Ukraine: sept observateurs militaires enlevés par les insurgés à Slaviansk

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Des hommes armés pro-russes montent la garde devant un bâtiment officiel à Slovyansk, dans l'est de l'Ukrain(Genya Savilov/AFP)
Des hommes armés pro-russes montent la garde devant un bâtiment officiel à Slovyansk, dans l’est de l’Ukrain(Genya Savilov/AFP)

Sept observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont été capturés et sont retenus par les séparatistes à Slaviansk, bastion des insurgés pro-russes dans l’Est de l’Ukraine.

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Mise à jour au 26/04/2014 à 13h03

Une équipe de négociateurs de l’OSCE est en route vers l’est de l’Ukraine pour tenter d’obtenir la libération des observateurs détenus à Slaviansk, a-t-on appris samedi de source gouvernementale allemande.

L’organisation a aussi annoncé qu’elle était en contact avec toutes les parties concernées, mais qu’aucun contact direct n’avait pu être établi avec les observateurs.

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Finalement, selon les insurgés qui les ont capturées, les 13 personnes arrêtées vendredi à Slaviansk sont bien  8  observateurs militaires étrangers (et non pas 7), 4 militaires ukrainiens et un chauffeur.

Les observateurs étrangers sont quatre Allemands, un Tchèque, un Danois, un Polonais et un Suédois. Leur lien avec la mission de l’OSCE n’est pas clair.

«Ils sont en prison, ce sont des officiers de l’OTAN», a déclaré le leader pro-russe local Viatcheslav Ponomarev, ajoutant «Ils sont entrés sur notre territoire sans notre permission», a-t-il ajouté, alors qu’un autre responsable des insurgés qui les a qualifiés aussi d’«espions» a dit dans la matinée qu’ils ne seraient libérés qu’en échange de «leurs propres prisonniers».

Le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier, est intervenu auprès de son homologue russe Sergueï Lavrov pour que la Russie fasse pression sur les rebelles afin que «l’équipe de l’OSCE soit immédiatement libérée» et la Russie a promis de «prendre toutes les mesures possibles».

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Mise à jour au 25/04/2014 à 14h00

L’équipe d’observateurs enlevée n’est pas celle de l’OSCE à proprement parler, nuance l’OSCE, mais plutôt une équipe envoyée par différents États en vertu des Conventions de Vienne à la demande de l’Ukraine. L’équipe de l’OSCE, quant à elle, est saine et sauve.

Les observateurs militaires enlevés sont quatre Allemands, un Tchèque, un Danois, Danemark, un Suédois et un Polonais.
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«Des inconnus ont arrêté à 11h40 locales un bus avec 13 passagers dont sept représentants de l’OSCE, cinq militaires ukrainiens et le chauffeur […] Les personnes capturées se trouvent au siège des services spéciaux locaux», a dit le ministère ukrainien de l’Intérieur dans un communiqué.

Le 17 avril, à une réunion quadripartite à Genève entre la Russie,l’Ukraine, l’Union européenne et les États-Unis à Genève sur la crise ukrainienne a été adopté un accord-cadre prévoyant, notamment, que toutes les forces irrégulières devaient déposer leurs armes, les bâtiments saisis remis à leurs propriétaires légitimes et toutes les rues occupées , ainsi que les places et espaces publics dans les villes d’Ukraine doivent être libérés.

Pour assurer la mise en œuvre de toutes ces mesures, était prévue une commission de suivi de l’OSCE déployée en Ukraine avec pour mandat de désamorcer la crise, d’aider les Ukrainiens eux-mêmes , les autorités et les communautés locales dans les régions ukrainiennes à mettre en œuvre ces mesures de désescalade.

C’est ainsi que l’OSCE mène actuellement une mission d’observation militaire, à laquelle participe le Canada, chargée de faire rapport de la situation politique et de la situation en matière de sécurité en Ukraine.

Négociations en cours pour leur libération

«Des négociations sont actuellement en cours avec les pro-russes. Ils ont refusé de libérer les otages en disant qu’ils devaient communiquer avec les organes compétents de la Fédération de Russie», a également indiqué le ministère ukrainien.

Le leader séparatiste de Slaviansk, Viatcheslav Ponomarev, prétend de son côté qu’il y avait dans ce bus «une personne qui travaille pour l’État-major ukrainien». «C’est un espion», a-t-il accusé.

