Nicholson et Lawson piqués au vif par un reportage-choc sur les agressions sexuelles

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Le ministre de la Défense nationale Rob Nichsolson et le général Tom Lawson, à Ottawa, le 18 mars 2014. (Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)
Le ministre de la Défense nationale Rob Nichsolson et le général Tom Lawson, à Ottawa, le 18 mars 2014. (Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Suite à un reportage choc de Noémi Mercier et Alec Castonguay paru dans le magazine l’Actualité, au Québec, et le MacLean’s dans le reste du Canada sur les agressions sexuelles dans les Forces armées canadiennes, le ministre de la Défense Rob Nicholson et le chef d’État-major de la Défense Tom Lawson, piqués au vif, ont réagi avec une force inhabituelle et promis de faire bouger les choses.

Le 22 avril, paraissait dans ces deux magazines un reportage-choc intitulé «Crimes sexuels: le cancer qui ronge l’armée canadienne» où les deux journalistes faisait état de l’ampleur insoupçonnée de ce problème.

«Chaque jour, cinq personnes sont agressées sexuellement dans les Forces canadiennes», affirmaient Noémie Mercier et Alec Castonguay qui ont enquêté sur ce fléau qui touche l’institution militaire depuis des années, et «auquel aucun remède n’a encore été trouvé, malgré les efforts», disent-ils.

Selon les chiffres obtenus par les deux journalistes, depuis 2000, il y a en moyenne 178 plaintes pour agressions sexuelles par an dans les Forces armées canadiennes. «Les spécialistes s’accordent pour dire que des centaines d’autres cas sont passés sous silence. Si on considère que moins d’une agression sexuelle sur 10 est divulguée aux autorités, comme l’estime Statistique Canada, on dénombrerait un total de 1.780 incidents par année dans les Forces. Cinq par jour», écrivent-ils dans l’Actualité et le Maclean’s.

«Femmes. Hommes. Cadets. Soldats. Techniciens. Pilotes. Marins. Ingénieurs. Militaires du rang ou officiers étoilés. Aucun métier, aucun grade, aucune base au pays n’y échappent», affirment-ils dans l’article.

Nicholson et Lawson réagissent à l’article

Aujourd’hui, le ministre de la Défense, Rob Nicholson, à Mexico pour la rencontre trilatérale des ministres de la Défense de l’Amérique du Nord, a réagit à l’article paru le 22 avril, mais dont la version électronique venait tout juste d’être rendue disponible quand il a fait parvenir un communiqué  aux salles de rédaction du pays.

«J’ai été profondément fâché d’être mis au fait de ces allégations d’agressions sexuelles au sein des Forces armées», commence–t-il par dire dans son communiqué.

«Depuis 2006, notre gouvernement a mené le combat au nom des victimes, et a amélioré les lois du pays pour lutter contre le harcèlement sexuel. Aucun acte d’inconduite sexuelle ne sera toléré au sein des Forces armées», a-t-il martelé, ajoutant avoir «demandé au Chef d’état-major de la Défense de tirer cette affaire au clair».

Puis, moins d’une heure après l’envoi du communiqué du ministre, parvenait à la presse un deuxième communiqué, du chef d’État-major, le général Tom Lawson,cette fois, qui, à son tour, réagit avec une force inhabituelle.

«L’agression sexuelle est un crime. Il s’agit d’un acte abominable et répréhensible qui va à l’encontre de l’ensemble de l’éthos militaire. Je n’accepte d’aucune source qu’il s’agit tout simplement d’un élément de la culture militaire: ce n’est pas le cas. L’inconduite à caractère sexuelle n’est pas et ne sera jamais tolérée au sein des FAC, et il s’agit d’un message que je renforce à l’échelle de la chaîne de commandement. Nous poursuivrons vigoureusement toutes les actions en justice pour inconduite sexuelle, et nous protégerons les plaignants», commence le communiqué du chef d’État-major.

Mais, ce qui est étonnant est… qu’il se montre étonné. «À la lumière de certains récents sondages qui indiquaient des tendances positives dans la culture du milieu de travail, l’article publié aujourd’hui est surprenant et troublant», dit le général Lawson.

Et il semble cette fois que ce reportage ait fait bougé les choses si on en croit la conclusion du communiqué du chef d’État-major «J’ai ordonné un examen interne immédiat de nos politiques et de nos programmes relatifs au milieu de travail, et un engagement de la direction. De plus, je tiendrai compte des options d’examens externes».

Un ministre de la Défense canadien en visite à Mexico qui répond à une question domestique avant même qu’on ne la lui pose et un chef d’État-major qui réagit moins d’une heure après, on ne voit pas ça souvent.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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