Afghanistan: «Offensive de printemps», les talibans multiplient les attaques

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Des Afghans portent un corps après une attaque de talibans dans la province de Ghazni au centre de l'Afghanistan, le 12 mai 2014 (Rahmatullah Alizadah/AFP)
Des Afghans portent un corps après une attaque de talibans dans la province de Ghazni au centre de l’Afghanistan, le 12 mai 2014 (Rahmatullah Alizadah/AFP)

Tel qu’ils l’avaient annoncé, les talibans afghans ont lancé ce lundi 12 mai leur offensive «annuelle» de printemps, multipliant plus que jamais les attaques à travers le pays, faisant au moins dix morts et endommageant même du matériel sur la base américaine de Bagram.

La veille des cérémonies au Canada de la Journée nationale de commémoration d’Afghanistan, les talibans avaient annoncé la veille le début imminent de leur offensive du printemps.

Mardi 18 mars 2014, sont rentrés au pays les derniers soldats canadiens de l’Opération ATTENTION, mettant ainsi fin à plus de 12 ans de présence en Afghanistan.

Mais, dans ce pays d’Asie centrale, l’histoire se poursuit et, aujourd’hui, les insurgés lancent leur offensive «annuelle» de printemps qui débute traditionnellement à la fonte des neiges (qui entravent les déplacements des insurgés) et s’achève à l’automne.

Les talibans multiplient ainsi leurs attaques au moment où le pays envisage avec incertitude le retrait, d’ici à la fin de l’année, de tous les soldats de l’OTAN.

Multiplication des attaques

Ce lundi 12 mai, à Jalalabad, la grande ville de l’Est afghan, un commando suicide a réussi à pénétrer dans le ministère de la Justice du gouvernement provincial, échangeant des tirs avec les forces de sécurité pendant plusieurs heures avant d’être neutralisé.

Outre les trois assaillants, sept personnes ont été tuées, dont trois employés du ministère, deux policiers et un jeune de 15 ans, a déclaré lors d’une conférence de presse le chef de la police locale, Abdul Rauf Uruzgani.

À Ghazni (centre), au moins trois personnes ont été tuées et huit blessées dans une série d’attaques menées par les insurgés, selon le vice-gouverneur provincial, Mohammad Ali Ahmadi.

Dans la capitale, Kaboul, «deux roquettes ont été tirées vers le nord de l’aéroport international», a déclaré à la presse le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Sediq Sediqqi, affirmant toutefois que l’attaque n’avait pas fait de victime.

L’aéroport de la gigantesque base de Bagram, un complexe militaire sous contrôle américain au nord de Kaboul, a également été visé par des tirs de roquettes, a indiqué de son côté la Force de l’Otan en Afghanistan (ISAF).

«Un bâtiment vide et quelques équipements ont été endommagés, mais il n’y a pas de victimes», a dit un porte-parole de la coalition.

Et dans le Helmand (sud), avant même le lancement de l’offensive de printemps, «trois policiers afghans» avaient été tués dimanche soir lors de l’attaque d’un poste de sécurité par des talibans, selon le gouverneur de la province, Omar Zwak.

À la reconquête du pouvoir

Baptisée cette année « opération Khaïbar », en référence à une victoire emblématique des musulmans sur les juifs dans les premières années de l’islam, l’offensive de printemps débute en outre en plein entre-deux tours d’une élection présidentielle qui désignera le successeur de Hamid Karzaï, au pouvoir depuis la fin 2001.

L’opération Khaïbar, selon le communiqué des insurgés de jeudi dernier, visera «principalement «les envahisseurs étrangers et ceux qui les soutiennent, peu importe leurs titres, espions, militaires ou contractants civils, mais aussi tous ceux qui travaillent pour eux, comme les interprètes».

Les talibans annoncent également qu’ils s’en prendront aux hauts responsables gouvernementaux, aux parlementaires et aux magistrats qui attaquent leurs partisans en justice.

Chassés du pouvoir en 2001 par une coalition militaire internationale menée par les Américains, les talibans mènent depuis une insurrection que douze ans de présence militaire occidentale n’ont pas réussi à mater.

La persistance des violences suscite l’inquiétude alors que les 51.000 soldats de la Force internationale de l’Otan en Afghanistan (ISAF) doivent quitter le pays d’ici à la fin de l’année.

Les forces américaines envisagent bien de laisser plusieurs milliers de soldats en Afghanistan après 2014 pour entraîner l’armée afghane et soutenir des opérations antiterroristes, mais le maintien de ce contingent est subordonné à l’entrée en vigueur d’un traité bilatéral qui ne sera vraisemblablement pas signé avant l’arrivée d’un nouveau président, Hamid Karzaï se refusant à le signer avant de quitter le pouvoir.

Ce sont donc les forces afghanes, que le Canada a contribué à former lors de l’Opération ATTENTION, qui sont en première ligne face à la rébellion islamiste depuis qu’elles ont pris, en juin dernier, le relais de l’ISAF pour assurer la sécurité d’un pays toujours contrôlé en partie par les insurgés qui font maintenant tout pour reprendre, par les armes, le pouvoir à Kaboul.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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