Ukraine: le chaos s’étend, Moscou avertit de retombées sur les sociétés occidentales

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Un soldat ukrainien tient un fusil d'assaut à un poste de contrôle près de la ville de Slaviansk en Ukraine le 29 avril 2014 (Vassili Maximov/AFP)
Un soldat ukrainien tient un fusil d’assaut à un poste de contrôle près de la ville de Slaviansk en Ukraine le 29 avril 2014 (Vassili Maximov/AFP)

Le chaos continuait de s’étendre mardi dans l’Est de l’Ukraine, où des pro-russes ont pris des bâtiments officiels à Lougansk, tandis que Vladimir Poutine a averti que les nouvelles sanctions américaines et européennes pourraient affecter les entreprises énergétiques occidentales.

Parlant à la télévision, le numéro un russe a également dit espérer la libération prochaine des observateurs de l’OSCE (l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), retenus par des rebelles pro-russes en Ukraine.

«Si cela continue, nous allons bien entendu devoir penser comment [les sociétés étrangères]travaillent dans la Fédération russe, notamment dans des secteurs clefs de l’économie russe comme l’énergie», a déclaré M. Poutine, assurant qu’il n’y avait «ni formateurs russes, ni unités spéciales, ni troupes» russes en Ukraine.

«J’espère que ce conflit sera résolu et qu’ils seront capables de quitter librement le territoire», a encore dit M. Poutine.

À Lougansk, chef-lieu régional d’environ un demi-million d’habitants, des milliers de manifestants pro-russes se sont emparés mardi après-midi de la préfecture régionale, sur lequel ils ont hissé le drapeau russe, a constaté un journaliste de l’AFP.

«Nous ne voulons pas de cette junte de nazis qui a pris le pouvoir à Kiev. Moi, je veux que mes enfants et mes petits-enfants grandissent en Russie !», a commenté une ingénieure à la retraite qui assistait à la scène.

Un grand nombre d’entre eux se sont ensuite dirigés vers le siège régional de la police de Lougansk qu’ils ont pris d’assaut, recevant l’appui d’une trentaine d’hommes armés de kalachnikovs et de lance-roquettes.

Dans la soirée, les policiers ukrainiens assiégés ont abandonné leur QG et leurs armes aux manifestants pro-russes, selon un journaliste de l’AFP.

Les bâtiments de la télévision publique et du parquet ont également été saisis, selon des témoins.

Au même moment à Kiev, le président ukrainien par intérim Olexandre Tourtchinov dénonçait «l’inaction», voire la «trahison» des forces de l’ordre dans l’Est de l’Ukraine.

«Les événements dans l’Est ont illustré l’inaction, l’impuissance et parfois la trahison criminelle des forces de l’ordre dans les régions de Donetsk et de Lougansk», a-t-il déclaré dans un communiqué.

Au total, les forces pro-russes occupent des bâtiments officiels (mairie, siège de la police et des services de sécurité) dans une douzaine de villes de l’Est.

Carte de l’est de l’Ukraine avec les villes saisies ou partiellement occupées par les séparatistes pro-russes (I. de Vericourt/J.Jacobsen/AFP)
Selon les médias ukrainiens, des manifestants pro-russes se sont également emparés de la mairie de la ville de Pervomaïsk, proche de Lougansk. Lundi, des militants pro-russes s’étaient emparés de celle de Kostiantynivka où ils ont hissé le drapeau de la «république de Donetsk».

Des «progrès significatifs» ont cependant été accomplis à Slaviansk dans les négociations en vue d’une libération des observateurs de l’OSCE détenus depuis vendredi par des pro-russes, a déclaré à la presse le leader séparatiste de ce bastion rebelle de l’Est, Viatcheslav Ponomarev.

«Une issue positive» est en vue «dans les plus brefs délais», a-t-il ajouté alors que le secrétaire général de l’Organisation, Lamberto Zannier, se trouvait mardi à Kiev pour des entretiens avec les autorités ukrainiennes sur le sort des observateurs – sept étrangers et quatre Ukrainiens.

Les rebelles de Slaviansk détiennent également depuis dimanche trois officiers ukrainiens, qu’ils accusent d’espionnage.

L’ambassade des États-Unis à Kiev s’était indignée plus tôt mardi de ce qu’elle a qualifié d’actes de «terrorisme».

«Nous condamnons les enlèvements par les séparatistes d’observateurs ukrainiens et internationaux, dont certains ont été sauvagement battus […] C’est du terrorisme pur et simple», selon un communiqué.

Cosmonautes américains «exposés»

À Moscou, plusieurs hauts responsables ont vigoureusement dénoncé les nouvelles sanctions infligées par les Occidentaux.

«Nous rejetons les sanctions quelles qu’elles soient, et en particulier les sanctions adoptées par les États-Unis et l’Union européenne, contre tout bon sens, concernant les événements en Ukraine», a lancé mardi le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, en visite à La Havane.

«C’est le retour du système créé en 1949, quand les pays occidentaux avaient abaissé le Rideau de fer sur les livraisons d’équipements de haute technologie à l’URSS et à d’autres pays», s’est indigné de son côté le vice-ministre des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov.

«S’ils veulent frapper le secteur russe des fusées, ils vont automatiquement, par rebond, exposer leurs cosmonautes de la Station spatiale internationale (ISS)», a pour sa part remarqué un troisième haut responsable, le vice-Premier ministre Dmitri Rogozine.

Les vaisseaux russes Soyouz sont, depuis l’arrêt des navettes spatiales américaines, le seul moyen d’acheminer et de rapatrier les équipages de l’ISS.

De son côté, le géant énergétique Gazprom a averti mardi la communauté financière des risques que font peser la crise ukrainienne et les sanctions contre Moscou sur ses profits et son cours en Bourse.

Le Journal officiel de l’Union européenne avait dévoilé plus tôt mardi la liste des personnes considérées comme étant «responsables d’actions qui compromettent ou menacent l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine», dans laquelle figurent les chefs de groupes séparatistes de l’Est ukrainien.

Le chef d’état-major de l’armée russe et le patron du renseignement militaire en font partie.

Le Japon a pour sa part décidé mardi d’interdire de visas 23 Russes.

Les Américains avaient déjà annoncé lundi des sanctions touchant sept responsables russes et 17 sociétés jugés proches du président Poutine.

Le secrétaire d’État américain John Kerry a accusé mardi la Russie de «chercher à modifier l’architecture de la sécurité de l’Europe de l’Est» en «déstabilisant» l’Ukraine.

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