Syrie: nouvelles accusations d’utilisation d’armes chimiques sur fond électoral

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Le bilan des combats féroces dans la province de Hassaka (nord-est) qui opposent l'EIIL au Front Al-Nosra depuis 10 jours s'est élevé à au moins 120 morts, dont 56 pour la seule journée de samedi (OSDH)
Le bilan des combats féroces dans la province de Hassaka (nord-est) qui opposent l’EIIL au Front Al-Nosra depuis 10 jours s’est élevé à au moins 120 morts, dont 56 pour la seule journée de samedi (OSDH)

Le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, a affirmé lundi 21 en conférence de presse que les États-Unis avait des «indications évoquant l’utilisation d’un produit chimique industriel toxique» en Syrie dans un village dominé par les rebelles, et assuré travailler, avec leurs partenaires pour établir les faits sur le terrain».

«Nous avons des indications évoquant l’utilisation d’un produit chimique industriel toxique, probablement du chlore, en Syrie ce mois-ci dans le village de Kafarzita, dominé par l’opposition», a dit le porte-parole. Ces allégations s’ajoutent à celles des militants de la localité de Kafarzita et de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) qui ont accusé, le 12 avril dernier, le régime de Bachar al-Assad d’une frappe aux barils d’explosifs causant «suffocations et empoisonnements».

Le président français François Hollande, quant à lui, a indiqué posséder «quelques éléments», sans pourtant avoir de preuves quant à l’utilisation d’armes chimiques.

Rappelons qu’un accord russo-américain en septembre dernier avait permis d’éviter des frappes militaires américaines en Syrie. Le régime du président Bachar al-Assad, avait, à ce moment, promis de se départir de toute ses armes chimiques par l’entremise de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC). À ce jour, soutient l’organisme, Damas se serait départi de 65,1% de son arsenal chimique.

Le porte-parole de la Maison blanche a qualifié, dans un même temps, de «parodie de démocratie» l’élection présidentielle du 3 juin prochain en Syrie.

Changements dans les rapports de force

Afin de bien comprendre les enjeux actuels dans la région, penchons-nous sur les événements des dernières mois qui ont marqué la guerre civile syrienne.

Le 11 décembre dernier, les États-Unis et le Royaume Uni ont annoncé leur décision de suspendre l’aide non létale aux rebelles craignant que cet aide tombe aux mains de groupes djihadistes. Les combats et la profonde divisions entre groupes rebelles et djihadistes ont permis aux troupes gouvernementales de reprendre le terrain perdu et ainsi reprendre l’aéroport d’Alep en février dernier.

Le 14 mars , avec le soutien du Hezbollah, l’armée réussie à entrer dans la ville de Yabroud, un des principaux bastions rebelles.

Et le 14 avril dernier, l’armée a annoncé avoir repris Maaloula.

C’est donc avec un rapport de force favorisant le régime et de la contre-offensive gouvernementale que les élections sont annoncées. L’ASL (armée de libération syrienne), démocratique et modérée a progressivement été dominée par les forces islamistes, constituées notamment par le Front Al-Nostra et l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL).

Dans ce contexte, l’occident se montre beaucoup plus réticente à intervenir afin de soutenir la rébellion. Du coup, cette situation facilite la reconquête des territoires occupés pour Bachar al-Assad et marque un tournant dans le conflit en sa faveur.

Le journaliste Seymour M. Hersh faisait de nombreux liens entre les armes chimiques et l’implication de la Turquie dans celles-ci. Il soulignait dans son article l’intérêt de pays comme la Turquie d’influencer les événements dans la guerre civile syrienne.

C’est donc avec grande prudence que l’enquête entourant l’utilisation ou non d’armes chimiques devra être faite.

Passionné de politique, d'actualité et d'histoire depuis l'adolescence, Simon Bossé-Pelletier s'intéresse particulièrement aux relations internationales, à l'histoire militaire et au travail journalistique en situation de conflit.

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