Assaut meurtrier de l’armée ukrainienne à Slaviansk contre les milices locales, Moscou réagit

Des soldats ukrainiens prennent position à Slaviansk le 24 avril 2014. Ici, un soldat des forces spéciales ukrainiennes(Kirill Kudryavtsev/AFP)
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Des soldats ukrainiens prennent position à Slaviansk le 24 avril 2014. Ici, un soldat des forces spéciales ukrainiennes(Kirill Kudryavtsev/AFP)
Des soldats ukrainiens prennent position à Slaviansk le 24 avril 2014. Ici, un soldat des forces spéciales ukrainiennes(Kirill Kudryavtsev/AFP)

L’Ukraine a lancé ce jeudi 24 avril un assaut contre Slaviansk, bastion des militants pro-russes dans l’Est du pays, qui a déjà fait cinq morts, ouvrant la porte à une intervention russe alors que Vladimir Poutine dénonce l’opération comme «un crime» qui aura des conséquences.

Les affrontements entre les troupes ukrainiennes et les militants pro-russes à Slaviansk «ont fait jusqu’à cinq morts» dans les rangs de la milice populaire locale et un soldat ukrainien a été blessé, a annoncé le ministère ukrainien de l’Intérieur.

«Des unités de la police et de l’armée ont détruit trois postes de contrôle des formations armées illégales [sur les huit que les forces d’autodéfense locales avaient aménagé auparavant, ndlr] lors de l »opération antiterroriste’ dans la partie nord-est de Slaviansk. Environ cinq terroristes ont été tués lors d’un combat. Un militaire a été blessé», a aussi indiqué le ministère dans un communiqué.

Après l’assaut, les blindés ukrainiens ont cependant battu en retraite et n’étaient plus visibles sur ce barrage en début d’après-midi, ce qui porte à croire que l’opération de ce matin avait plutôt un caractère punitif.

Quoi qu’il en soit, le leader pro-russe local de la ville de plus de 100.000 habitants, Viatcheslav Ponomarev, a ordonné aux civils de quitter la mairie.

Kiev a également annoncé la libération de la mairie de Marioupol, un port de près de 500.000 habitants dans le Sud-Est, après une bagarre qui a fait cinq blessés. Plus au nord, un soldat a été blessé lors d’un assaut des séparatistes contre une base militaire à Artemivsk.

Les grandes villes de l’Est et du Sud de l’Ukraine, dont Donetsk, Kharkov et Lougansk, sont en proie à l’agitation depuis mars, des partisans de la fédéralisation du pays qui réclament des référendums sur le statut politique de leurs régions ayant multiplié les manifestations et des forces pro-russes s’étant emparés de bâtiments officiels, faisant craindre aux autorités de Kiev un scénario comme celui qui avait précédé le rattachement de la Crimée à la Russie.

Malgré les avertissements du Kremlin le prévenant de ne pas utiliser la force contre les manifestants, mardi 15 avril, le président par intérim d’Ukraine, Olexandre Tourtchinov a lancé une opération militaire contre les manifestants qui, dans un premier temps, avait tourné à la déroute, avant d’être suspendue pour Pâques pour finalement reprendre de plus belle cette semaine.

Poutine prévient qu’il y aura des conséquences

«Si le régime actuel à Kiev a vraiment commencé à utiliser l’armée contre la population dans le pays, c’est un crime très grave contre son propre peuple», a lancé le président russe Vladimir Poutine lors d’un forum des médias à Saint-Pétersbourg aujourd’hui, rappelant que même le dirigeant ukrainien Viktor Ianoukovitch n’avait pas été aussi loin qu’utiliser l’armée pour disperser les rassemblements à Kiev quand il était au pouvoir.

Le chef du Kremlin s’est est convaincu que les autorités intérimaires actuelles de Kiev n’ont pas la légitimité nécessaire pour de telles actions.un

«Il s’agit d’une junte, une sorte de clique», s’est-il exclamé en parlant des nouvelles autorités de Kiev.

