Utilisation du gaz sarin: possiblement fabriqué en Turquie

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Photo de l'opposition syrienne montrant des cadavres d'enfants morts, selon elle, lors d'une attaque aux armes chimiques près de Damas, le 21 août 2013 (Photo: Ammar al-Arbini/AFP)
Photo de l’opposition syrienne montrant des cadavres d’enfants morts, selon elle, lors d’une attaque aux armes chimiques près de Damas, le 21 août 2013 (Archives/Ammar al-Arbini/AFP)

Le London Review of Books a publié dimanche un article choc de Seymour M. Hersh affirmant que le gaz sarin utilisé lors du bombardement en août dernier à Ghouta, en banlieue de Damas, serait d’origine turque.

Ce bombardement a failli provoquer une intervention militaire internationale pilotée par les États-Unis.

En effet, suite au bombardement au gaz sarin le 21 août 2013, le président américain Barack Obama avait déclaré que le gouvernement de Bachar al-Assad avait dépassée «la ligne rouge» fixée en 2012 concernant l’usage d’armes chimiques et qu’une intervention était nécessaire afin de protéger les civils.

Cependant, à deux jours de la date prévue du bombardement, Obama déclara qu’il devait préalablement demander l’approbation du Congrès, puis accepta l’offre d’Assad qui affirmait notamment qu’il renoncerait à ses armes chimiques et qu’il autoriserait la venue d’inspecteurs de l’ONU afin de procéder au désarmement.

L’origine de ce changement de ton, affirme Hersh, prend racine à Porton Down, un laboratoire de la défense qui avait réussi à obtenir un échantillon du gaz sarin utilisé lors de l’attaque du 21 août. Les analyses démontrèrent que le gaz ne concordait pas avec les stocks que possédait l’armée syrienne.

Le premier ministre turc est connu pour avoir donné son support à plusieurs groupes de rebelles et notamment à la faction djihadiste Al-Nosra. Et l’on sait également qu’une dizaine de membres de ce groupe ont été arrêtés au sud de la Turquie par la police locale avec en leur possession deux kilogrammes de sarin. La DIA [defense intelligence agency] considère que ces arrestations sont la preuve que al-Nosra tente d’élargir son ravitaillement en armes chimiques. Hersh renchérit dans son article en affirmant qu’une source proche de l’ONU faisait d’évidents liens avec l’opposition syrienne et l’attaque au gaz dans le village de Khan Al-Assal.

L’auteur démontre également que la Turquie avait la volonté d’utiliser et manipuler les événements en Syrie. Il mentionne un enregistrement qui s’est retrouvé sur YouTube quelques jours avant les élections. Il est question d’une false-flag operation qui justifierait une incursion turque en Syrie. Ainsi la Turquie aurait voulu provoquer des frappes aériennes ou même une invasion terrestre afin d’aider les rebelles de plus en plus divisés et incapable de battre à eux-seuls l’armée syrienne de Bachar al-Assad.

Hersh croit que l’ingérence turque dans la guerre civile syrienne n’est pas prêt d’arrêter. Il a interrogé un ancien responsable du renseignement qui croit que nous sommes coincés puisque la Turquie est membre de l’OTAN et qu’elle est un cas spécial. Si l’OTAN dévoile l’implication d’Erdogan concernant les gaz, nous nous risquons de mettre en colère cet allié essentiel à l’OTAN dans la région.

Passionné de politique, d'actualité et d'histoire depuis l'adolescence, Simon Bossé-Pelletier s'intéresse particulièrement aux relations internationales, à l'histoire militaire et au travail journalistique en situation de conflit.