Cyber-espionnage: la Justice américaine passe à l’attaque et inculpe cinq officiers chinois

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L'édifice du ministère américain de la Justice à Washington (Archives/Department of Justice)
L’édifice du ministère américain de la Justice à Washington (Archives/Department of Justice)

La Justice américaine passe à l’attaque dans la lutte au cyber-espionnage et, du jamais vu, inculpe ce lundi 19 cinq officiers de l’Armée chinoise pour piratage informatique, espionnage économique et d’autres infractions.

Cyber-espionnage: la Justice américaine passe à l’attaque et inculpe six officiers chinois (DoJ)

Les officiers chinois, appartenant à la fameuse Unité 61398 de la Troisième division de l’Armée populaire de libération de Chine,.sont accusés d’avoir volé des secrets commerciaux d’entreprises américaines des secteurs de l’énergie nucléaire, de l’énergie solaire ou de la métallurgie.

Parmi ces entreprises figurent, notamment, Westinghouse, US Steel, Allegheny Technologies, Alcoa, ainsi que des filiales de la société SolarWorld.

Les activités de cette Unité de l’Armée chinoise dont le siège est situé dans un immeuble de bureaux terne et anonyme dans la périphérie de Shanghai, d’où elle mène des attaques dirigées contre le gouvernement, les grandes entreprises et les infrastructures des États-Unis, avaient été révélées l’an dernier.

«Il s’agit d’un cas d’espionnage économique par des membres de l’armée chinoise et représente la première fois que des accusations sont portés contre un agent de l’État pour ce type de piratage», a déclaré aujourd’hui le procureur général et ministre de la Justice des États-Unis, Eric Holder.

L’acte d’accusation

L’acte d’accusation allègue que «les défendeurs ont comploté pour pirater des entités américaines, pour maintenir l’accès non autorisé à leurs ordinateurs et voler des informations aux entités qui seraient utiles à leurs concurrents en Chine, y compris des entreprises propriétés de l’État [chinois]. Dans certains cas, allègue l’acte d’accusation, les conspirateurs ont volé des secrets commerciaux qui auraient été particulièrement bénéfiques pour les entreprises chinoises au moment où ils ont été volés. Dans d’autres cas, est-il allégué, les conspirateurs se sont également emparés de communications internes sensibles qui auraient pu donner à un concurrent, ou un adversaire dans un litige, un aperçu de la stratégie et de la vulnérabilité de l’entité américaine», dit le communiqué du ministère américain de la Justice.

Par exemple, en 2010 par exemple, pendant que Westinghouse négociait avec une entreprise d’État chinoise la construction de réacteurs nucléaires, les pirates chinois volaient les plans de composants de ces réacteurs.

Autre exemple, en février 2008, le cas pendant qu’Alcoa discutait d’un partenariat avec, encore, une entreprise d’État chinoise, la société américaine a été victime d’une attaque informatique au cours de laquelle ont été volés des milliers de courriels internes, dont certains évoquant précisément ces discussions.

Les officiers de l’Armée chinoise accusés d’espionnage (FBI)

De 5 à 15 ans de prison pour chacune des 31 accusations

C’est le FBI, la police fédérale américaine qui a dirigé l’enquête menant aux accusations contre les officiers chinois et, maintenant, c’est la Division de la sécurité nationale et du contre-espionnage du ministère de la Justice et le Bureau du Procureur général de l’Ouest de la Pennsylvanie qui poursuivent l’affaire.

Les accusés sont passibles de 5 à 15 ans de prison pour chacune des 31 accusations, ce qui, théoriquement, pourrait leur valoir la vie derrière les barreaux dans une prison américaine.

«L’éventail des secrets commerciaux et autres informations sensibles volées dans cette affaire est important et exige une réponse agressive», a dit Eric Holder, selon qui le succès des entreprises doit dépendre de leur capacité à innover et non reposer sur «la capacité d’un gouvernement à espionner et voler des secrets commerciaux».

Le gouvernement américain «ne tolérera pas les actions d’aucun État qui cherche à saboter illégalement des sociétés américaines et à miner l’intégrité d’une compétition équitable» sur le marché, a déclaré pour sa part le directeur du FBI James B. Comey, ajoutant «Pendant trop longtemps, le gouvernement chinois a manifestement cherché à utiliser cyber-espionnage pour obtenir un avantage économique pour les industries d’État [chinoises]».

«L’acte d’accusation annoncé aujourd’hui est une étape importante. Mais il y a beaucoup plus de victimes et il y a beaucoup plus à faire. […] nous allons continuer à utiliser tous les outils juridiques à notre disposition pour contrer l’espionnage cybernétique de toutes les sources», a ajouté le directeur du FBI.

«Les agents étatiques engagés dans le cyberespionnage pour un avantage économique ne sont pas à l’abri de la loi simplement parce qu’ils travaillent dans l’ombre du drapeau de leur pays», a renchéri John Carlin, procureur général adjoint pour la sécurité nationale.

Pékin, bien sûr, dément

Pékin a pour sa part dénoncé qu’il a qualifié d’accusations «absurdes», s’appuyant sur des «faits fabriqués» qui mettent «en danger la coopération et la confiance mutuelle entre la Chine et les États-Unis» et le ministère chinois des Affaires étrangères a suspendu les activités d’un groupe de travail bilatéral sur la sécurité informatique.

Certes, tout le monde espionne tout le monde et la Chine, pas en reste, se plaint également de son côté d’attaques informatiques perpétrées à son encontre par les États-Unis, particulièrement depuis les révélations d’Edward Snowden sur l’ampleur de la collecte de renseignement sur internet par la NSA, l’agence de surveillance électronique américaine.

Mais la réaction aujourd’hui des responsables américains reflète clairement le niveau d’inquiétude et d’irritation aux États-Unis face à l’ampleur de l’espionnage informatique chinois, source de tensions entre les deux pays ces derniers mois.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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