Ukraine: les insurgés s’opposent à l’application de l’accord pour le moment

0
Vladimir Poutine a rencontré ce vendredi les membres permanents du Conseil de sécurité russe pour discuter de la situation actuelle en Ukraine  (Ptésidence russe)
Vladimir Poutine a rencontré ce vendredi 18 avril  les membres permanents du Conseil de sécurité russe pour discuter de la situation actuelle en Ukraine à la lumière des discussions de la veille à Genève (Présidence russe)

Alors que les insurgés pro-russes de l’Est de l’Ukraine demeurent inflexibles ce vendredi 18 avril, refusant pour le moment l’application de l’entente conclue à Genève pour apaiser la crise, les politiques, semblant enfin comprendre que l’agitation des derniers jours est le symptôme d’un problème plus vaste, commencent dans l’esprit de l’accord-cadre d’hier à s’attaquer à la racine du mal.

Alors qu’il était moins une, les chefs de la diplomatie ukrainienne, russe, américaine et européenne ont adopté hier un accord-cadre prévoyant notamment le désarmement des groupes armés, la libération des bâtiments publics occupés, une amnistie pour les insurgés qui n’ont pas commis de «crimes de sang» et, surtout, un dialogue national inclusif sur des réformes constitutionnelles incluant toutes les régions et les partis politiques.

Mais, barricadés dans leur QG du bâtiment de l’administration régionale de Donetsk, occupé depuis le 6 avril et où des haut-parleur diffusent l’hymne russe, les insurgés ont sèchement rejeté ce plan, ravivant le spectre de la partition ce pays de 46 millions d’habitants, frontalier de plusieurs membres de l’Union européenne et de l’Otan.

«Tourtchinov et Iatseniouk doivent d’abord quitter les bâtiments qu’ils occupent illégalement après leur coup d’État», se référant au soulèvement qui a renversé fin février un régime pro-russe, a lancé Denis Pouchiline, «ministre» du gouvernement de la «République de Donetsk» autoproclamée.

Les séparatistes, qui prévoient un référendum sur l’autonomie régionale le 12 mai, ne se sentent d’ailleurs pas liés par l’accord. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï «Lavrov, n’a pas signé en notre nom mais au nom de la Russie», a insisté M. Pouchiline.

Pendant ce temps, comprenant peut-être enfin que l’agitation des derniers jours n’est pas le problème mais le symptôme de problèmes qu’on ne peut impunément ignorer,  les dirigeants politiques ukrainiens semblent s’attaquer enfin aux racines du mal.

Le président par intérim, Olexandre Tourtchinov, et son Premier ministre, Arseni Iatseniouk, ont quant à eux tendu la main aux rebelles, promettant une importante décentralisation et un statut protecteur pour la langue russe, sans réagir à proprement parler à la fin de non-recevoir des pro-russes.

Malgré ce rejet de l’accord de Genève par les insurgés , les autorités de Kiev ont tenu à s’engager solennellement sur leur partie de l’accord, le Premier ministre Iatseniouk promettant dans une adresse à la Nation commune avec le président l’élection des exécutifs régionaux aujourd’hui nommés, des budgets locaux renforcés, un statut spécial pour le russe.

Quant à l’opération «antiterroriste» lancée cette semaine, mais  qui a jusqu’à présent tourné à la débandade, si elle n’est pas suspendue,  elle n’est toutefois plus «dans une phase active», selon les services spéciaux ukrainiens (SBU).

«Décentralisation» ou « fédéralisation»

De son côté, l’ambassadeur de la Russie auprès de l’Union européenne, Vladimir Chizhov,  a déclaré sur la chaîne de télévision Rossiya 24 aujourd’hui que la Russie part du principe que l’Ukraine a besoin d’une profonde réforme constitutionnelle

Les participants aux négociations de Genève sur l’Ukraine ont déjà pris des mesures pour élargir les pouvoirs des autorités régionales ,  a souligné l’ambassadeur de ajoutant qu’il importait peu que le résultat final soit  appelé «fédéralisation» ou «décentralisation».

«L’Ukraine et son peuple méritent une meilleure constitution que celle qui est modifié par chaque nouveau président», a dit Vladimir Chizhov . «Le travail qui a été fait à Kiev , jusqu’à récemment, est la mauvaise voie . Une réforme ne peut réussir que si elle tient compte de l’avis de toutes les régions  et de tous les partis politiques d’un pays […] Et une telle réforme devrait être effectuée sur la base des résultats du référendum »

L’ambassadeur russe à l’Union européenne estime qu’il n’y a aucun moyen d’éviter de tenir un référendum. La question, pour lui, n’est pas le référendum, inévitable, mais sa nature et son «format». « Les régions de l’Est insistent qu’il doit être tenu au niveau régional . Ceci est une tâche difficile. Alors, attendons devoir quelle solution sera trouvée par les Ukrainiens»,  a noté le diplomate.

«En ce qui concerne la fédéralisation , la première étape dans ce sens a déjà été fait », a observé l’ambassadeur. » […] tous les signataires des documents de Genève ont convenu que la décentralisation était nécessaire», a-t-il souligné . «Ce qui importe n’est pas comment appeler cette solution [ «fédéralisation» ou «décentralisation», ndlr] mais comment la mettre en œuvre ».

«Il est vital que cette décision soit adoptée ouvertement , en toute transparence soit acceptée dans toutes les régions du pays», a conclu l’ambassadeur russe.

Les troupes russes restent à la frontière

Pendant ce temps, Vladimir Poutine a rencontré ce vendredi les membres permanents du Conseil de sécurité russe pour discuter de la situation actuelle en Ukraine à la lumière des discussions de la veille à Genève et de l’accord-cadre qui a été adopté.

Participaient à la réunion, notamment, le Premier ministre Dmitri Medvedev, les présidents des deux Chambres du Parlement russe, le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov,  le ministre de la Défense Sergueï Choïgou.

De son côté, le porte-parole du président russe Dmitri Peskov, cité par l’agence russe Ria-Novosti, a déclaré que la Russie a le droit de déployer ses troupes à la frontière avec l’Ukraine où un «coup d’État» a eu lieu en février.

«La Russie refuse d’être tenue pour seule responsable du respect de l’accord de Genève sur l’Ukraine comme essaient de le faire les Occidentaux, et juge inacceptables les menaces de nouvelles sanctions américaines», a aussi déclaré  le porte-parole du Kremlin.

«Nos troupes se trouvent dans plusieurs régions. Il y a notamment des troupes près de la frontière ukrainienne. Certaines unités y sont cantonnées en permanence, d’autres y ont été envoyées en réaction aux événements en Ukraine, un pays où un coup d’Etat militaire vient de se produire», a dit le porte-parole, ajoutant que «n’importe quel pays prendrait des mesures de prévention spéciales pour garantir sa sécurité».

Toutefois, la Russie n’a aucun désir d’envoyer des troupes en Ukraine, a bien insisté jeudi à Genève le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

«Nous n’avons aucun désir d’envoyer des troupes en Ukraine, dans un pays ami, sur le territoire d’un peuple frère. Cela est contraire aux intérêts fondamentaux de la Fédération de Russie», a indiqué le chef de la diplomatie russe.

Pendant ce temps, d’ici à qu’une véritable solution soit trouvée aux problèmes des revendications des  russophones de l’Est ukrainiens, les forces pro-russes contrôlent toujours la localité de Slaviansk, qu’ils ont prise il y a six jours, et les pro-russes, simples manifestants ou groupes armés, tiennent toujours des bâtiments publics dans plus d’une demi-douzaine de villes de l’Est russophone.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.