Le Canada en Afghanistan: rétrospective avec Stuart Beare

Le lieutenant-général Stuart Beare se fait remettre le drapeau canadien lors de la cérémonie de descente du dernier drapeau à l’aérodrome de Kandahar, le 1er décembre 2011. (Archives/Caporal Patrick Drouin/QG FOTM)
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Le lieutenant-général Stuart Beare se fait remettre le drapeau canadien lors de la cérémonie de descente du dernier drapeau à l’aérodrome de Kandahar, le 1er décembre 2011. (Archives/Caporal Patrick Drouin/QG FOTM)
Le lieutenant-général Stuart Beare se fait remettre le drapeau canadien lors de la cérémonie de descente du dernier drapeau à l’aérodrome de Kandahar, le 1er décembre 2011. (Archives/Caporal Patrick Drouin/QG FOTM)

Tout au long du mois de mars, 45eNord.ca publie une série d’interviews avec celles et ceux qui ont été déployé en mission à 10.000 kilomètres de la maison, en Afghanistan. Aujourd’hui: le lieutenant-général Stuart Beare.

Chez Stuart Beare, les Forces armées, c’est une tradition familiale «Je suis fils de soldat, mon frère était militaire, ma fille est officier dans les Forces canadiennes aussi et mes deux fils sont membres des Forces de réserve», nous dit d’entrée de jeu le lieutenant-général Beare.

Être Militaire, nous dit-il en riant, «C’est un peu un travail de famille», ajoutant aussi avec une pointe de fierté que sa fille est «officier canonnier comme son père, son grand-père et comme son oncle».

Peut-on vraiment demander, dans les circonstances, pourquoi le jeune Stuart Beare a intégré les Forces canadiennes?

Stuart Beare s’est donc enrôlé dans les Forces armées canadiennes en juin 1978 et, depuis le Collège militaire royal à Saint-Jean, au Québec, Collège militaire royal du Canada à Kingston, en Ontario, il a parcouru le long chemin auquel il était destiné.

Le commandant du Commandement des opérations interarmées du Canada, le lieutenant-général Stuart Beare (Photo: Nicolas Laffont/45eNord.ca)
Le commandant du Commandement des opérations interarmées du Canada, le lieutenant-général Stuart Beare (Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Commandant depuis octobre 2012 du Commandement des opérations interarmées du Canada (COIC) dont la mission consiste à «prévoir et mener les opérations des Forces armées canadiennes» au Canada, en Amérique du Nord et dans le monde entier, sa carrière l’a amené en Angleterre, en Allemagne, à Chypre, en Bosnie, en Croatie et, bien sûr, en Afghanistan.

En 2001, il a pris le commandement du 1er Groupe brigade mécanisé du Canada, qui fournit et soutient la force terrestre pour l’Op APOLLO en Afghanistan et pour les rotations 11 et 12 de l’Op PALLADIUM en Bosnie.

En 2003 et jusqu’en septembre 2004, promu brigadier-général, il a assumé le commandement de la Brigade multinationale (Nord-ouest), basée à Banja Luka (Bosnie-Herzégovine), composée de Canadiens, de Britanniques et de Néerlandais.

En août 2010, il est devenu commandant adjoint – Police de la Mission de formation de l’OTAN en Afghanistan.

Et, le 1er juillet 2011 à Kaboul, il a été promu au grade de lieutenant-général par le général David Petraeus, le ministre Peter MacKay et le général Walter Natynczyk.

En regardant rétrospectivement son le chemin parcouru, Stuart Beare note cependant qu’il n’aurait jamais pu penser avoir un tel parcours lorsqu’il s’est enrôlé, citant avec humour le joueur de baseball-philosophe Yogi Berra qui disait «Les prédictions sont choses particulièrement difficiles, surtout… à propos du futur».

Et c’est jour après jour, semaine après semaine et mois après mois que Stuart Beare a fait ce chemin.

Et ces années n’ont pas été seulement des années de réalisations, dit le lieutenant-général, mais des années de découvertes des aspects opérationnels et des aspects institutionnels des affaires militaires.

