Coutumes et traditions dans les Forces armées canadiennes: Batisse

1
Batisse, la mascotte du Royal 22e Régiment (Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)
Batisse, la mascotte du Royal 22e Régiment (Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Tout d’abord, il faut se rappeler que les coutumes et les traditions ne sont pas sacro-saintes pour toujours. Que ce soit dans l’armée ou dans le monde civil, elles naissent et meurent, car elles reflètent des conditions sociales et des valeurs morales.

Prendre le temps d’en apprendre davantage sur l’histoire de nos Forces armées canadiennes est favorable à la culture de chaque individu, permettant aussi de confirmer incontestablement que les coutumes et traditions ont contribué à maintenir un bon moral au sein des troupes, qui a si souvent poussé les canadiens à persister dans chacun de leurs actes et à atteindre la victoire. De plus, cela a permis de prendre conscience que certaines traditions méritent de rester vivantes.

Un bouc comme symbole du Royal 22e Régiment

L’origine de la coutume des mascottes régimentaires n’est pas très claire. Par contre, l’origine de celle du Royal 22e Régiment est connue et très symbolique.

Un premier bouc serait vraisemblablement apparu derrière un épais nuage de fumée, sur le champ de bataille lors de l’affrontement de Bunker Hill qui opposait les troupes britanniques à celle des treize colonies, en 1775 à Charlestown au Massachusetts. Il aurait été capturé par ceux-ci et utilisé comme mascotte. L’histoire veut également qu’en 1884, un couple des ancêtres de l’actuel bouc ait été donné en cadeau à la reine Victoria par le Shah de Perse. En acceptant ce cadeau, elle a ordonné que ce bouc devienne la mascotte de son régiment. C’est ainsi que le Royal 22e Régiment a pu à son tour adopter cette mascotte, qui hérita de l’affectueux nom canadien-français «Batisse I» en 1955.

Depuis ce jour, cette mascotte régimentaire joue un rôle très précis lors de la relève de la garde, cérémonie quotidienne à la Citadelle de Québec qui a lieu pendant la saison estivale, ainsi que dans les défilés, rassemblements et fêtes régimentaires. Recouvert d’une cape aux couleurs du Régiment, Batisse accompagne fièrement les militaires de la garde en rouge, en symbole de courage et d’esprit de famille. Encore aujourd’hui, Batisse continue de bien représenter le Royal 22e Régiment lors des événements.

La progéniture de Batisse XI est élevée dans une ferme de la région de Québec, mais dans le cas où un bouc de la relève n’est pas en mesure d’offrir une progéniture, son successeur est puisé directement du cheptel du Royal Welch Fusiliers à Londres. Ainsi, les boucs demeurent toujours dans la même lignée. Donc, pour poursuivre la tradition, dix boucs allant de Batisse I à Batisse XI se sont succédé, parfois provenant des progénitures de père en fils ou encore provenant à même du cheptel du Royal Welch Fusiliers.

Arrivé au zoo de Londres le 5 août 1964, Batisse II fut présenté au Régiment par son Excellence le très honorable général Georges P. Vanier, Gouverneur général du Canada. Ce bouc est décédé le 7 avril 1970 et n’a laissé aucune progéniture. Batisse III est par la suite arrivé du zoo de Londres accompagné d’une femelle le 19 mai 1971 et est décédé le 4 avril 1978 et, comme Batisse II, il n’a laissé aucune progéniture mâle.

Provenant lui aussi du zoo de Londres, et arrivé au Canada en mai 1979, Batisse IV fut présenté au régiment par son Excellence le très honorable E. Schreyer, Gouverneur général du Canada le 9 septembre 1979. Malheureusement, Batisse IV est décédé le 22 janvier 1985. Fort heureusement, il laissera des descendants mâles issus de son accouplement avec les femelles provenant du couple de Batisse III.

Descendant de Batisse IV, il est présenté par son Excellence, la très honorable Jeanne Sauvé, Gouverneure générale du Canada, le 13 septembre 1985. À la suite des problèmes pulmonaires, il est décédé le 4 décembre 1989. Issu d’un accouplement interne (cheptel en vase clos depuis 1971), Batisse VI est présenté par son Excellence le très honorable Ramon Hnatyshyn, Gouverneur général du Canada, le 17 juin 1991 et il décéda le 21 septembre 1991 suite à des problèmes rénaux. Batisse VII succéda Batisse VI qui fut présenté par son Excellence le très honorable Ramon Hnatyshyn, Gouverneur général du Canada, le 8 septembre 1992. Il est décédé en 1999.

