Le Canada en Afghanistan: rétrospective avec Cédric Hamel

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L’adjudant Hamel lors de la visite d’une caserne de pompiers à Kandahar durant son déploiement en 2009 au sein du Groupement tactique du 2e Bataillon, Royal 22e Régiment.
L’adjudant Hamel lors de la visite d’une caserne de pompiers à Kandahar durant son déploiement en 2009 au sein du Groupement tactique du 2e Bataillon, Royal 22e Régiment.

À l’occasion de la fin de la mission militaire canadienne en Afghanistan, 45eNord.ca publie, tout au long du mois de mars, une série d’interviews avec celles et ceux qui ont été déployé en mission à 10.000 kilomètres de la maison. Aujourd’hui: Cédric Hamel.

L’adjudant Cédric Hamel est du 2e Bataillon du Royal 22e Régiment, et doit donc être fier du récent résultat aux Jeux d’Hiver de Valcartier

Enrôlé dans les Forces en 1989, à l’âge de 17 ans parce qu’il n’aimait pas l’école, «je me suis engagé dans l’infanterie et j’avais aucune idée de ce que ça voulais dire. Je me disais que j’y allais pour trois ans et après on verra. L’été prochain ça va faire 25 ans…» dit-il en riant.

De Saint-Jean-sur-Richelieu, à son cours de recrue, au 3e Bataillon du Royal 22e Régiment, au 1er Bataillon du Royal 22e Régiment, l’adjudant Hamel était de la Crise d’Oka en 1990, a été déployé à Chypre en 1992, s’est retrouvé en Croatie en 1993, a effectué trois missions en Bosnie (1995, 1999, 2002), avant de devenir journaliste militaire entre 2003 et 2007 pour Les Nouvelles de l’Armée.

Adjoint de peloton dans l’Équipe provinciale de reconstruction (ÉPR) à Kandahar lors de la roto 7 du Groupement tactique du 2e Bataillon du Royal 22e Régiment entre mars et novembre 2009, l’Adjudant Hamel reconnait que sa mission en Afghanistan est celle qui était la plus spéciale, vu qu’il a eu le plus d’hommes à sa charge.

«Mais la mission en Croatie en 93 c’était spécial aussi, indique-t-il. À Chypre, la paix était installé, c’était relativement calme. Pour la Croatie, j’étais un jeune caporal avec peu de moyens… On était neuf gars dans une petite maison pendant quatre mois, détachés du reste du monde. Le ravitaillement se faisait chaque deux, trois semaines. Pour le jeune soldat que j’étais c’était intense! On apprenait aussi beaucoup à se connaitre entre nous, il y avait un esprit de camaraderie, et on n’avait pas le choix de s’entendre quand on est neuf dans une petite maison pendant quatre mois».

Des ennemis attaquent le convoi des soldats (Photo: Nicolas Laffont/45eNord.ca)
Lors d’un entraînement préparatoire à l’Afghanistan, des ennemis attaquent le convoi des soldats. (Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Lorsqu’on lui demande pourquoi il est allé en Afghanistan après ses cinq déploiements outre-mer, il répond du tac-au-tac: «Je me voyais pas ne pas aller en Afghanistan! Quand j’ai eu l’occasion d’y aller en tant qu’adjoint de peloton, j’ai levé la main et je me suis dis: ‘C’est mon tour, il faut que j’y aille’.»

«Pour notre entraînement, on se disait qu’il fallait être prêt, qu’on n’avait pas le droit à l’erreur. Alors on a beaucoup mis l’emphase sur l’entraînement, sur la discipline, sur les pratiques. On devait avoir l’air inattaquable pour minimiser les risques.» Numéro deux du peloton, l’adjudant Hamel avait 38 autres gars en dessous de lui et ne voulait pas, avec son commandant, que quelqu’un «reste là-bas».

Dans les jours qui ont précédé le déploiement, Cédric Hamel confie que le stress est monté d’un cran, qu’il se posait beaucoup de questions, se demandait si tout avait été fait.

«Je me demandais si jamais il arrive quelque chose… si je meurs en Afghanistan, je meurs, c’est fini. Ma famille a de la peine. Mais si je perds une jambe, un pied, un bras… ma famille se dit ‘Je suis content. Mais ma vie à moi va ressembler à quoi’ Alors je me demandais ‘Qu’est ce que j’aime le mieux? Perdre une jambe, ou mourir pour le pays et c’est terminé? Jveux tu revenir en chaise roulante?’ Mais maintenant je vois le caporal Larocque qui est champion mondial au hockey luge, qui est aux Jeux de Sotchi, c’est une force de caractère!»

Mais une fois rentré dans l’avion, le stress est resté, indique l’adjudant. Ce n’est que lorsqu’il en est sorti, qu’il a posé les pieds sur le sol afghan «senti la chaleur, respirer l’air» que le stress est parti.

«Le voyage a été long et pénible. Je me posais des questions, je pensais à mes parents, ma famille… j’ai perdu un grand-père dont j’étais très proche et j’ai toujours cru qu’il allait être la pour me protéger… je me suis remis à lui et jme disais ‘Grand-père, faut que tu veille sur moi’.»

Lors de leur déploiement, il y avait quatre pelotons de 40 personnes sur l’ÉPR à Kandahar. La mission du peloton de l’adjudant Hamel consistait à protéger des personnes qui était en Afghanistan pour aider la population, des ingénieurs, des policiers, des gardiens de prison. «On faisait aussi du mentorat avec la police ou avec du personnel du gouvernement. Mais, comme l’été est la saison la plus propice aux combats, il fallait qu’on fasse la chasse aux talibans, être tout le temps sur nos gardes, protéger des personnels civils non gouvernementaux. Et puis c’était aussi la période des élections présidentielles de 2009, on était censé faire la sécurité du président Karzaï lorsqu’il venait à Kandahar».

Réfléchissant au moment marquant de sa mission, le militaire confie: «Un matin, on est parti tôt avec notre commandant de peloton patrouiller dans un village où on c’était fait dire que des talibans était là. On était prêt! On est arrivé par la route principale, on avançait et on voyait que les femmes partaient avec les enfants, les paysans sortaient du village. J’avais eu ce feeling le matin où je me disais que quoi qu’il arrive on se laissera pas intimider. Puis finalement c’est eux qui se sont repliés. Mais sur le retour, en convoi, environ 45 minutes après notre départ, on a entendu qu’un véhicule américain venait de sauter sur une mine sur la même route qu’on venait de prendre. Il y avait quatre morts… tellement il y avait d’explosifs que le véhicule a été pulvérisé. Je me suis longtemps demandé comment ça na pas été nous. On a été chanceux ou quelqu’un nous a protégé… ça aurait pu être dramatique, mais finalement pas, alors c’est sûr que ça travaille. Il faut avoir foi en la vie, peu importe ce qui arrive… faut se dire que je suis fier de mes gars, je suis fier de ce que j’ai fait et qu’en un claquement de doigts, la vie peut basculer».

«En mission, la vie militaire est différente. C’est d’être capable de regarder ton buddy, peu importe l’âge, peu importe d’où il vient, peu importe ses croyances, et de dire ‘Je mets ma vie entre tes mains, on se couvre l’un et l’autre. Tu peux compter sur moi, je peux compter sur toi’. On trouve ça nul part ailleurs», lâche Cédric Hamel à la fin de notre interview.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT #OpLENTUS

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