Le Venezuela à la croisée des chemins

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Une Vénézuélienne s'est peint le drapeau national sur le visage, pour manifester contre le gouvernement à San Cristobal le 22 février 2014 (Luis Robayo/AFP)
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Une Vénézuélienne s'est peint le drapeau national sur le visage, pour manifester contre le gouvernement à San Cristobal le 22 février 2014 (Luis Robayo/AFP)
Une Vénézuélienne s’est peint le drapeau national sur le visage, pour manifester contre le gouvernement à San Cristobal le 22 février 2014 (Archives/Luis Robayo/AFP)

La mort Hugo Chavez le 5 mars 2013, a-t-il emporté avec lui le chavisme et sa Révolution bolivarienne? Moins d’un an depuis la mort du chef d’état charismatique, le pays est en proie à un fort mouvement de contestation à travers le territoire. Nicolas Maduro, successeur de Chavez, doit maintenant faire face à une contestation généralisée, initiée par le milieu étudiant, sur les questions de l’économie, et de l’insécurité.

Le mouvement de protestation a commencé le 4 février à San Cristobal, dans l’État du Tachira, dans l’ouest du pays. Les revendications concernant au départ la sécurité sur les campus universitaire, suite à la tentative de viol sur une étudiante la nuit précédente, le mouvement a fait boule de neige dans les différentes villes. C’est notamment la capitale Caracas qui a intégré par la suite d’autres revendications telles que les difficultés liées au coût de la vie causées par l’inflation, aux pénuries alimentaires et à la libération des étudiants incarcérés lors des contestations. Les manifestations se poursuivent chaque nuit depuis, entre partisans et opposants au gouvernement Maduro. Le bilan s’élève, selon les chiffres officiels à 41 morts, 700 blessés et près de 2000 personnes arrêtées.

Propagande et désinformation

La principale raison qui rend le travail des analystes difficile est l’immense désinformation qui s’opère dans les deux camps et la polarisation de l’information. Pour plusieurs, il s’agit du «nerf de la guerre» dans cette crise politique où s’oppose notamment les idées de la Révolution bolivarienne et celles d’un plus grand libéralisme économique.

Le président Nicolas Maduro a menacé, le 20 février dernier, de «virer CNN du Venezuela», l’accusant de «propagande de guerre». Le gouvernement n’a pas oublié le rôle des télévisions privées lors du putsch raté de 2002. Rappelons nous que différents groupes médiatiques comme El Nacional, El Nuevo Pais, Globovision, Televen et plusieurs autres avaient soutenu le coup. Le point de vue de l’opposition anti-Chavez avait été relayé par de nombreuses agences de presse et médias internationaux. Le régime chaviste, accuse depuis, ponctuellement les États-Unis et la Colombie, mais plus généralement les médias occidentaux, de se livrer à de la propagande pour déstabiliser le gouvernement.

Des dizaines de fausses photos d’abus policiers ont circulé sur Facebook et Twitter avant que certains usagers ne prouvent qu’elles étaient fausses. Impossible de savoir qui fait circuler ces faux puisque les deux camps peuvent en tirer parti afin d’attaquer l’autre.

De son côté, l’opposition ne cesse de parler d’un «court-circuit informatif» contre les opposants du régime. Le Syndicat national des travailleurs de la presse fait état d’une vingtaine de journalistes qui ont été victimes d’agressions depuis le début des manifestations. Il es également à noter que des journalistes de la presse officielle sont victimes d’attaques. Le siège de la télévision publique a été la cible d’une attaque à coup de cocktails Molotov et d’autre explosifs.

Un des autres éléments prouvant l’importance stratégique des médias dans la crise sociale qui secoue le pays est la pénurie de papier qui oblige la douzaine de médias papier de suspendre leur parution. Le quotidien El Nacional qui se montre très critique envers le pouvoir, publie quant à lui à Caracas, une édition de huit pages pour économiser ses stocks.

Le 18 février dernier, Reporters sans frontières (RSF) a publié sur son site un texte dénonçant les actes de censures perpétré par le gouvernement Maduro, touchant même les réseaux sociaux.

«Devant l’ampleur prise par les manifestations, les autorités ont fait le choix de la censure. Le directeur général de la Commission nationale de Télécommunication (Conatel) a annoncé, dans un communiqué daté du 11 février, que la «couverture d’événements violents» serait passible de sanctions, conformément avec la loi de responsabilité sociale à la radio, à la télévision et dans médias électroniques, qui interdit la diffusion de contenus faisant l’apologie de la violence ou de la haine.»

Réactions et enjeux

Le président devra répondre aux revendications exigeant sa démission, un changement de modèle économique et politique (très critiqué pour son penchant autoritaire) ainsi qu’une moins grande insécurité à travers le pays. Il devra également freiner une inflation galopante qui frise les 60% et appauvrit considérablement le pays.

Maduro, pour cela, a convoqué l’opposition afin d’entamer le dialogue et ramener la paix sociale. Le 23 avril dernier, il a promis de généreux crédits au secteur privé et a annoncé le démarrage d’une «nouvelle étape économique», ce qui laissa le patronat du pays sceptique. Le plus grand défi sera de réduire la dépendance du Venezuela au pétrole qui représente 96 % des recettes d’exportations et de réduire les importations (70% des biens consommés sont importés).

Du point de vue internationale, l’Union européenne et les Nations unies appellent au dialogue tandis que l’Union des nations sud-américaines et l’Alliance bolivarienne pour les Amériques affichent leur soutien au gouvernement Maduro. De nombreux alliés «traditionnels» du régime chaviste, tels que la Bolivie, Cuba, l’Équateur et le Nicaragua, ont affiché leur soutien au gouvernement et dénoncent les tentatives de coup d’État venant de l’opposition. Les États-Unis et la Colombie, ainsi que leurs alliés ont condamné  quant à eux la répression des manifestations et appellent à la libération des prisonniers politiques.