Est de l’Ukraine: 14 soldats ukrainiens tués à trois jours de la présidentielle

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Un soldat ukrainien devant un véhicule blindé dans la région de Karkhiv le 21 mai 2014 (Genya Savilov/AFP)
Un soldat ukrainien devant un véhicule blindé dans la région de Karkhiv le 21 mai 2014 (Genya Savilov/AFP)

Avec la mort de quatorze soldats ukrainiens à trois jours de la présidentielle qui doit donner aux autorités de Kiev la légitimité qui leur manque, l’armée ukrainienne a subi ce jeudi 22 mai ses plus lourdes pertes depuis le début de l’opération militaire déclenché le mois dernier pour reprendre le contrôle de l’Est aux mains des insurgés prorusses.
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Mise à jour au 23/05/2014

Le bilan des morts s’élève maintenant à 18.

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Ces attaques, ont également fait une vingtaine de blessés dans les régions de Lougansk et de Donetsk.

Après plusieurs jours d’accalmie, la confrontation a repris de plus belle entre l’armée ukrainienne et les insurgés qui, selon Kiev, ont attaqué de nuit à coups de grenades, de mortiers et d’armes automatiques une position de l’armée et un convoi.

«Treize soldats ont donné leur vie pour l’Ukraine» en protégeant la ville de Volnovakha, a déclaré le président ukrainien par intérim Olexandre Tourtchinov.

Un autre soldat a également été tué dans une attaque séparée contre son convoi près de Roubijné, dans la région de Lougansk, selon le ministère ukrainien de la Défense.

Des insurgés armés ont par ailleurs investi quatre mines de la région de Lougansk et exigent les stocks d’explosifs, a annoncé le ministère ukrainien de l’Energie.

L’opération militaire ukrainienne a fait jusqu’ici 140 morts

L’armée a lancé le 13 avril une opération pour reprendre le contrôle des régions de Lougansk et de Donetsk en grande partie sous le contrôle des insurgés pro-russes qui ont proclamé leur souveraineté après des référendums d’indépendance le 11 mai, la région de Donetsk allant jusqu’à demander son rattachement à la Fédération de Russie

Selon un décompte établi d’après les chiffres de l’ONU et de sources officielles ukrainiennes dont fait état aujourd’hui l’Agence France-Presse, plus de 140 personnes, militaires ukrainiens, séparatistes prorusses, civils, sont mortes dans ces affrontements depuis le 13 avril.

De son côté, Moscou semble vouloir vraiment calmer le jeu.

L’OTAN a annoncé observer des mouvements de troupes russes qui «pourraient suggérer» un retrait partiel des troupes russes massés le long de la frontière avec l’Ukraine estimées à 40.000 hommes.

La Russie avait ordonné lundi le retour dans leurs casernes des milliers de soldats massés depuis des semaines près de la frontière avec l’Ukraine dans un geste d’apaisement à moins d’une semaine de la présidentielle anticipée dans ce pays, tout en appelant à l’arrêt des opérations punitives, mais l’OTANm sceptique, est resté sur un pied de guerre

«J’espère qu’il s’agit du début d’un retrait complet et réel», a déclaré le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen.

Évidemment, le retrait annoncé ne pouvait être instantané, mais le ministère russe de la Défense a bien indiqué ce jeudi avoir expédié la veille vers leurs lieux de garnison quatre convois ferroviaires de blindés et d’armements, et 15 avions transportant des soldats, dans le cadre du retrait de ses forces de la zone frontalière avec l’Ukraine.

«La Russie envoie des signaux pour exprimer dans une certaine mesure sa bonne volonté pour accepter l’élection et oeuvrer à la désescalade», a estimé pour sa part aujourd’hui Wolfgang Ischinger, représentant de l’OSCE aux «tables rondes» organisées en Ukraine pour calmer les tensions.

Élection: danger!

Pour assurer le bon déroulement du scrutin, le nouveau pouvoir à Kiev a annoncé pour sa part le déploiement de 55.000 policiers et 20.000 volontaires, les insurgés ayant promis d’empêcher le déroulement du scrutin dans l’Est, où près de 2 millions d’électeurs pourraient avoir des difficultés à voter.

Le chef du conseil de sécurité nationale et de défense Andriï Paroubiï a reconnu aujourd’hui qu’il «y aurait des problèmes» dans l’organisation du scrutin dans les chefs-lieux régionaux de Donetsk et de Lougansk ainsi qu’à Slaviansk, bastion des insurgés.

Le Canada envoie en tout 500 observateurs en Ukraine pour surveiller le premier tour et le deuxième tour de scrutin: 338 des observateurs feront partie de la Mission d’observation bilatérale de l’élection présidentielle 2014 en Ukraine menée indépendamment par le Canada. La délégation comprend environ 38 observateurs à long terme et 300 observateurs à court terme, qui analyseront le déroulement des élections, l’engagement des intervenants et qui soutiendront la mission des observateurs électoraux.

Les autres 162 observateurs participeront aux missions d’observation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et de l’Association parlementaire de l’OSCE.

«Nous n’allons pas recommander aux observateurs ukrainiens et internationaux de se rendre dans les endroits dangereux», a précisé ce jeudi au cours d’un point de presse le chef du conseil de sécurité nationale et de défense ukrainien.

Rien ne sera plus comme avant

La crise ukrainienne est née fin 2013 d’un mouvement de contestation de l’autorité de l’ex-président pro-russe Viktor Ianoukovitch, renversé par les nationalistes ukrainiens et destitué par le nouveau pouvoir à Kiev, suivi de la grogne des russophones ukrainiens, d’un rattachement de la Crimée à la Russie et du déclenchement d’une insurrection armée dans l’Est.,

Cette crise, de la confrontation entre Russes et Occidentaux, a vu le retour des ambitions sur la scène internationale de la Russie qui est redevenue un important fournisseur de matériel de défense pour l’Égypte, en plus de signer un méga-contrat de fourniture de gaz naturel de 400 milliard $ avec la Chine et d’affirmer ainsi de plus en plus son indépendance face à l’Occident qui n’est plus un partenaire, mais de nouveau un rival comme à l’époque de la Guerre froide il y a plus de 20 ans.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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