Le ministre des Affaires étrangères suédois Carl Bildt s’est dit pour sa part «extrêmement inquiet» après «la capture d’observateurs de l’OSCE dont un Suédois dans l’Est de l’Ukraine» et réclamé leur «libération immédiate» sur son compte Twitter.

L’évaluation de la situation jusqu’ici

La mission de l’OSCE dans  cette région comprend des représentants des forces armées de l’Allemagne, de la République tchèque, du Danemark, de la Suède et de la Pologne.

Le groupe d’observateurs militaires de l’OSCE, arrivé fin avril dans l’Est ukrainien, a eu le temps d’évaluer la situation dans plusieurs villes, notamment, à Kharkiv, Lougansk et Donetsk .

Interrogé par des journalistes sur la concentration de troupes ukrainiennes dans la région, le chef de la mission, le colonel allemand Axel Schneider, a répondu, il y a quelques jours, «Je ne peux actuellement pas dire que la concentration des forces armées ukrainiennes dans la région de Donetsk contredit les accords et les normes internationales».

De Donetsk, l’équipe s’est ensuite rendue à Sloviansk , en passant sur ​​le chemin par plusieurs points de contrôle gardés,soit par la police ukrainienne, soit par des opposants non armés ou armés du gouvernement central, indiquait le 23 avril le dernier rapport de l’équipe d’observateurs.

Le bâtiment de l’administration de la ville dans Sloviansk est resté solidement fortifiée par des sacs de sable et il estoccupée par plusieurs personnes, a constaté la mission. Le poste de police et le bâtiment SBU restent également fortement protégés par des sacs de sable et gardés par un grand nombre d’hommes avec des masques, des armes automatiques ainsi que de nombreux hommes habillés en civil.

Au moment de la visite de l’équipe, deux voitures sont arrivées, mentionne le dernier rapport de la mission. L’une d’elles était une voiture de patrouille de la police ukrainienne régulière sans plaques d’immatriculation.

Extérieurement, la ville de Sloviansk semble  très calme, sans manifestations visibles par la population locale, dit encore le dernier rapport d’observation. Les enfants jouaient dans une aire de jeux juste à côté du bâtiment fortifié l’administration de la ville fortifiée.

Cependant, concluaient les observateurs, la ville reste sous haute surveillance, «à la fois par des hommes en uniforme et des masques, mais aussi par de nombreuses personnes en civil» et, selon un résident local, rapportent les observateurs, «les gens ont peur de discuter de leurs opinions».

De son côté, la Russie a appelé ce vendredi les autorités de Kiev à cesser toute action militaire dans l’Est de l’Ukraine, alors que l’armée ukrainienne assiège les séparatistes pro-russes dans la ville de Slaviansk, sans toutefois donner l’assaut.

En outre, Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a souligné lors d’un entretien téléphonique aujourd’hui  avec son homologue allemand, Frank-Walter Steinmeier, le rôle important de l’OSCE dans le dialogue entre les autorités de Kiev et les insurgés.

Les insurgés de Slaviansk, pour leur part, ont déclaré qu’ils ne rendraient pas la ville assiégée par l’armée ukrainienne. «Nous ne rendrons pas la ville», a afffirmé Viatcheslav Ponomarev au cours d’une conférence de presse. «Dans la mesure du possible nous allons résister. La ville est sous blocus, nous sommes prêts à la défendre», a-t-il poursuivi.

Bien mauvais augure pour la mission de surveillance des élections

Tout cela est de bien mauvais augure pour une autre mission, celle de surveillance des présidentielles ukrainiennes, où le Canada enverra jusqu’à 500 observateurs.

Depuis 2004, le Canada a dépêché des centaines d’observateurs électoraux lors de cinq élections successives en Ukraine. Lors des missions précédentes, les observateurs canadiens se sont alors retrouvés partout sur le territoire ukrainien dans qu’il n’y ait de problème mais, jamais, la situation n’a été aussi tendue que maintenant…

À un mois du scrutin, sa tenue semble pour le moins  périlleuse et les pro-russes, devant le refus du gouvernement d’Ukraine d’envisager la fédéralisation du pays, comptent bien de leur côté organiser un référendum le 11 mai pour couper les ponts avec Kiev et rejoindre la Russie comme l’ont fait les habitants de Crimée avant eux.

En réponse à une question de 45eNord.ca, lors de la téléconférence annonçant la mission canadienne de surveillance, le ministre Jason Kenney qui représentait son collègue John Baird avait toutefois affurmé que des mesures seront prises pour assurer leur sécurité dans les circonstances et assuré que le Canada n’avait nullement l’intention de les mettre en danger.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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