Avions de Recherche et sauvetage: l’industrie va-t-elle dicter l’emplacement des bases?

Le caporal Harry Perera, mécanicien de bord au sein du 442e Escadron de transport et de sauvetage, effectue la vérification prévol d’un avion Buffalo, avant son décollage pour un scénario d’entraînement se déroulant dans le cadre de l’exercice de recherche et sauvetage (SAR) mené en mars dernier à Kelowna (caporal Sylvie Kervin, Imagerie de la 19e Escadre)
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Le caporal Harry Perera, mécanicien de bord au sein du 442e Escadron de transport et de sauvetage, effectue la vérification prévol d’un avion Buffalo, avant son décollage pour un scénario d’entraînement se déroulant dans le cadre de l’exercice de recherche et sauvetage (SAR) mené en mars dernier à Kelowna (caporal Sylvie Kervin, Imagerie de la 19e Escadre)
Le caporal Harry Perera effectue la vérification prévol d’un avion Buffalo, avant son décollage, dans le cadre de l’exercice de recherche et sauvetage (Archives/caporal Sylvie Kervin, Imagerie de la 19e Escadre)

Les entreprises en lice pour fournir au Canada ses nouveaux avions de recherche et de sauvetage pourraient en arriver à de décider où ces avions seront basés, affirmait un article du quotidien Ottawa Citizen le 15 avril, s’indignant que des entreprises privées puissent ainsi décider de la politique de défense du pays.

Le journal de la capitale fédérale affirmait que le ministère de la Défense nationale avait bien confirmé qu’avec les nouveaux appels d’ offres pour ce projet d’achat de 3 milliards $, les entreprises qui soumissionneraient seraient appelées à se prononcer sur l’emplacement des bases.

Imaginez le ridicule de la situation si des sociétés étrangères comme Aermacchi, Airbus Military ou Lockheed Martin qui, tout comme la société canadienne Viking Air, se sont montrées intéressées au projet d’avions de sauvetage, en arrivaient à dicter au Canada l’emplacement de ses bases.

Le quotidien d’Ottawa allait jusqu’à dire que, selon des représentants de l’industrie et des experts en matière de défense, le nouveau processus d’acquisition permettrait même à l’entreprise gagnante de proposer la fermeture d’une des bases existantes de recherche et de sauvetage des Forces armées canadiennes ou recommander la création de nouvelles bases ailleurs dans le pays, en Arctique par exemple.

Dominique Spragg de Viking Air, cité dans l’article du Ottawa Citizen, a déclaré que sa compagnie ne peut pas faire de commentaire jusqu’à ce qu’il voit la demande finale d’offres lancé par le gouvernement. Mais, selon le quotidien, il a reconnu que la demande initiale avait porté sur des domaines «normalement du ressort du gouvernement».

Et Ben Stone, Président d’Alenia Aermacchi Amérique du Nord, cité lui aussi dans le même article, a reconnu qu’il n’avait pas auparavant vu une situation où on demandait à l’entreprise soumissionnaire où devait être basé l’avion proposé…

Mais l’article du Ottawa Citizen, a tout de suite fait réagir, pour ne pas dire sursauter Philippe Lagassé, expert en matière de Défense de l’Université d’Ottawa (et membre du Secrétariat national d’approvisionnement en chasseurs (SNAC).

L’expert, qui ne cache pas avoir écrit en 2005 un mémoire sur les processus d’achats fondés sur le rendement pour l’un des soumissionnaires, a écrit sur son compte Twitter: «En lisant les critiques des acquisitions fondées sur le rendement pour l’avion de recherche et de sauvetage, je suis à me demandé si les critiques le comprennent [le processus]».

«Il ne s’agit pas pour les entreprises de décider où seront situées les bases de sauvetage du Canada.», poursuit Philippe Lagassé dans une salve de tweets.

«L’idée est que les soumissionnaires pourront proposer de nouveaux arrangements dans le cadre de leurs propositions» et «de cette façon […] démontrer comment leur avion serait le mieux à même d’atteindre les exigences de performance fixées par le gouvernement», dit l’expert de l’Université d’Ottawa.

«Si les soumissionnaires peuvent démontrer que leur proposition répond ainsi à l’exigence de performance plus efficacement ou à moindre coût, elle mérite d’être examinée», souligne-t-il.

Les nouveaux avions sont destinés à remplacer la flotte actuelle de Buffalo âgés de 40 ans et de vieux avions Hercules.

Le projet d’acheter des avions de remplacement est en cours depuis 2004 et l ‘appel d’offres devrait enfin être publié dans les prochains mois.

Les principaux emplacements actuels des avions de recherche et de sauvetage sont Comox, en Colombie-Britannique, Trenton, en Ontario, Greenwood, en Nouvelle-Écosse et Winnipeg, au Manitoba.