Le Canada en Afghanistan: rétrospective avec Tony Allaire

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Le capitaine Tony Allaire lors de son déploiement en Afghanistan, le 12 janvier 2013.
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Le capitaine Tony Allaire lors de son déploiement en Afghanistan, le 12 janvier 2013.
Le capitaine Tony Allaire lors de son déploiement en Afghanistan, le 12 janvier 2013.

À l’occasion de la fin de la mission militaire canadienne en Afghanistan, 45eNord.ca publie, tout au long du mois de mars, une série d’interviews avec celles et ceux qui ont été déployé en mission à 10.000 kilomètres de la maison. Aujourd’hui: Tony Allaire.

Réserviste, le capitaine Tony Allaire est présentement le représentant des affaires publiques du Régiment du Saguenay. Il est allé en Afghanistan lors de la roto 2 en 2012-2013 à Mazar-e-Sharif, dans le nord du pays.

En interview pour 45eNord.ca, il indique que cela faisait plusieurs années déjà qu’il avait «un besoin intérieur de participer à une mission à l’extérieur du Canada». Ayant soumis son nom, celui-ci a finalement été pigé quelques mois plus tard.

Le major Tousignant demande aux soldats ce qu'ils ont bien fait et mal fait durant le premier scénario (Photo: Nicolas Laffont/45eNord.ca)
Entraînement de la FO 4-12, en septembre 2012, sur la base de Valcartier (Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)

«Quand la nouvelle est arrivée, j’étais déjà sur une montée en puissance, pas la FO 4-12, mais la 3-12 depuis fin janvier [2012], et quand à la fin de l’été on m’a dis que j’y allais, j’ai basculé de la 3-12 a la 4-12.»

Réfléchissant sur l’impact de la nouvelle de sa participation à la mission en Afghanistan sur sa famille, le capitaine Allaire raconte: «Dans un sens ma conjointe le savais avant même que je lui dise. Son frère est militaire et a déjà fait deux missions en Afghanistan. C’était vraiment la peur de l’inconnu pour elle, mais il lui a raconté ses séjours, des anecdotes. Ce qui fait peur c’est l’inconnu et non un danger pour lequel on a des informations, où on sait ce qui se passe».

Originaire et habitant au Saguenay, le capitaine Allaire avait un agenda chargé lors des montées en puissance. Il explique ainsi que chaque semaine, il partait du Saguenay, aller à Québec et revenait en fin de semaine chez lui. «J’étais déjà moins présent à la maison, alors ça a un peu préparé ma famille, ils étaient un peu habitués à moins me voir. Puis, quelques jours avant le déploiement, chaque soldat obtient un congé pour passer du temps avec sa famille et le jour du déploiement, c’est pas comme une journée comme les autres mais ça c’est très bien passé pour moi».

La petite fille du capitaine, qui avait trois ans à l’époque «comprenait le noyau familial et comprenait que je partais et revenais dans la semaine. D’une certaine façon, c’était une appréhension personnelle si jamais ça dégénérait en mon absence, que mon couple explose, que ma fille soit plus distante avec moi, mais Skype a vraiment aidé».

Au cours des premiers déploiements de militaires en Afghanistan, notamment entre 2002 et 2007, les gens avaient au mieux un téléphone, 10 minutes une fois par semaine; très peu de communications donc. «L’avantage, c’est que tu pouvais te concentrer davantage sur ton travail sans penser à ce qui se passe à la maison, mais par contre ça créait un éloignement dans la famille. Avec Skype, ça a beaucoup favorisé que ma famille a bien été et le retour c’est super bien passé, comme si je n’étais parti qu’une semaine».

Au niveau de sa mission, Tony Allaire explique que son rôle était de mentorer au niveau de la logistique. Les personnes qu’il devait aider s’occuper de la logistique pour tout le nord de l’Afghanistan. «J’ai déjà eu des formations en finances, des liaisons civilo-militaires, des opérations psychologiques, alors ça m’a beaucoup aidé pour les relations avec les gens, comment les deviner, briser des barrières», confie-t-il.

«Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’en Afghanistan, il y a des moments dans la journée où on ne peut pas créer d’interactions. Comme au Canada, il faut s’annoncer. T’arrives pas juste devant son bureau sans avertir, faut prendre rendez-vous, et ça aide à construire une relation positive. Recevoir des invités, leur accorder de l’importance, ca compte pour eux. Offrir le thé, c’est comme le minimum de bienséance pour une personne que tu respecte que tu reçois.

Ce qu’il a retenu le plus de l’expérience afghane? Le capitaine Allaire répond sans hésiter: «travailler avec un interprète, l’ouverture sur différentes cultures, ethnies, religions, tout le respect pour ça. Planifier les choses dans une vitesse plus lente… on a des attentes, les objectifs sont clairs, mais la c’est plus lent. Il faut donc avoir des stratégies pour y arriver. Je suis revenu avec plus de patience, pour atteindre un objectif à plus long terme. Être déployé a l’étrangers ce n’est pas comme au Canada. En étant réserviste, je travaillais avec la [force] régulière et en Afghanistan j’étais dans un groupe dune vingtaine d’américains».

Dirait-il oui à repartir pour une autre mission?

«Sans réfléchir, je dirai oui de suite à repartir, car ça été une expérience positive. Ya pas rien qui peut remplacer un tour outremer. Si on est appelé à être déployé ailleurs un jour, je suis convaincu qu’on ne pourra pas juste faire un copier-coller de l’expérience afghane, mais on va rebâtir notre manière de procéder, on est comme des colons. Ça prend de l’adaptation, de l’imagination, beaucoup de qualités. Mais si je devais réfléchir un peu, je verrai comment mon couple est avant d’accepter… la famille…!»

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