Soudan du Sud: l’attaque par les rebelles de civils à Bentiu, les détails du massacre

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Le chef des rebelles au Soudan du Sud, Riek Machar (au centre), le 14 avril 2014 à Nasir (Archives/Zacharias Abubeker/AFP)
Le chef des rebelles au Soudan du Sud, Riek Machar (au centre), le 14 avril 2014 à Nasir (Archives/Zacharias Abubeker/AFP)

Le bilan des massacres par les troupes rebelles du camp de l’ancien vice-président sud-soudanais Riek Machar, qui affrontent depuis mi-décembre l’armée loyale à son rival, le président Salva Kiir, s’alourdit et l’ONU a précisé ce lundi 21 avril les détails de ces massacres mi-avril des centaines de civils sur des bases ethniques, dans la localité pétrolifère de Bentiu.

Vendredi, le Conseil de sécurité avait déjà condamné les récentes attaques par des groupes armés au Soudan du Sud qui ont délibérément visés des civils des sites de la Mission des Nations Unies à Bor, dans l’État de Jonglei, et à Bentiu dans l’État de l’Unity . La MINUSS (Mission des nations unies au Soudan du Sud) avait également condamné l’attaque contre son site à Bor qui abrite près de 5000 civils déplacés.

On ne connaissait pas encore vendredi le nombre exact de personnes tuées et blessées lors de ces attaques, mais, aujourd’hui, l’ONU annonce que les forces pro-Machar ont tué plus de 200 personnes dans une mosquée et plusieurs autres dans une église, des bâtiments évacués de l’ONU et à l’hôpital de Bentiu, capitale de l’État pétrolifère et septentrional d’Unité, reprise le 15 avril aux troupes fidèles au président sud-soudanais Salva Kiir.

Quand les troupes de Riek Machar «ont pris Bentiu […] elles ont fouillé un certain nombre d’endroits où des centaines de civils sud-soudanais et étrangers avaient trouvé refuge et ont tué des centaines de ces civils après avoir établi leur appartenance ethnique ou leur nationalité», explique la MUNUSS.

«Plus de 200 civils semblent avoir été tués et plus de 400 blessés dans (une) mosquée» où des centaines de personnes avaient trouvé refuge, selon la Mission des Nations unies qui indique que les forces pro-Machar ont «séparé des individus de certaines nationalités ou groupes ethniques et les ont mis en sécurité, tandis que les autres ont été tués».

«À l’hôpital de Bentiu, des hommes, femmes et enfants Nuer ont été tués parce qu’ils se cachaient et refusaient de rejoindre d’autres Nuer célébrer l’entrée» des forces rebelles dans la localité. «Des individus d’autres communautés sud-soudanaises, ainsi que des Darfouris (habitants de la région du Darfour, dans l’ouest du Soudan) ont été spécifiquement visés et tués à l’hôpital», précise encore la MINUSS.

Toujours selon l’ONU, les troupes antigouvernementales ont également demandé à des civils qui s’étaient réfugiés à l’église catholique et dans une enceinte abandonnée du Programme alimentaire mondial (PAM) de révéler leur origine ethnique ou leur nationalité et ont tué plusieurs d’entre eux.

À la rivalité et à la lutte de pouvoir entre le président Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar,limogé en juillet 2013 et accusé d’avoir fomenté un coup d’État se greffent de vieux antagonismes ethniques entre peuple Dinka et Nuer, dont sont respectivement issus les deux hommes.

Les racines de ces rivalités remontent à la guerre civile soudanaise contre Khartoum qui a duré plusieurs décennies (1983-2005) et a débouché sur l’indépendance du Soudan du Sud en juillet 2011 et les combats, qui ont fait des milliers de morts depuis le début du conflit le 15 décembre 2013, s’accompagnent régulièrement de massacres à caractère ethnique.

*Avec AFP

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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