Décédé suite à des problèmes d’arthrite sévères en octobre 2002, Batisse VIII fut présenté par son Excellence le très honorable Roméo Leblanc, Gouverneur général du Canada le 8 septembre 1999. Batisse IX présentée par son Excellence la très honorable Adrienne Clarkson, Gouverneure générale du Canada à l’époque, le 3 septembre 2003. Il est décédé le 14 septembre 2005 suite à des problèmes d’arthrite sévères. Batisse X a été présentée par son Excellence la très honorable Michaëlle Jean, Gouverneure générale du Canada, le 23 septembre 2006 et fut succédé par Batisse XI, qui a été présenté par son Excellence le très honorable David Johnston, Gouverneur général du Canada à l’été 2011.

L’homme derrière la bête

Sur une ferme dans la région de Québec, plus précisément dans la ville de Saint-Apollinaire, Batisse vit paisiblement, confortablement et ce, dans un environnement sain et adéquat la majeur partie de son temps. Lors de la saison estivale, il est déplacé tous les jours à l’aide d’une remorque à la Citadelle de Québec pour participer à la relève de la garde. Le bouc est nourri, lavé, brossé et bichonné en permanence, par une équipe de deux fantassins du Royal 22e Régiment, dont le caporal Patrick Kègle fait partie. Après avoir participé à deux missions en Afghanistan entre 2004 et 2009, et à la suite de la publication de son livre intitulé « En terrain miné », il profite de la vie sur sa ferme où il vit avec sa famille à Saint-Apollinaire.

«Depuis 2010, je suis chevrier-major à la Citadelle de Québec et mon travail consiste principalement à prendre soin de Batisse et ce, 7 jours sur 7 sur ma ferme. Je fais ce travail avec fierté et passion. Mon expérience ainsi que mon cours en agriculture me permettent de bien pratiquer ce métier», explique le caporal Kègle.

Le chevrier-major veille à l’élevage du cheptel, à la reproduction de la lignée de Batisse et au dressage de la mascotte. De plus, quand Batisse est exhibé en public, il est brossé, recouvert de sa cape, ses cornes doivent être peintes en or et un écusson de couleur argent est apposé sur sa tête. Toutes ses responsabilités relèvent du chevrier-major. Même si Batisse semble calme et poser en public, il est en réalité de nature plutôt brusque. Il incombe donc au chevrier-major de tenir fermement la bête lors de ses sorties. «Ce n’est pas une bête de compagnie comme l’est un chien», explique le caporal Kègle. «Des manières d’approche sécuritaires s’imposent lorsque que vient le temps d’enter dans son box», ajoute-t-il.

Les journées commencent par un entraînement physique matinal pour le caporal Kègle, comme il le ferait en garnison, il est militaire avant tout. Par la suite, il s’assure que ses animaux, soient boucs, chèvres, chevaux et poules reçoivent leur nourriture et leurs soins quotidiens. De plus, il fait le nettoyage de leurs boxes. Il veille aussi à voir aux petits détails qui pourraient nuire à leur santé. Même si Batisse se porte bien, un autre bouc peut être en mesure de le remplacer lors de certains événements. Malgré cela, le caporal fait en sorte de ne pas avoir à gérer ce problème. Une bonne alimentation et de bons soins faits quotidiennement font en sorte d’éviter les maladies. Il est à noter que le foin, la médication et les produits nécessaires au nettoyage et à l’entretien de Batisse sont payés en total par les fonds non publics venant directement des recettes de la Citadelle de Québec. Le soir venu, il prend bien soin de donner à Batisse tout ce dont il a besoin pour passer de bonnes nuits.

Le caporal Patrick Kègle et Batisse ont une saison bien chargée en vue du 100e anniversaire du Royal 22e Régiment, qui se déroulera toute l’année. Sur le site internet du régiment www.r22er.com, le calendrier est bien rempli. De plus, les activités offertes quotidiennement par la Citadelle de Québec en saison font partie des possibilités d’apercevoir Batisse, la mascotte qui fait le bonheur des grands et qui fait rire les enfants.

Nathalie Corneau était blogueuse, conceptrice et recherchiste pour un blogue sur les militaires canadiens entre 1999 et 2010. De 2010 à 2012, elle a agit comme rédactrice en chef-journaliste et chroniqueuse pour le journal du CFV Valcartier. Elle réalise différents mandats de journalisme pour la communauté militaire depuis 1993, ce qui lui confère une vaste expérience en ce domaine qui l’a toujours attirée.

DiscussionUn commentaire

  1. Batisse était à St-Jean-sur-Richelieu, le 13 septembre 2014 pour l’inauguration du square 22e Régiment, près du collège militaire.