«Si la Russie n’avait pas fourni un soutien réel aux personnes vivant en Crimée, l’expression civilisée de la volonté des citoyens aurait été impossible», a souligné Vladimir Poutine. «Il serait passé ce qui se passe maintenant dans le sud-est de l’Ukraine […]et même pire», a déclaré le président russe qui a averti que cette opération aurait «des conséquences pour les gens qui prennent ces décisions» alors que le leader pro-russe de Slaviansk Viatcheslav Ponomarev lui a demandé dimanche d’envoyer les troupes russes.

Le chef du Kremlin a aussi rappelé que la Russie a pris part à des réunions à Genève et que les gens ont signé des accords sur le désarmement des deux côtés. »Ce qui se passe est que ni ‘Pravy Sektor’ [ mouvement d’extrême droite nationaliste ukrainien], ni d’autres organisations radicales ne déposent pas les armes, et personne n’agit à Kiev. Au contraire, ils ont commencé à légaliser ces groupes», ajoutant qu’il «était nécessaire de prendre le chemin du dialogue entre tous les citoyens du pays».

Dialogue de sourds entre l’Est et l’Ouest

Pendant que chacun fourbit ses armes, le dialogue entre l’Est et l’Ouest et de plus en plus un dialogue de sourds.

Les autorités russes ne cessent donc de dire que les populations ukrainiennes d’origine russe sont menacées par les nationalistes qui soutiennent le pouvoir pro-occidental en place à Kiev depuis la destitution de Viktor Ianoukovitch.

Washington et Kiev continuent de leur côté de reprocher  à Moscou d’avoir massé des soldats à la frontière et de soutenir les insurgés de l’Est de l’Ukraine en ayant envoyé des agents armés.

Depuis Tokyo où il est en visite, le président américain Barack Obama a quant à lui fait porter sur la Russie la responsabilité de l’échec du compromis international signé il y a une semaine à Genève et qui était censé amorcer une désescalade des deux côtés.

«Jusqu’à présent, nous ne les avons pas vu respecter ni l’esprit ni la lettre de l’accord de Genève», a déploré le chef de la Maison Blanche. «Nous continuons de voir des hommes armés malveillants prendre des bâtiments, harceler les gens qui ne sont pas d’accord avec eux, déstabiliser la région et nous n’avons pas vu la Russie intervenir pour les décourager», a-t-il déclaré, menaçant une fois encore les Russes de nouvelles sanctions.

Hier, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a averti que son pays était prêt à intervenir si ses intérêts étaient menacés dans l’Est de l’Ukraine, faisant le parallèle avec l’Ossétie du Sud.

En août 2008, l’armée russe était entrée en Géorgie en dénonçant des attaques géorgiennes contre ce territoire séparatiste pro-russe, où Moscou maintient des troupes jusqu’à présent après en avoir reconnu l’indépendance ainsi que celle de l’Abkhazie, une autre région géorgienne jouxtant son territoire.

Et hier, Serguï Lavrov a aussi mis en cause les Occidentaux qui utilisent selon lui l’Ukraine comme «un pion dans le jeu géopolitique». «En Ukraine, les Etats-Unis et l’Union européenne […] ont tenté de mener une nouvelle +révolution de couleur+, une opération de changement de régime contraire à la Constitution», a déclaré le chef de la diplomatie russe.

Réponses militaires russes

Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a déclaré pour sa part aujourd’hui que la violence résultant de l’opération anti-terroriste de l’Ukraine dans l’est de l’Ukraine a incité la Russie à lancer des exercices militaires dans l’ouest de la Russie.

«Les forces sont clairement inégales», a déclaré Choïgou lors d’une réunion du collège ministériel.

«Si cette machine militaire n’est pas arrêtée aujourd’hui, cela va conduire à un grand nombre de morts et de blessés», a-t-il poursuivi.

«L’annonce des exercices de troupes de l’OTAN en Pologne et les États baltes» ne fait qu’empirer la situation, a déclaré le ministre de la Défense russe.

«Nous devons réagir à cette évolution. À partir d’aujourd’hui, nos bataillons tactiques des groupes interarmes des districts militaires du sud et de l’ouest ont commencé des exercices dans les zones frontalières de l’Ukraine. Les troupes vont pratiquer des marches et le déploiement tactique … si nécessaire. Plus, nos unités d’aviation seront effectuer des vols de pratiquer des opérations à proximité de notre frontière nationale».