Ukraine: Moscou se prépare à son tour à une offensive diplomatique

Vladimir Poutine en réunion de travail ce lundi 10 mars avec le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov (Service de presse/Présidence russe)
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Vladimir Poutine en réunion de travail ce lundi 10 mars avec le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov (Service de presse/Présidence russe)
Vladimir Poutine en réunion de travail ce lundi 10 mars avec le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov (Service de presse/Présidence russe)

Après avoir défendu le droit de la Crimée à être rattachée à la Russie tout en affirmant chercher une «solution diplomatique» à la crise ukrainienne, Moscou se prépare maintenant à passer à une offensive diplomatique.

Il y a une profonde divergence entre l’Occident et la Russie, la lecture des récents événements en Ukraine, lutte démocratique pour l’Occident, «coup d’État» pour les Russes.

Le Kremlin annonce que Vladimir Poutine a eu ce lundi 10 mars une réunion de travail avec le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, qui «l’a informé sur les propositions de règlement de la situation en Ukraine», alors que le Kremlin prépare sa contre-offensive diplomatique face aux puissances occidentales qui tentent d’empêcher que le rattachement à la Russie de la péninsule ukrainienne pro-russe de Crimée.

«Les contacts se poursuivent. Nous avons eu des contacts tout au long de la semaine dernière en Europe. Une série d’événements internationaux a eu lieu là-bas, dans laquelle John Kerry, les ministres des Affaires étrangères des principaux pays européens – France, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie , Espagne – et le Haut Représentant de l’Union européenne[ Catherine ] Ashton ont tous participé», a résumé lavrov selon la Présidence russe.

Toujours selon le Kremlin,le chef de la diplomatie russe a souligné avoir «rencontré chacun d’eux et expliqué notre position et exprimé notre volonté de continuer la recherche commune de solutions qui nous permettraient de travailler ensemble pour aider à régler la situation en Ukraine», précisant qu’«À l’une des séries de ces consultations multilatérales, nos partenaires ont exprimé le souhait que les Américains et nous essayons directement à trouver des approches qui seraient acceptables pour tout le monde».

Parlant des propositions formulées par son homologue américain, le ministre russe, souligne que le problème réside notamment dans l’insistance des Américains pour que les Russes acceptent la situation crée la destitution du président ukrainien que le Kremlin avait dénoncé comme un «coup d’État» et partent de là pour élaborer des solutions

«Le concept qu’il formule n’est pas particulièrement adapté à notre avis parce que la ligne qu’il suit suppose l’existence d’un conflit entre la Russie et l’Ukraine et la reconnaissance les événements qui ont eu lieu[ à Kiev. ndlt] comme des faits accomplis maintenant», a dit Lavrov selon le compte-rendu que fait le Kremlin de sa rencontre avec le président Poutine .

Sergueï Lavrov a noté qu’il a invité son homologue américain à venir en Russie, ce qu’il aurait accepté, mais le samedi il a appelé et a dit qu’il aimerait reporter le voyage pour le moment.

Finalement, le chef de la diplomatie russe conclut en affirmant « qu’en collaboration avec les membres du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie», il avait tenté d’arriver à des solutions «qui tiennent compte des intérêts de tous les Ukrainiens, sans exception», se référant manifestement aux russophones d’Ukraine, et qui ces propositions étaient maintenant prêtes.

Pendant ce temps, sur le terrain

Moscou va donc présenter «ses propres propositions» aux Occidentaux. Pendant ce temps, sur le terrain en Crimée, les forces russes consolident chaque jour davantage leur position, ce qui rend quasi-impossible toute marche-arrière.

Pour leur part, les 54 observateurs internationaux dépêchés par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) n’ont toujours pas réussi à y pénétrer malgré trois tentatives depuis jeudi.

À leur dernière tentative, samedi, des hommes armés en treillis avaient pointé leurs armes vers le convoi puis avaient tiré en l’air près du poste de contrôle d’Armiansk.

L’émissaire de l’ONU Robert Serry avait lui aussi été forcé par des hommes armés à écourter son séjour en Crimée.

«Il semble qu’il y ait des signes d’un renforcement militaire de la position russe» en Crimée et d’«un isolement croissant» de la péninsule «vis-à-vis du reste du pays», a déclaré quant à elle Maja Kocijancic, la porte-parole de la chef de la diplomatie de l’Union européenne, Catherine Ashton.

Face à la détermination du Kremlin, de plus en plus d’observateurs en occident commencent à douter de l’efficacité et même de l’utilité des sanctions qui, d’ailleurs, font mal; aussi à l’économie des puissances occidentales.

L’ancien Secrétaire américain à la Défense Robert Gates estime pour sa part que ces mesures ne dissuaderont pas la Russie. «Certaines sanctions envisagées et mesures prises, qu’il s’agisse de limites sur les visas ou sur les voyages et le gel potentiel des avoirs d’individus spécifiques, honnêtement, n’auront pas le moindre effet dissuasif sur Poutine, à mon avis», a indiqué l’ancien chef du Pentagone dimanche sur Fox News.

Pour l’ex Secrétaire à la Défense, il n’y a rien que les puissances occidentales puissent faire «La Crimée est partie!», »Crimea is gone!».