Le général Lawson aux troupes: l’agression sexuelle ne fait pas partie de la culture militaire

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Le Chef d'état-major de la Défense (CEMD), le Général Tom Lawson, discute avec des membres de la 4e Division du Canada aux armureries Denison (MDN)
Le Chef d’état-major de la Défense (CEMD), le Général Tom Lawson, discute avec des membres de la 4e Division du Canada aux armureries Denison (MDN)

Alors que, piqués au vif par un reportage-choc sur les agressions sexuelles qui révélait l’ampleur du problème au sein des Forces armées, le ministre de la Défense et le chef d’État-major avaient réagi hier «au quart de tour», y allant chacun d’un communiqué, le général Lawson publie encore aujourd’hui une déclaration qui s’adresse, cette fois, aux militaires.

Suite à un reportage choc de Noémi Mercier et Alec Castonguay paru dans le magazine l’Actualité, au Québec, et le MacLean’s dans le reste du Canada sur les agressions sexuelles dans les Forces armées canadiennes, les deux principaux responsables de la Défense canadienne avaient réagi très rapidement et avec une force inhabituelle et promis de faire bouger les choses.

Aujourd’hui, le général Lawson y va d’une autre déclaration où ils s’adressent aux membres des Forces armées canadiennes et redit une nouvelle fois avec force qu’il n’accepte pas les dires selon lesquels l’agression sexuelle fait pas partie de la culture militaire. Nous reproduisons ici le message du général Lawson.

Chers membres des Forces armées canadiennes,

À l’heure actuelle, un bon nombre d’entre vous avez lu les articles publiés dans le Maclean’s et dans L’Actualité, ou avez entendu parler d’eux, portant sur les allégations d’inconduite sexuelle au sein des Forces armées canadiennes. Je suis certain que vous étiez aussi troublés que moi de la caractérisation du rôle de la chaîne de commandement en ce qui concerne le traitement des allégations énoncées dans ces articles. Par la présente, je souhaite mettre plusieurs choses au clair.

Tout d’abord, il ne peut y avoir d’ambiguïté : l’agression sexuelle est un crime ainsi qu’un manquement au Code de discipline militaire, et je m’attends vraiment à ce que la chaîne de commandement remplisse ses obligations juridiques et éthiques quant à la gestion minutieuse toute plainte d’inconduite. Cette gestion comprend le soutien adéquat à ceux et celles qui portent plainte. Il doit être clair pour tous les membres des FAC qu’ils peuvent rapporter tout incident d’inconduite, et qu’ils seront appuyés par leur chaîne de commandement sans crainte de représailles.

Ensuite, comme je l’ai indiqué dans ma déclaration publique, je n’accepte pas les dires selon lesquels ce type de comportement fait partie de notre culture militaire. Comme militaires représentant la société canadienne, nous devons maintenir les plus hautes normes professionnelles et normes d’éthique en tout temps. Il nous incombe, à tous les niveaux de la chaîne de commandement, d’assurer la dignité et la sécurité de l’ensemble de l’Équipe de la Défense.

Dernièrement, nous avons entamé un examen de nos politiques et de nos procédures afin de mieux nous assurer que nous avons tout en place pour favoriser un milieu de travail sain et sûr pour tous les militaires, pour encourager le signalement, sans restriction, de tout incident d’inconduite, y compris les incidents d’inconduite sexuelle.

Notre devoir ne laisse aucun doute et je vous fais confiance pour assurer le développement d’un milieu de travail sécuritaire, maintenant, et à l’avenir. Il s’agit d’une question de leadership et je m’attends à ce que tous et toutes contribuent, du CEMD à nos nouvelles recrues.

Selon les chiffres dont fait état le reportage qui a déclenché cette tempête, depuis 2000, il y a en moyenne 178 plaintes pour agressions sexuelles par an dans les Forces armées canadiennes. «Les spécialistes s’accordent pour dire que des centaines d’autres cas sont passés sous silence. Si on considère que moins d’une agression sexuelle sur 10 est divulguée aux autorités, comme l’estime Statistique Canada, on dénombrerait un total de 1.780 incidents par année dans les Forces. Cinq par jour», ont écrit les auteurs du reportage.

«Femmes. Hommes. Cadets. Soldats. Techniciens. Pilotes. Marins. Ingénieurs. Militaires du rang ou officiers étoilés. Aucun métier, aucun grade, aucune base au pays n’y échappent», affirment les deux journalistes.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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