Opérations à l’étranger: de la Bosnie à l’Afghanistan

«La première fois que j’ai été à même de constater combien le monde avait changé, c’était en Bosnie», dit le lieutenant-général. «On avait formé nos gars pour la Guerre froide pendant plusieurs décennies et on s’est trouvé en Bosnie dans les années 90 -j’ai servi en Bosnie deux fois, une fois avec un casque bleu et une autre fois avec un casque vert- et la Bosnie a été incroyablement difficile pour nous d,un point de vue ‘conceptuel’ car la mission que l’ONU s’était donnée et les forces envoyées pour exécuter la mission et les habilités pour utiliser ces forces pour accomplir, tout ça était inadéquat par rapport au problèmes auxquels on faisait face sur le terrain».

Stuart Beare insiste notamment pour dire que, «quand on se rend dans un endroit comme la Bosnie où des gens meurent, il faut avoir l’autorité d’utiliser la force si cela est nécessaire».

Cette leçon, dit le lieutenant-général, avait heureusement été apprise et retenue quand est arrivée la mission en Afghanistan.

«Les Forces étaient prêtes et équipées, et on a continué à améliorer ces aspects [après le début de la mission, ndlr]» et la question de la permission d’utiliser la force lorsque nécessaire n’était plus un problème».

Afghanistan: comme construire un avion en plein vol

En août 2010, devenu commandant adjoint – Police de la Mission de formation de l’OTAN en Afghanistan, Stuart Beare a dû veiller à ce que les Forces canadiennes effectuent la transition de l’exécution d’opérations dans l’ensemble du spectre à Kandahar vers la réalisation d’activités dans le cadre de la Mission de formation de l’OTAN, qui englobe 36 pays.

Une des plus grandes difficultés, dit le lieutenant-général, a été de «se rendre compte que le succès en Afghanistan n’allait pas être dû à la capacité de cibler les talibans et les réseaux terroristes, mais plutôt grâce à une approche qui focalise sur la protection de la population et le développement des capacités des Afghans, politiquement, socio-économiquement et militairement d’assurer la sécurité de leur population».

Avant cette prise de conscience, dit Stuart Beare, citant le général américain Stanley MacCrystal «Nous gagnions des batailles, mais nous perdions la guerre».

Ce changement d’approche, alors que les Forces de la Coalition étaient encore en plein combat, n’a pas été une mince affaire, mais cela était absolument nécessaire explique le lieutenant-général. «Il a fallu continuer à gagner les batailles», tout en pensant à gagner la guerre, «C’était comme si vous aviez essayé de bâtir les forces de la Gendarmerie royale du Canada, alors qu’elles auraient en même temps à se battre et que vous deviez aussi, toujours en même temps, construire son Quartier général», souligne le lieutenant-général Beare.

Et, «fascinant» de dire Stuart Beare, «Ça a fonctionné, et ça fonctionne encore! «D’avoir ainsi entraîné, développé un service national de police afghane est probablement ce que j’ai fait de plus difficile et ce qui m’a apporté le plus de satisfaction parce les progrès ont été réels et ont été maintenus depuis et développé plus encore».

L’Afghanistan, plusieurs années d’engagement

«J’ai une longue histoire avec l’Afghanistan», dit le lieutenant-général. Ces douze années d’engagement là-bas auront marqué sa carrière.

Comme nous le disions plus haut, déjà, en 2001, alors colonel, celui qui commande aujourd’hui le COIC a pris le commandement du 1er Groupe brigade mécanisé du Canada en 2001, qui fournit et soutient la force terrestre pour l’Op APOLLO en Afghanistan.

«Et après le 11 septembre, le 3e Bataillon du Princess Patricia Light Infantry, [basé dans l’Ouest canadien dont est originaire Stuart Beare] a été désigné comme le groupement tactique prêt à déployer en Afghanistan et j’ai été chargé de la montée en puissance de ce groupement tactique sous le commandement de la 1ère Brigade.»

Le lieutenant-général se rappelle aussi avec émotion l’incident de Tarnak Farm en avril 2002 quand quatre soldats canadiens avaient été tués par erreur par un F-16 américain.

«On a vu», dit-il, pendant ces années de guerre en Afghanistan «l’incroyable éveil de la conscience des Canadiens à propos de leurs militaires. Il était frappant de voir l’affection sincère qu’ont montrée les Canadiens pour les hommes et femmes en uniformes».

Sans contredit, ce sera l’Afghanistan aura défini nos forces armées comme les grands conflits du passé l’avaient fait auparavant et les Canadiens sortent changés de ces plus de douze années d’engagement.