Poutine, la crise en Ukraine et l’Europe: chantage au gaz!

Réunion du gouvernement russe jeudi 10 avril à Moscou sur les questions économiques posées par la crise ukrainienne (Présidence russe)
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Réunion du gouvernement russe jeudi 10 avril à Moscou sur les questions économiques posées par la crise ukrainienne (Présidence russe)
Réunion du gouvernement russe jeudi 10 avril à Moscou sur les questions économiques posées par la crise ukrainienne (Présidence russe)

S’il est impossible de trouver une issue à la crise, préparez-vous à vous passer de nous, tout comme nous nous préparons à nous passer de vous, menace ce jeudi 10 avril le chef du Kremlin l’Ukraine et l’Europe dont plus du tiers du gaz provient de la Russie, notamment via l’Ukraine.
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Mise à jour au 11/04/2014 à 10h17

La Russie compte remplir ses obligations de livraisons de gaz vers les pays européens, sans pouvoir garantir le transit par le territoire ukrainien qui dépend de Kiev, a déclaré vendredi le président russe Vladimir Poutine.

«Nous garantissons le respect en totalité de nos obligations envers les consommateurs européens. La question n’est par pour nous. La question, c’est la garantie du transit à travers l’Ukraine», a déclaré le chef du Kremlin lors d’une réunion du Conseil de Sécurité russe.

Environ 13% du gaz consommé dans l’Union européenne transite par le territoire ukrainien.
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la dépendance énergétique de l’Europe au gaz russe (Infographie/Itar-Tass)

Le gouvernement russe examine aujourd’hui comment la Russie pourra si cela s’avère nécessaire, remplacer les produits manufacturés qu’elle achetait de l’Ukraine, alors que le président russe Vladimir Poutine écrit en outre aux dirigeants européens pour les avertir des risques pesant sur les livraisons de gaz russe du fait de la crise ukrainienne.

Hier, 9 avril, à une réunion de son gouvernement, le président russe Vladimir Poutine avait mis en garde l’Ukraine sur les livraisons de gaz russe, que Kiev refuse de payer au tarif actuel, et avertit que le soutien de Moscou à l’économie de l’ex-république soviétique ne pouvait pas durer «éternellement».

Kiev, qui a accumulé 2,2 milliards de dollars d’impayés, refuse l’augmentation des prix décidée par Moscou.

Poutine avait aussi, soulignant que les autorités en place à Kiev ne sont que provisoires, appelé mercredi les autorités ukrainiennes intérimaires à ne «rien commettre d’irréparable», rappelant en outre qu’au dernier sommet UE-Russie à Bruxelles les Européens et les Russes avaient convenu de se consulter sur l’impact économique considérable de l’accord UE-Ukraine.

La Russie, l’UE et l’Ukraine doivent tenir des consultations urgentes pour garantir les livraisons et le transit de gaz russe, insiste aujourd’hui Vladimir Poutine dans sa lettre adressée à 18 dirigeants européens, alors que près de la moitié des livraisons de gaz russe vers l’Europe transitent par les gazoducs ukrainiens.

«Il y a une seule solution du problème. Il faut tenir d’urgence des consultations au niveau des ministres de l’Economie, des Finances et de l’Energie pour élaborer des mesures conjointes de stabilisation de l’économie ukrainienne et garantir les livraisons et le transit de gaz russe conformément aux contrats. Il faut passer aux actes concrets sans tarder. Nous y appelons nos partenaires européens», écrit le chef du Kremlin.

Dans sa lettre, le président russe s’est dit aussi préoccupé par la situation autour de la dette gazière ukrainienne.

Il se dit prêt à œuvrer pour la stabilisation et la reconstruction de l’économie ukrainienne mais, souligne-t-il la Russie ne veut pas le faire «d’une façon unilatérale, mais à parité avec ses partenaires européens et compte tenu des frais qu’elle a assumés pendant longtemps, alors qu’elle était la seule à soutenir l’Ukraine».

«C’est la seule approche équitable et équilibrée et la seule approche menant à un succès», conclut le chef du Kremlin dans sa lettre.

Réunion du 10 avril sur les questions économiques

En outre, Vladimir Poutine a tenu ce jeudi 10 avril une réunion sur le remplacement des produits importés en raison de la menace de l’Ukraine de cesser ses livraisons pour un certain nombre d’industries russes, y compris le secteur de la défense, annonce le Kremlin.

Lors de la réunion d’hier avec les membres du gouvernement, le président russe avait déjà donné des instructions pour préparer une réunion qui impliquerait l’administration des plus grandes sociétés de l’industrie de la défense pour discuter de la possibilité de remplacer les produits importés d’Ukraine .

«Hier, à la réunion avec les membres du gouvernement , nous avons examiné les moyens de résoudre les problèmes qui peuvent survenir si l’Ukraine ne parvient pas à livrer certains produits pour l’industrie de la défense . Nous avons besoin de savoir si la menace est réelle et, si elle se produit, la rapidité avec laquelle les installations russes peuvent leur propre production, et à quel coût», a déclaré Vladimir Poutine selon le site du Kremlin. .

«Très probablement cela finira par profiter à L’économie et à l’industrie russes. Nous allons investir dans le développement de notre propre production», a ajouté le chef du Kremlin, précisant avoir déjà à cette fin «réuni un groupe spécifique: les membres du gouvernement qui sont responsables de ce secteur, les concepteurs en chef, directeurs de sites de production et des représentants du ministère de la Défense».

À l’issue d’une réunion avec le gouvernement mercredi, le président russe a lancé un avertissement à Kiev sur les livraisons de gaz russe, que le pouvoir ukrainien refuse de payer au tarif augmenté de 80%, et a laissé une dernière chance pour une solution négociée avant de passer aux livraisons prépayées, ce qui reviendrait à couper les livraisons si l’Ukraine ne paie pas.

Près de la moitié des livraisons de gaz russe vers l’Europe transitent par les gazoducs ukrainiens.

Sur le terrain, dans l’Est ukrainien

Pendant ce temps, cherchant une désescalade dans la pire crise Est-Ouest depuis la guerre froide, le président ukrainien par intérim Olexandre Tourtchinov a tendu jeudi la main aux insurgés pro-russes qui se sont emparés de bâtiments officiels dans l’Est du pays et y sont toujours retranchés: «Si les gens déposent les armes et libèrent les bâtiments […] nous garantissons qu’il n’y aura aucune poursuite».

Mais sur le terrain, les insurgés pro-russes renforçaient leurs barricades autour du bâtiment de l’administration à Donetsk, ville d’un million d’habitants à moins de 50 km de la frontière russe, où ils ont proclamé une «République souveraine» et, à Lougansk, les insurgés étaient toujours retranchés dans le bâtiment du SBU dont ils ont pillé l’armurerie.

Aucun mouvement de soutien massif aux insurgés ne semblait toutefois se dessiner et les pro-russes pour le moment ne tiennent que les deux bâtiments sous leur contrôle.

Lettre de Vladimir Poutine ayx dirigeants européenns-10-avril by 45eNord