Le Canada en Afghanistan: rétrospective avec Robin Richer

0
203
Le capitaine Robin Richer, en 2009.
Temps de lecture estimé : 4 minutes
Le capitaine Robin Richer, en 2009.
Le capitaine Robin Richer, en 2009.

À l’occasion de la fin de la mission militaire canadienne en Afghanistan, 45eNord.ca publie, tout au long du mois de mars, une série d’interviews avec celles et ceux qui ont été déployé en mission à 10.000 kilomètres de la maison. Aujourd’hui: Robin Richer.

Le capitaine Robin Richer appartient au 438e Escadron tactique d’hélicoptères basé à Saint-Hubert, sur la rive-sud de Montréal.

En 1995, il est parmi les derniers à graduer du Collège militaire royal de Saint-Jean, avant sa fermeture. Le Collège réouvrira en 2008, mais ne donnera plus que deux ans de formation sur les cinq qui existaient jusqu’alors. «Je fais partie de la dernière cuvée, 1995. Ils m’ont littéralement donné les clés et demandé de barrer la porte en partant.»

Pourquoi avoir choisi l’Aviation royale canadienne au moment du recrutement? À cela, le capitaine Richer précise avoir fait les cadets de l’air et que, comme il ne connaissait rien d’autre, il a demandé à être pilote et a finalement été choisi. Après sa dernière phase d’entrainement, à Moose Jaw en Saskatchewan, le futur pilote qu’il était s’est rendu à Portage-la-Prairie au Manitoba pour recevoir ses «ailes» et être posté à Petawawa en Ontario.

«Le jeune lieutenant qualifié sur le Griffon que j’étais a commencé tout de suite lorsqu’au moment des fêtes de 1997-1998 il y a eu la tempête de verglas. J’étais officier en devoir a l’escadron et le téléphone a sonné. Recevoir un appel du QG de la Défense à Ottawa qui vous dit de vous déployer pour la tempête de verglas… ça a été ça mon premier déploiement».

Quelques mois plus tard, le jeune pilote est déployé au Honduras lors de l’Opération CENTRAL, après le passage du terrible ouragan Mitch qui a fait plus de 10.000 morts.  Il ira ensuite en Bosnie en 2000 et en 2002, en Haïti en 2004 et finalement en Afghanistan en 2009. Il est également allé deux fois à la base d’Alert, dans l’Arctique.

Avant l’Afghanistan, le rôle des hélicoptères dans les missions étaient avant tout utilitaire, rappelle Robin Richer. Ils servaient surtout à transporter des gens, du matériel, à garder un œil dans le ciel, mais avec la mission en Afghanistan «tout a changé» dit-il. «On y a été avec les armes latérales sur l’appareil et on escortait les Chinook, on escortait les convois au sol, on a aidé et on s’impliqué avec les troupes au sol dans des combats… des fois, juste notre seule présence faisait que la situation redevenait plus calme».

«Notre formation fait qu’on s’est toujours entraîné pour l’Afghanistan [pour une mission de combat], mais on l’a pas employé avant. C’est comme avoir une Porsche mais rouler à 20 km/h. On offre un service et quand le besoin a augmenté, le moteur de la Porsche était déjà rodé. C’était comme un peu avoir la coupe Stanley pour nous».

Basé à KAF (l’aéroport de Kandahar), Robin Richer disposait de presque tous les moyens de communications pour rentrer en contact avec sa femme et ses enfants, au Canada. «J’utilisais un vocabulaire approprié pour mes enfants vu leur âge. Je n’avais pas besoin de dire que j’ai été témoin d’une explosion, et de toute façon, ça ne leur dit rien ou je me disais que ça leur donnerait la pire image qui soit. Alors je racontais que ‘papa a volé avec 12 hélicoptères de trois pays différents, qu’il faisait noir, mais avec lunettes [de nuit] on voyait bien’… juste ça ils étaient contents».

La mission

Un mitrailleur se penche vers l’extérieur de l’hélicoptère CH146 Griffon pour identifier une cible. (Archives/Sgt Matthew McGregor/FAC)

Pour son tour en Afghanistan, Robin Richer raconte une journée typique: «On partait de KAF le matin et on suivait le Chinook, puis on revenait à KAF et on repartait. On faisait plusieurs allers-retours comme ça. À la fin, s’il restait de l’essence et des balles, et s’il y avait des troupes ou des convois qui avaient besoin de couverture aérienne, on offrait nos services. On se disait que ça leur donnerait un petit confort de savoir qu’il y a deux hélicos avec eux».

À bord de l’appareil, deux pilotes, un mécanicien de bord et un mitrailleur. «Mais le mécanicien de bord, dès qu’on volait, devenait un deuxième mitrailleur; on avait ainsi les deux côtés de l’appareil sécurisés.»

Un des moments les plus difficiles, si ce n’est LE plus difficile, au cours de la mission du capitaine Richer fut la mort d’un de ses amis. «Le caporal-chef Patrice Audet, lors de l’écrasement de son hélico… [en juillet 2009] On était ensemble dans les cadets de l’air… ça été dur…», dit le capitaine.

«La sensation de voler là-bas, d’avoir travaillé avec les troupes au sol, c’était vraiment super».

«En y repensant, lorsque je vois un garçon de 12 ans ici dire qu’il veut tel ou tel gadget, qu’il est pas bien ici et que je revois en Afghanistan ces jeunes de cinq ans qui s’occupent de troupeaux de dromadaires sans aucun adulte aux alentours… ça ouvre les yeux», confie-t-il.