Centrafrique: l’ex président Bozizé accusé de soutenir et financer les anti-balaka

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Le président déchu, François Bozizé, a assuré que les forces tchadiennes ont épaulé la Séléka lors de son renversement, le 24 mars dernier (Photo: Archives/Al Qarra TV)
Le président déchu, François Bozizé, peu avant son renversement son renversement,le 24 mars 2013 (Archives/Al Qarra TV)

L’ONU a sanctionné, vendredi, l’ancien Président François Bozizé et deux chefs de milices, responsables des violences en Centrafrique.Bozizé est accusé de financer et soutenir les milices chrétiennes anti-balaka qui font la chasse aux musulmans, provoque leur exode et font craindre la partition du pays.

Les sanctions consistent en un gel des avoirs et une interdiction de voyager, rapporte le service d’information de l’ONU.

En plus de l’ancien dirigeant déchu, deux autres Centrafricains ont été sanctionnés par le Conseil de sécurité de l’ONU. Il s’agit de Nourredine Adam, un des chefs de la Séléka, au pouvoir en mars 2013 avec leur leader Michel Djotodia, et Lévy Yakété, un proche de François Bozizé qui dirige les miliciens chrétiens anti-balaka, coupable, selon l’organisation onusienne, de nombreux actes de violence contre la population musulmane.

François Bozizé est accusé de fournir un soutien matériel et financier à des miliciens anti-balaka et d’anciens membres de l’armée centrafricaine qui cherchent à le ramener au pouvoir. Proche de lui, Levy Yakété est accusé d’avoir ordonné l’arrestation de séléka et d’avoir organisé la distribution de machettes à de jeunes chrétiens pour attaquer les musulmans.

Quant à Nourredine Adam, l’un des principaux dirigeants de la séléka, il est coupable d’arrestations arbitraires, de tortures et d’exécutions sommaires. Il dirigerait activement les anciens rebelles et supervise les attaques contre les quartiers chrétiens.

Cette décision, prise en décembre dernier, a été retardée pendant plusieurs semaines, la Russie et la Chine réclamant du temps pour examiner ces dossiers, avant de finir par donner leur feu vert.

Depuis que l’ONU a adopté un régime de sanctions contre la République centrafricaine (RCA) en décembre dernier, c’est la première fois que des responsables centrafricains sont placés sur une liste noire.

Par ailleurs, une mission de la Cour pénale internationale (CPI), arrivée le 8 mai, est actuellement en Centrafrique dans le cadre d’une enquête préliminaire sur les crimes commis dans le pays depuis 2012.

L’équipe d’enquêteurs dépêchés sur le terrain par la Cour pénale internationale s’entretiendra avec des représentants du pouvoir et de la société civile centrafricaine pour tenter d’établir l’ampleur et la nature exacte des crimes ainsi que le nombre des victimes. Ils en référeront ensuite à La Haye qui avisera de l’opportunité ou non d’ouvrir une procédure.

Catherine Samba Panza prévoit de «réaménager» son gouvernement

Pendant ce temps, la présidente centrafricaine de transition, Catherine Samba Panza prévoit de «réaménager» son gouvernement trois mois après sa mise en place, dans un contexte de violences intercommunaitaires persistantes, rapporte l’AFP.

Dans un entretien à l’agence française, Mme Samba Panza explique que «trois mois après, il faut faire une évaluation de l’action» des ministres.

Sur le front sécuritaire, évoquant les rumeurs quasi-constantes dans la capitale d’offensives des miliciens chrétiens anti-balaka ou de combattants majoritairement musulmans Séléka, la présidente dit «avoir appris comme tout le monde ces rumeurs-là. Nous prenons toutes les dispositions sécuritaires qu’il faut pour faire face à ces rumeurs».

Dans un entretien au quotidien Le Monde daté ce samedi 10 mai, Mme Samba-Panza estime que le désarmement des groupes armés, incombant aux forces internationales intervenant en Centrafrique, n’avait pas été « correctement fait », en raison du contexte de violences incessantes.

Depuis la prise de pouvoir de la rébellion Séléka en mars 2013, renversée en janvier 2014, la Centrafrique vit une crise sans précédent, rythmée par les exactions des groupes armés, qui ont provoqué le déplacement de centaines de milliers d’habitants et contraint à l’exode de dizaines de milliers de civils musulmans, faisant craindre la partition du pays.

*Avec AFP

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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