Les Canadiens ont un gouvernement qui néglige les familles de nos militaires

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Le fait que la vie militaire peut être éprouvante pour les familles n’est un secret pour personne. Le stress lié au fait de devoir gérer un ménage seul pendant que son conjoint ou sa conjointe est déployé, la crainte pour la sécurité d’un proche qui est parti en mission, le sacrifice des possibilités de carrière, laquelle souffre des déménagements fréquents dans tout le pays, et les perturbations liées à ces déménagements : ce ne sont là que quelques-unes de leurs difficultés. Il est donc normal que le gouvernement fasse tout son possible pour appuyer les proches des militaires en réduisant ces contraintes dans la mesure du possible. Malheureusement, il n’offre pas aux familles des militaires le soutien et les services dont elles ont besoin.

Récemment, le major Marcus Brauer a fait connaître publiquement sa lutte pour que le gouvernement le dédommage du coût total de son déménagement de Bon Accord (Alberta) à Halifax (Nouvelle-Écosse), en 2010. Le problème réside dans ce qui s’appelle le Plan de garantie de remboursement des pertes immobilières, qui vise à empêcher un membre des Forces armées de perdre de l’argent quand il doit vendre sa maison pour déménager. Le Plan couvre habituellement 80 % des pertes, jusqu’à concurrence de 15.000 $. Cependant, il couvre la totalité des pertes si la maison est située dans une région où le marché est «déprimé», c’est-à-dire dans des communautés où le prix des maisons baisse de plus de 20 %.

Le problème, c’est que le gouvernement détermine seul si un marché est «déprimé» en examinant les données générales des grandes régions métropolitaines, et non les prix qui prévalent dans les petites collectivités. Ainsi, alors que le prix des maisons a chuté à Bon Accord, à Edmonton, il est resté suffisamment élevé pour contrebalancer cette baisse. Dans le cas du major Brauer, sa famille a perdu 88.000 $ lors de la vente de sa maison. Cependant, le gouvernement ne lui remboursera que 15.000 $ sur ce montant. Aujourd’hui, le major Brauer est endetté de 73.000 $ et doit vendre des meubles et ramasser des bouteilles pour joindre les deux bouts. Il fait également appel au public pour recueillir 20.000 $ pour payer ses frais juridiques afin de pouvoir poursuivre son action en justice contre le gouvernement.

Sur les 146 familles qui ont réclamé une indemnisation complète jusqu’à maintenant, aucune n’a vu sa demande approuvée. Apparemment, le gouvernement ne considère aucun marché canadien comme étant «déprimé». Son approche ne fonctionne manifestement pas. Il serait logique qu’il cherche des façons différentes d’évaluer les petits marchés qui se trouvent à l’intérieur des grandes régions, alors pourquoi ne le fait-il pas?

Malheureusement, ce n’est pas la seule façon dont le gouvernement conservateur néglige les besoins des familles de nos militaires. Comme l’a signalé l’an dernier Pierre Daigle, ombudsman de la Défense nationale et des Forces armées canadiennes, les logements destinés aux familles des militaires dans les bases sont mal en point. Selon son récent rapport spécial sur Cold Lake, seulement 2,1 % des maisons sont en «bon» état. La plupart des autres maisons ne respectent même pas les codes du bâtiment provincial ou fédéral et présentent des problèmes multiples, comme la présence de moisissure ou d’amiante, des tuyaux percés, des prises de courant non mises à masse et des fenêtres à une seule vitre qui ne protègent pas les résidents du froid.

En plus de toutes les autres sources de tension, pouvez-vous imaginer essayer d’élever une famille dans une maison délabrée qui se désagrège autour de vous? Il n’est donc pas surprenant qu’un si grand nombre de familles militaires veuillent acheter leur propre maison. Cependant, lorsqu’elles sont affectées ailleurs, elles doivent la vendre et déménager, même si les conditions du marché leur sont défavorables. Elles «ont l’impression d’avoir dû se battre bec et ongles pour obtenir les indemnités auxquelles elles avaient droit».

Les voix les plus fortes au chapitre de l’incapacité du gouvernement conservateur d’aider les membres des Forces armées viennent peut-être directement des familles. Comme l’a noté Mme Heather Allison, mère d’une technicienne médicale des Forces armées canadiennes ayant participé à deux déploiements en Afghanistan, quand elle a témoigné devant le Comité permanent de la défense nationale en juin dernier: «Nous sommes fiers, et nous sommes fiers de tout ce qu’elle fait. Mais nous ne sommes pas fiers de la façon dont elle est traitée ni de la façon dont se font traiter les personnes comme elle. Elle glisse entre les mailles du filet. J’entends cela chaque fois que je parle à des parents.»

Les Canadiens attendent de leur gouvernement qu’il prenne soin des hommes et des femmes des Forces armées canadiennes, qui consacrent leur carrière à servir notre pays. Comme Mme Allison l’a si bien dit: «La chose ne devrait pas être aussi difficile. La responsabilité ne devrait pas m’incomber. Elle devrait incomber aux Forces et au gouvernement – et aux Canadiens —, qui devraient veiller à ce qu’on s’occupe bien de nos enfants lorsqu’ils reviennent à la maison.» Je suis tout à fait d’accord.

Le gouvernement conservateur est si pressé de mettre fin à sa série de sept déficits consécutifs et d’équilibrer le budget avant les prochaines élections qu’il réalise des compressions énormes au ministère de la Défense nationale et dans les Forces armées canadiennes, et ce, sans penser aux conséquences engendrées par ces compressions pour les familles des militaires. Ces économies de bouts de chandelles doivent cesser pour nos soldats.