Observateurs capturés à Slaviansk: pas de libération sans échange de prisonniers

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Le leader séparatiste Viatcheslav Ponomarev le 26 avril 2014 à Slaviansk (Vasily Maximov/AFP)
Le leader séparatiste Viatcheslav Ponomarev le 26 avril 2014 à Slaviansk (Vasily Maximov/AFP)

Les 12 membres de la mission (13 moins un car leur chauffeur a depuis été relâché) capturés vendredi sont des «prisonniers de guerre», et «ne seront libérés qu’en échange de nos propres prisonniers» a déclaré ce dimanche 27 avril le leader pro-russe et «maire populaire» de Slaviansk, Viatcheslav Ponomarev.
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Mise à jour au 27/04/2014 à 14h42

L’un des huit observateurs militaires, l’observateur suédois qui souffre de diabète, a été libéré dimanche soir(heure de Slaviansk) pour des raisons de santé et a quitté son lieu de détention, la mairie de Slaviansk, accompagné par deux négociateurs de l’OSCE.

Après la libération du membre suédois et celle du chauffeur un peu plus tôt,  ne reste plus que six officiers, trois Allemands, un Polonais, un Tchèque et un Danois, ainsi qu’un traducteur. Aucune information n’a toutefois été donnée sur les quatre Ukrainiens qui les accompagnaient initialement.

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En outre, de l’aveu du président en exercice de l’OSCE lui-même, il ne s’agit pas de membres de la mission spéciale de surveillance prvue à l’accord de Genève du 17 avril, mais d’observateurs invités par les autorités de Kiev elles-mêmes.

Les huit observateurs militaires étrangers capturés — les quatre autres sont ukrainiens — ont été présentés aux médias lors d’une conférence de presse à la mairie occupée par les pro-Russes. Habillés en civil, ils n’avaient apparemment pas été maltraités.

En outre, aux yeux des rebelles de Slaviansk, la mission des militaires capturés vendredi n’a rien à voir avec la mission de l’OSCE déployée en Ukraine.

Ponomarev a toutefois rejeté le terme d’«otage», qu’avait utilisé le secrétaire d’État américain John Kerry. Les observateurs «ne sont pas nos otages, ce sont nos invités», a-t-il affirmé.

Pour l’instant, le sort des observateurs détenus maintenant depuis deux jours reste donc incertain, en dépit des nombreux appels à leur libération, y compris de Moscou, alors qu’une mission de l’OSCE est attendue dans la journée sur place pour des négociations.

Leur sort semble toutefois lié à celui des activistes pro-russes aux mains des autorités de Kiev. «Ils sont en prison, ce sont des officiers de l’OTAN», avait déjà déclaré le leader pro-russe local Viatcheslav Ponomarev hier, ajoutant «Ils sont entrés sur notre territoire sans notre permission», alors qu’un autre responsable des insurgés les avait qualifiés d’«espions» précisant qu’ils ne seraient libérés qu’en échange de «leurs propres prisonniers».

Et encore aujourd’hui, à la conférence où il a présenté les militaires capturés vendredi à la presse, le leader pro-russes a répété «Dans notre ville, qui se trouve en situation de guerre, tout personnel militaire qui n’a pas notre permission est considéré comme prisonnier de guerre», disant clairement qu’«Ils ne seront libérés qu’en échange de la libération de militants pro-russes arrêtés par les autorités ukrainiennes».

Par ailleurs, trois officiers ukrainiens, accusés d’espionnage, ont été arrêtés et sont également détenus à Slaviansk, a déclaré le leader pro-russe.

On a pu voir à la télévision russe a montré des images de trois hommes sans pantalons, les yeux bandés et scotchés, et qui ont montré à la caméra leurs pièces d’identité.

Pas des membres de la mission spéciale de l’OSCE

Même si le colonel allemand Axel Schneider a déclaré ce matin au nom du groupe «Nous sommes des officiers de l’OSCE avec un statut diplomatique»,  les observateurs  des pays de l’OSCE  maintenant détenus ne se trouvaient pas à Slaviansk où ils ont été arrêtés  dans le cadre de la mission spéciale de l’OSCE prévue  dans l’accord-cadre de Genève accepté par les Russes, les Américains, les Européens et les Ukrainiens  le 17 avril dernier.

Le président en exercice de l’OSDCE, Didier Burkhalter a déclaré que les observateurs arrêtés vendredi à Slaviansk n’étaient pas des membres de la mission de surveillance spéciale ou de la mission d’observation des élections, mais avaient plutôt été envoyés en Ukraine par les différents États membres de l’OSCE en conformité avec le Document de Vienne de 2011 sur les mesures de confiance et de renforcement de la sécurité .

Les observateurs se seraient alors dirigés vers les régions du sud-est sans bien avertir les organismes publics qui contrôlent la situation dans la région, aurait aussi admis le président de l’OSCE, selon le chef de la diplomatie du Kremlin, qui s’est entretenu avec lui au téléphone.

Le sort des pro-russes aux mains de Kiev dans la balance

Pendant ce temps, Moscou presse aussi l’OSCE d’user de son influence pour obtenir également de Kiev la libération de tous les prisonniers politiques, sans toutefois en faire une condition pour la libération des observateurs militaires capturés à Slaviansk.

Dans une conversation téléphonique entre le ministre suisse des Affaires étrangères et président en exercice de l’OSCE, Didier Burkhalter, samedi 26 avril, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a abordé la question des arrestations à caractère politique de militants dans le Sud-Est de l’Ukraine et lui a demandé de faire pression pour leur plus rapide libération .

Burkhalter a pour sa part souligné au chef de la diplomation russes que l’OSCE avait un accès sécurisé au «gouverneur populaire» de la région de Donetsk, Pavel Gubarev, et allait une note sur son état de santé après la visite prévue pour le 26 Avril.

Jeudi 24 avril, le ministre Lavrov avait déclaré que Moscou avait envoyé des lettres officielles à l’OSCE et au CICR demandant un accès immédiat à Gubarev.

Le chef de la diplomatie russes avait en outre déclaré dans une interview à la chaîne de télévision RT le 23 avril que malgré «un accord sur l’amnistie pour les prisonniers politiques [dans l’accord-cadre du 17 avril à Genève, ndlr]le «gouverneur du peuple» de la région de Donetsk, Pavel Gubarev est en prison.«Gubarev jamais saisi bâtiments», a souligné Lavrov. »Il a été arrêté uniquement pour ses appels à un référendum sur la fédéralisation [de l’Ukraine].Gubarev est un prisonnier politique», de conclure le ministre russe.

Le ministre russe des Affaires étrangères a aussi attiré l’attention du président de L’OSCE sur les nombreuses autres arrestations de militants dans le Sud-Est pour des raisons politiques et lui a demandé de faire pression pour obtenir l’accès aux prisonniers et, finalement, pour leur libération la plus rapide.

Burkhalter a dit qu’il espérait obtenir la liste complète de manifestants arrêtés dans les régions du sud-est afin qu’il puisse prendre les mesures nécessaires.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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