres que la Grande-Bretagne, se demandaient pourquoi le pays devrait participer à une guerre ayant lieu à l’autre bout du monde.

Le Premier ministre Wilfrid Laurier, par souci de préserver la stabilité du pays et la popularité de son parti, ne voulait pas engager son gouvernement. Toutefois, les liens avec l’Empire étaient forts et la pression populaire augmentait et il se devait d’agir. Laurier trouva un compromis et accepta d’y envoyer un bataillon de volontaires. C’est ainsi que le Canada envoya 7.368 Canadiens volontaires au cours du conflit, qui prit fin le 31 mai 1902 avec la signature du Traité de Vereeniging.

Cette guerre a aussi marqué la première utilisation de «l’innovation moderne» que sont les camps de concentration brutaux pour les populations civiles. Idée mise en place durant la guerre d’indépendance cubaine quelques années plus tôt, les Britanniques l’a développère en enferment les femmes, les vieillards et les enfants des Boers et des membres de tribus indigènes alliées. Plusieurs dizaines de milliers de personnes moururent dans ces camps de famine ou de maladie.

2012

Sur recommandation du Comité des Anciens combattants de la Chambre des Communes, des fonctionnaires fédéraux ont passé plus d’un mois à préparer la commémoration de la Guerre des Boers, tenue en mai 2012 – à l’occasion des 110 ans de la signature du traité qui mis fin à la guerre – s’occupant de détails tels que la répartition de sièges, des travaux artistiques et des messages publiés sur Twitter. Ils ont cependant mis en garde contre le fait de parler du conflit comme tel dans le discours du ministre conservateur en raison de la nature «délicate» du sujet.

Des bureaucrates ont notamment noté que la guerre a été lancée après que des diamants aient été découverts dans la région où les Boers se sont installés, ce qui fit grandir l’intérêt de la Grande-Bretagne dans la région.

Des conseillers en communications d’Anciens Combattants se sont impliqués dans le débat, cherchant des «référence diplomatiques à la guerre» dans le discours, ce à quoi a répondu un fonctionnaire civil: «Bonne chance :-)».

Le gouvernement Harper a fait de la célébration du passé militaire du Canada un pilier de sa marque de commerce politique, même s’il a été vivement critiqué pour les réductions budgétaires imposées aux programmes pour anciens combattants des conflits plus récents.

Ottawa a dépensé 30 millions $ pour célébrer la Guerre de 1812 et des événements ont débuté cette année pour souligner le 100e anniversaire de la Première Guerre mondiale.