L’accord-cadre de Genève sur l’Ukraine: il était moins une

0
Un peu avant l'adoption de l'accord-cadre à Genève ce jeudi 17 avril, le président russe, Vladimir Poutine, s'est montré prêt à en découdre avec l'Occident si une entente s'avérait impossible sur la crise ukrainienne (Présidence russe)
Un peu avant l’adoption de l’accord-cadre à Genève ce jeudi 17 avril, le président russe, Vladimir Poutine, s’est montré prêt à en découdre avec l’Occident si une entente s’avérait impossible sur la crise ukrainienne (Présidence russe)

Lors de lors l’adoption ce jeudi à Genève de l’accord-cadre Genève prévoyant des mesures de «désescalade» de la pire crise Est-Ouest depuis la fin de la Guerre Froide, il était peut-être moins une.

Alors que, sur le terrain, la confrontation avec les insurgés davait tourné à la déroute pour les forces du pouvoir pro-européen de Kiev et que l’OTAN fourbissait ses armes, pas du tout intimidé, le président russe lançait lors de l’émission de télé annuelle «Ligne direct avec Vladimir Poutine», parlant des pays de l’OTAN voisins de la Russie, «Nous pouvons tous les étouffer!»

Sur le terrain

Sur le terrain, juste avant les pourparlers de Genève, une attaque contre une unité de la garde nationale avait été repoussée à Marioupol, dans le sud-est de l’Ukraine, faisant trois morts et 13 blessés.

Mercredi, la confrontation avec les insurgés de l’est de l’Ukraine avait tourné à la déroute pour les forces du pouvoir pro-européen de Kiev.

Les forces loyalistes ukrainiennes ont en effet accumulé les revers face aux groupes armés autour de Slaviansk, contrôlée depuis samedi par des forces séparatistes.

Six blindés ont été saisis par un des groupes de combattants aux uniformes non identifiés qui multiplient les actions depuis 10 jours dans l’Est russophone. Ils ont rejoint, drapeaux russes au vent, la défense de Slaviansk.

Et, après des heures de confrontation avec des manifestants, les hommes du reste de la colonne – 15 blindés restés bloqués à Kramatorsk – ont fini, certains en larmes, par déposer les armes, sous les cris de «Bravo les gars».

Dans un autre défi au pouvoir central, un groupe d’hommes cagoulés et armés se sont aussi emparés de la mairie de la grande ville de Donetsk, fief russophone de l’Est.

L’OTAN fourbit ses armes

Pendant ce temps, l’OTAN fourbissait ses armes et son Secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen, a annoncé mercredi à l’issue de la réunion du Conseil de l’Atlantique Nord, que l‘Alliance a décidé de nouvelles mesures pour répondre à la crise en Ukraine et renforcer la défense collective de l’OTAN.

Le Conseil de l’Alliance a décidé d’un ensemble de nouvelles mesures militaires pour renforcer sa défense collective et démontrer la force de la solidarité alliée.

«Nous aurons plus d’avions dans l’air, plus de bateaux sur l’eau, et plus de préparation sur le terrain. Par exemple, les avions feront plus sorties au-dessus de la région de la Baltique. Des navires alliés seront déployés dans la mer Baltique, la Méditerranée orientale et ailleurs, selon les besoins. Le personnel militaire des nations alliées va se déployer pour améliorer notre préparation, la formation et les exercices. Nos plans de défense seront révisés et renforcés», a-t-il indiqué.

Pour sa part le Canada, qui pourfend les Russies depuis le début de la crise et a été parmi les premiers pays occidentaux à adopter des sanctions à l’encontre des Russes, a annoncé aujourd’hui-même qu’il enverra 6 chasseurs CF-18 cnadiens pour participer à la mission de l’OTAN.

Les mesures annoncées par l’OTAN devaient envoyer aux Russes un message clair: «N’allez-pas plus loin!»

Mais Poutine était très loin d’être intimidée

La réponse de Poutine au renforcement du dispositif militaire de l’OTAN ne s’est pas faite attendre: aujourd’hui, lors de l’émission annuelle «Ligne directe avec Vladimir Poutine», le chef du Kremlin a déclaré que «les pays membres [de l’OTAN]qui sont voisins de la Russie», ne lui faisait «pas peur», ajoutant même «Nous pouvons nous-mêmes tous les étouffer» en réponse à une journaliste russe.

L’émission spéciale annuelle «Ligne directe avec Vladimir Poutine» où les Russes peuvent poser des questions à leur président devant les caméras a été diffusé live par les chaînes russes de télévision Channel One , Rossiya-1 et Rossiya-24, et plusieurs radios, dont Radio Rossii.

Évidemment, ont tout de suite fusé les questions sur la Crimée, la situation socio-économique dans les nouvelles régions de la Russie (la République de Crimée et Sébastopol), le développement de la flotte de la Russie en mer Noire et la situation des Tatars de Crimée, ainsi que des questions sur la situation en Ukraine et l’évaluation des développements dans le sud du pays .

La discussion a également porté sur les questions internationales, les relations avec l’Occident et de l’OTAN, le déploiement de systèmes de défense anti- missiles américains en Europe, la situation en Transnistrie , et les questions économiques liées aux marchés mondiaux du pétrole et du gaz.

C’est ainsi que Vladimir Poutine, au moment même où se déroulaient la rencontre quadripartite à Genève, faisait peser la menace voilée d’un recours à la force en Ukraine, avertissant toutefois qu’il «espère fortement» ne pas être «obligé de recourir» à l’envoi de ses forces armées en Ukraine.

Le chef du Kremlin a exhorté de nouveau lors de cette émission les autorités ukrainiennes à accepter le «dialogue», via les entretiens quadripartites de Genève, au risque de mener le pays vers le «gouffre» et réclamé encore des «garanties» pour les droits des populations russophones de ces régions orientales ukrainiennes.

Enfin, en guise de mise en garde à la Moldavie, un petit pays pro-européen, le président russe a jugé que la Transdniestrie, un territoire séparatiste, devait pouvoir «décider de son propre sort».

Accord-Cadre et baisse de pression

Pour le moment, un accord-cadre est intervenu qui fait momentanément baisser la pression.

Parmi les mesures adoptées, toutes les forces irrégulières doivent déposer leurs armes et les bâtiments saisis doivent être remis à leurs propriétaires légitimes.Toutes les rues occupées, ainsi que les places et espaces publics dans les villes d’Ukraine doivent être libérés.

Il doit aussi y avoir une amnistie pour tous les manifestants, sauf ceux qui ont commis des crimes graves.

Mais la crise n’est pas finie pour autant et il reste à trouver un moyen de satisfaire les revendications légitimes des uns…et des autres, en oubliant pas qu’aujourd’hui même, alors que se déroulaient les tractations à Genève qui ont conduit à l’accord-cadre, le président russe s’est montré prêt à en découdre avec l’Occident si on ne parvenait pas à une entente.

«Nous avons également lancé un appel pour un dialogue national inclusif sur le processus de réforme constitutionnel qui doit être inclusif , transparent et responsable, des caractéristiques qui ont été absentes jusqu’ici», a déclaré aujourd’hui en conférence de presse le chef de la diplomatie du Kremlin, Sergueï Lavrov.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.