START, pierre angulaire de la paix dans le monde, menacé par la crise ukrainienne

Lancement d'un missile balistique intercontinental russe RS-18 du cosmodrome de Baikonur au Kazakhstan (Archives/Army Recognition)
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Lancement d'un missile balistique intercontinental russe RS-18 du cosmodrome de Baikonur au Kazakhstan (Archives/Army Recognition)
Lancement d’un missile balistique intercontinental russe RS-18 du cosmodrome de Baikonur au Kazakhstan (Archives/Army Recognition)

Devant les «menaces» des États-Unis et de l’Otan à propos de la crise en Ukraine, la Russie envisage de suspendre les inspections étrangères de son arsenal d’armes stratégiques, y compris les missiles nucléaires en vertu du Traité START, pierre angulaire du maintien de la paix dans le monde depuis la fin de la Guerre froide.

«Le ministère russe de la Défense envisage la question de la suspension de l’accueil des équipes d’inspection dans le cadre des obligations en vertu du Traité START (Traité de la Fédération de Russie et des États-Unis sur les mesures pour la réduction et la limitation des armements stratégiques offensifs ) et du Document de Vienne de l’OSCE de 2011 sur les mesures de confiance et de sécurité», a déclaré la Défense russe aujourd’hui.

Pour sa part, la «Voix de la Russie», le service officiel d’information de l’État russe à l’intention des pays étrangers, précise que les « menaces non fondées par les États-Unis et par l’OTAN contre la politique ukrainienne de la Russie sont considérées comme un geste inamical et permettent de déclarer force majeure ».

Le Pentagone a en effet annoncé lundi que les États-Unis suspendaient tous les liens militaires entre Washington et Moscou en raison de l’intervention russe en Crimée.

«Etant donné que de telles inspections relèvent d’une question de confiance, dans des conditions de sanctions décrétées de facto par les États-Unis, il ne peut y avoir de contacts bilatéraux réguliers sur le respect des accords», déclare la Défense russe.

La pierre angulaire du maintien de la paix

START, de l’anglais «Strategic Arms Reduction Treaty», qui désigne le traité «américano-soviétique» visant à réduire la totalité des arsenaux nucléaires des deux superpuissances (aussi bien les missiles terrestres que sous-marins et aériens), a été et est toujours la pierre angulaire de la détente entre les Russes et l’Occident et du maintien de la paix dans le monde depuis la fin de la Guerre froide.

Faisant suite aux «Strategic Arms Limitation Talks» (SALT), en 1972 et 1979, le premier traité, START I, fut signé en juillet 1991 et entra en vigueur en décembre 1994.

À la chute de l’Union soviétique, c’est avec la Fédération de Russie que les États-Unis signèrent START II en 1993, ratifié par les États-Unis en 1996 et par la Russie en 2000

Puis, en juillet 2009, le président des États-Unis Barack Obama et le président de la Fédération de Russie de l’époque, Dmitri Medvedev, ont signé le New START.

L’accord prévoit des réductions draconiennes de missiles et têtes nucléaires des deux côtés et autorise 18 inspections par an sur des sites militaires.

Au départ, il limitait le nombre des têtes nucléaires entre 1 500 et 1 675 pour chacun et le nombre de vecteurs entre 500 et 1 1007, puis le 26 mars 2010 il a été prévu de limiter à 1 550 le nombre d’ogives nucléaires pour chacun.

La suspension des inspections étrangères de son arsenal d’armes stratégiques en réponse aux déclarations du Pentagone de suspendre la coopération avec les départements militaires russes, rendrait ainsi invérifiable l’application du Traité START.

Pareille menace de suspendre les inspections étrangères en vertu du Traité START met en relief l’avertissement deVladimir Poutine, lors d’une conversation téléphonique avec Obama à l’initiative de ce dernier, lorsqu’il demandait au Président américain s’il était prêt à «sacrifier» les relations russo-américaines pour la Crimée.

En outre, Moscou a aussi en menacé cette semaine d’avoir recours à l’arme énergétique, lee géant russe Gazprom mettant en garde Kiev contre une interruption de ses exportations de gaz si le nouveau pouvoir ne s’acquittait pas au plus vite de ses quelque deux milliards de dollars de dette.

En 2009, dans une situation semblable, Moscou avait fermé le robinet du gaz, perturbant l’approvisionnement de plusieurs pays européens.

Pendant ce temps, dans l’Est ukrainien

Des manifestants pro-russes dans une rue de Donetsk, bastion russophone de l’est de l’Ukraine, le 8 mars 2014 (Alexander Khudoteply/AFP)

Des milliers de partisans de la Russie se mobilisaient ce samedi dans les rues des bastions russophones de l’est de l’Ukraine, alors que les tensions restent vives entre soldats ukrainiens et forces russes qui contrôlent la Crimée, où le Parlement local défie toujours l’autorité de Kiev.

À Donetsk, fief du Président déchu Ianoukovitch, une foule de plusieurs milliers de manifestants s’est rassemblée en début d’après-midi sur la place Lénine, brandissant des drapeaux de la Russie ou de la «Russie de Kiev», berceau historique des états slaves d’Ukraine, de Russie et du Bélarus, rapporte de son côté l’AFP.

«Je suis venu de Russie, nous sommes prêts à vous aider. Nous ne vous lâcherons pas», a lancé un homme sans se présenter, immédiatement salué par la foule qui crie «Russie!» et «Poutine!».

Donetsk, capitale du Donbass, riche bassin minier frontalier de la Russie, avait déjà connu plusieurs jours de tensions entre pro-russes et défenseurs de l’unité ukrainienne lorsque des partisans d’un ralliement à Moscou avaient occupé pendant trois jours l’administration régionale et avaient hissé le drapeau russe blanc bleu rouge, avant d’être délogés par la police jeudi.

Pendant ce temps, à Kharkiv, autre centre industriel de l’Ukraine, plus de 4.000 manifestants pro-russes manifestaient également ce samedi dans le centre de la ville en agitant des drapeaux russes ou du «Bloc russe», le mouvement politique pro-russe auquel appartient le Premier ministre de Crimée, Sergiï Axionov.

*Avec AFP