Le Canada en Afghanistan: rétrospective avec Raymonde Thériault

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En plus de vendre des cafés au Tim Hortons de Kandahar, Raymonde Thériault a aussi travaillé dans un magasin de vente au détail sur la base.
En plus de vendre des cafés au Tim Hortons de Kandahar, Raymonde Thériault a aussi travaillé dans un magasin de vente au détail sur la base.

À l’occasion de la fin de la mission militaire canadienne en Afghanistan, 45eNord.ca publie, tout au long du mois de mars, une série d’interviews avec celles et ceux qui ont été déployé en mission à 10.000 kilomètres de la maison. Aujourd’hui: Raymonde Thériault.

Raymonde Thériault n’est pas militaire, mais fille de militaires, et a grandi sur différentes bases à travers le Canada. Pour vivre un peu l’expérience vécue par ses parents, elle a décidé d’aller en Afghanistan «sans être dans l’armée».

Ayant remarqué sur le site internet des Programmes de soutien du personnel (PSP) que des civils pouvaient être «déployés», elle n’a pas hésité et a «envoyé son CV, rempli des formulaires». Par la suite, de 2.000 personnes qui ont passé la première étape, Raymonde s’est retrouvé a passer des entrevues téléphoniques avec 499 autres camarades, pour finalement faire partie des quelques 80 chanceux.

Si au début Raymonde n’a pas informé sa famille de ses projets elle le fera finalement un peu plus tard lorsqu’elle sera quasi-sûre d’être envoyé en Afghanistan. «Je ne voulais pas leur dire alors que j’étais pas sûre de partir. On étais 2.000 et très peu au final alors je voulais pas leur donner de faux espoir», dit-elle.

«Mes parents savaient dans quoi je m’embarquais. Ils comprenaient mes motivations, ils savaient comment ça allait être, mes amis un peu moins, ils comprenaient pas trop».

Sélectionnée fin septembre 2010 pour partir, son déploiement n’aura pas lieu avant novembre, alors Raymonde prend son mal en patience, n’est «pas vraiment stressée», mais a «vraiment hâte de partir, surtout que des 22 [membres du Royal 22e Régiment]partaient aussi de Québec, mais dans des avions militaires» contrairement à elle. «Je les voyais passer, j’avais vraiment hâte d’y aller et de mettre enfin le pied en Afghanistan!», raconte-t-elle.

«Incroyable» expérience

Après un long, très long voyage en avion qui passera par Toronto, par l’Allemagne, la Grèce et Chypre, Raymonde débarque  de l’avion à l’aéroport de Kandahar où des gens des PSP les attendaient pour de les amener directement à leur chambre, puisqu’il étaient arrivés très tard en soirée.

«Les premiers jours on est perdus totalement sur la base, dit-elle en riant. À un moment, on a arrêté un Américain en voiture qui nous a amené à la bonne place, mais quand tu n’es pas habitué à être assis à coté d’un fusil, ça fait bizarre, c’est troublant. Puis on est donc aller chercher nos accréditations car ça prenait ça pour pouvoir circuler sur la base, on nous montre où va manger et on a commencé à travailler dès le lendemain».

À Kandahar, café Tim Hortons avec un dessin de Raymonde Thériault.

C’est au Tim Hortons de la base et dans un magasin de vente au détail que Raymonde travaillera les six mois suivants, du 27 novembre 2010 au 27 mai 2011, lors de la roto 10.

«Au début tu trippes beaucoup, c’est malade, tu commences à prendre un peu des habitudes de la vie là-bas, mais tu te rends pas compte de l’enjeu global dans lequel tu es. Quand les premières alertes aux roquettes arrivent tu te rends pas vraiment compte, mais par la suite quand t’entends qu’il y a eu un décès au cours de l’attaque, tu prends conscience  de la réalité. Tu te rends compte que ta job première c’est pas de servir des cafés, mais d’être là pour les militaires, de t’occuper de leur moral, de leur dire bonjour quand tu les vois, de les servir avec un sourire, leur apporter du bonheur. Au Tim on mettais un bonhomme sourire sur le café, mais moi je dessinais aussi sur leur café».

Un moment qui l’a marqué fut incontestablement le jour, alors qu’elle était à la caisse et qu’un militaire est arrivé avec des béquilles: «Je lui demande comment ça va et il me répond ‘Ça va, mais je suis rapatrié ce soir’. Je comprenais pas car il était juste en béquilles, puis il me dis ‘Ben j’ai plus de pied!’. Il venait de perdre un pied et moi derrière mon comptoir j’avais pas vu, c’était un militaire comme un autre pour moi», confie Raymonde.

Cérémonie d’adieu, en l’honneur du Caporal Steve Martin, du 3e Bataillon, Royal 22e Régiment, le 20 décembre 2010. (Archives/Cpl Tina Gillies/Force opérationnelle Kandahar, Roto 10)

Un autre moment dur, mais beau fut lors des cérémonies de la rampe. «On avait pratiqué dans notre training, mais tu veux pas le vivre, quand ça arrive. Avec tous les militaires sur le tarmac de l’aéroport, tu vois passer les cercueils, le cortège, c’est juste horrible. Pis tu vois aussi les 10 en arrière qui sont en béquilles, en fauteuil roulant, qui montent dans l’avion. Tous les civils, on se regardait, certains avaient fait plusieurs déploiements, mais tous avait des chiffres en tête [le nombre de cérémonies de la rampe et donc de soldats morts]. Moi,  j’en avais deux et quand je suis rentré au Canada j’ai su qu’il y en avait eu un autre. Alors je me suis vu sur le tarmac avec les autres… les Canadiens ont été une grande famille là-bas», dit-elle avec une voix tremblante.

«Je suis fière d’avoir participé à cette mission en Afghanistan, d’avoir rencontré des gens incroyables, d’avoir vécu cette expérience incroyable.»

Désormais, Raymonde est officier de la réserve dans le Service d’administration et d’instruction des organisations de cadets et transmet ses connaissances et ses expériences à de futurs citoyens.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT #OpLENTUS

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