Ukraine: pour éviter la détention, un journaliste anglo-canadien parle français

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Des activistes pro-russes devant un bâtiment de la police le 13 avril 2014 à Slaviansk (Genya Savilov/AFP)
Des activistes pro-russes devant un bâtiment de la police le 13 avril 2014 à Slaviansk. (Genya Savilov/AFP)

Au même moment où un journaliste américain était détenu par des pro-russes dans l’est de l’Ukraine, un journaliste du Toronto Star s’est fait arrêter à Slaviansk, dans l’est de l’Ukraine. Il a cependant pu échapper «de peu» à la détention en parlant… en français plutôt qu’en anglais, révèle le journaliste dans les pages de son journal.

Mitch Potter, journaliste canadien de langue anglaise, envoyé en Ukraine pour couvrir les derniers évènements s’est fait arrêter par «quatre civils» à Slaviansk, bastion prorusse dans l’est du pays.

Il raconte qu’il était – avec son interprète – «à quelques pas seulement du taxi quand […] quatre civils cinquantenaires – trois hommes et une femme – prorusses, apparemment en colère, nous sont tombés dessus». Ils leur ont alors demandé de montrer les «ID», leurs cartes d’identités. Sachant que le Canada est considéré comme un «gros mot» dans cette partie de l’Ukraine en raison du «leadership» antirusse affiché par la position du gouvernement Harper, Mitch Potter explique avoir laissé son passeport dans sa chambre.

N’ayant, en revanche, pas le choix que de révéler qu’il est journaliste – un autre gros mot», Mitch Potter sent que la situation est en train de dégénérer rapidement, les quatre civils criant et l’un d’eux se saisissant de son cellulaire pour passer un appel. «C’était un civil, mais apparemment il connaissait quelqu’un qui ne l’était pas», avance le journaliste, qui est alors persuadé de se retrouver rapidement en prison.

Le journaliste décide de tenter le tout pour le tout et de «jouer sa dernière carte»: «Parlez-vous français?», demande-t-il avec sa plus douce voix, expliquant être un «journaliste canadien, franco-canadien». La ruse n’aurait pas dû marcher selon lui, mais c’est malgré tout cela qui a rapidement calmé les quatre Ukrainiens en colère.

Les 30 minutes qui suivent sont un discours enflammé «pro-Poutine-contre-le-reste-du-monde». Mais peu à peu, le calme revient.

« Ma piètre maîtrise de l’autre langue officielle du Canada a été suffisante pour convaincre ces Ukrainiens exclusivement russophones (…) que nous n’étions pas ennemis. Ironie du sort, c’est le français qui a été notre ‘carte-de-sortie-de-prison’ dans une partie de l’Ukraine où la langue souffre d’un manque de reconnaissance de la part de Kiev », explique le journaliste. Un problème que le Québec -francophone- a bien connu avec le Canada anglophone.

Le problème lié aux langues russe et ukrainienne est une des sources des tensions entre ouest et est de l’Ukraine. L’interdiction de la langue russe en Ukraine par les nouvelles autorités de Kiev avait d’ailleurs mis le feu aux poudres, donnant un argument massue à Vladimir Poutine pour envahir la Crimée sous l’argument de « protection des populations russophones ». Et ce même si le président par intérim, Olexandre Tourtchinov, avait ensuite expliqué qu’il ne ferait pas entrer cette mesure en vigueur pour le moment.

Quoi qu’il en soit, après s’être « serré les mains une vingtaine de fois en 15 minutes », le journaliste canadien et son interprète sont libres. Un des quatre Ukrainiens finissant même par s’excuser, affirme Mitch Potter.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT #OpLENTUS

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